Découverte à Amiens, lors d'un chantier de fouilles menées par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) pour le compte du ministère de la Culture (DRAC Hauts-de-France), cette rare effigie en craie pourrait permettre aux archéologues d’approfondir leurs connaissances de la période paléolithique.

Rare témoin du Paléolithique supérieur ancien, le gisement préhistorique de Renancourt (Somme), a dévoilé un nouveau trésor : une « Vénus » de 23 000 ans. Découverte parmi des milliers de fragments de craie retrouvés sur le site, celle-ci aurait été fabriquée sur place, dans un atelier orienté vers la production d’objets d’art. La statuette - qui, après étude complète, sera déposée au musée de Picardie, à Amiens - présente une valeur archéologique exceptionnelle.

La Vénus de Renancourt s'inscrit dans les canons stylistiques de l'art gravettien

> Elle atteste de la présence de l'Homo Sapiens dans le nord de la France à l’époque glaciaire

21 000 ans avant notre ère, un groupe de chasseurs-cueilleurs nomades a temporairement investi un territoire correspondant à l'actuel quartier de Renancourt, à Amiens. Les vestiges de ce passage, scellés dans des limons déposés par le vent après l’abandon du campement, confirment la présence de l’Homo Sapiens dans le nord de la France au début du Paléolithique supérieur.

Un réchauffement au cours de la dernière période glaciaire aurait en effet permis des déplacements de population vers les steppes qui se trouvaient alors dans la Somme. L’objectif de cette migration ? L’accès à des terres giboyeuses, riches en mammouths, chevaux, rennes et rhinocéros laineux.

 

Site de Renancourt

 

> Elle constitue l’un des rares témoignages de l’art gravettien

Les fouilles menées sur ce gisement préhistorique, découvert en 2011 par l’INRAP, donnent également de précieuses indications sur la culture gravettienne, qui se développe en Europe pendant la période néolithique, entre 28 000 et 22 000 ans. Silex et pointes de projection attestent d’une activité de prédation tandis que l’existence de grandes lames laisse présager la confection d’outils tels que des couteaux ou des grattoirs. Des rondelles perforées en craie, faisant office d'éléments de parure, témoignent du souci esthétique des chasseurs, lui-même annonciateur de leur activité artistique.

De fait, la « Vénus de Renancourt » s’inscrit parfaitement dans les canons stylistiques auxquels répondent les quelques dizaines de Vénus gravettiennes découvertes jusqu'ici entre les Pyrénées et la Sibérie

> Elle est dans un état de conservation remarquable

Cette Vénus paléolithique, haute de quatre centimètres, vient compléter une série de quinze autres effigies également découvertes sur le site de Renancourt, mais sous forme fragmentaire. La plupart de ces sculptures, taillées dans un bloc de craie, ont en effet éclaté avec le gel ; un sort auquel la « Vénus de Renancourt » a miraculeusement échappé.

Se présentant dans un état de conservation remarquable, cette sculpture représente une femme « stéatopyge », c'est-à-dire dont les attributs sexuels – fessiers, cuisses et seins – sont sur-développés. Ses bras, à peine esquissés, et son visage dénué de traits, sont surmontés d’une « coiffe », formée de fines incisions en quadrillage. La signification de ce genre d’effigie, caractéristique du paléolithique, reste aujourd’hui encore discutée, les préhistoriens y voyant une représentation de la fécondité ou encore un signe de l’existence de ce qui pourrait s'apparenter à un « matriarcat préhistorique ».