Découvrez la vie et l'oeuvre de Marie-Guillemine Benoist.

Marie-Guillemine Benoist, Autoportrait, 1813, Paris, musée du Louvre

Marie-Guillemine Benoist (Paris, 1768 – ID, 1826)

Fille d’un fonctionnaire, née à Paris en 1768, Marie-Guillemine Leroulx de la Ville est envoyée, à l’âge de treize ans, par son père qui encourage son talent artistique, auprès de Louise Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842) pour se former à la peinture. Entre 1784 et 1788, elle présente ses premières œuvres à l’Exposition de la Jeunesse. Tandis que le nouvel atelier de Vigée-Lebrun est en construction, la jeune fille entre en 1786 dans celui de Jacques-Louis David (1748-1825), en infraction au décret royal interdisant aux femmes artistes d’être formées au Louvre. Sous l’influence de son nouveau maître, elle délaisse les couleurs tendres et les formes douces de sa première maîtresse et adopte un trait rigoureux et un coloris plus éclatant. Si elle réalise de nombreux portraits et scènes de genre, elle s’essaye également à la peinture d’histoire. L’influence de David y est particulièrement visible dans la facture et la composition, comme dans Psyché faisant ses adieux à sa famille, présenté au Salon de 1791. Mais à la suite de mauvaises critiques, elle s’éloigne de ce genre.

Marie-Guillemine Benoist, Portrait d'une femme noire, 1800, Paris, musée du Louvre

En 1793, elle épouse le banquier royaliste Pierre-Vincent Benoist (1758-1834). Inquiété sous la Terreur, le couple quitte Paris. La jeune femme expose de nouveau au Salon à partir de 1795. En 1801, elle s’affirme avec audace avec son Portrait d'’une femme noire (Paris, musée du Louvre) : peindre la carnation noire était un exercice rare et très peu enseigné. Ce possible plaidoyer en faveur du décret d’abolition de l’esclavage suscite l’admiration. En 1803, elle obtient sa première commande officielle : elle réalise le Portrait de Napoléon pour le Palais de Justice de Gand. Par la suite, elle reçoit d’autres commandes de portraits de l’Empereur et de sa famille, comme celui de Napoleone-Elisa Bacciochi (Fontainebleau, musée national du château de Fontainebleau) ou de l’Impératrice Marie-Louise (Fontainebleau, musée national du château de Fontainebleau). Elle reçoit en 1804 une médaille d’or du Salon pour l’ensemble de son œuvre puis obtient une pension annuelle du gouvernement. Elle ouvre à cette époque un atelier pour enseigner la peinture aux femmes.

Alors même qu’elle atteint une grande reconnaissance, elle expose pour la dernière fois en 1812. A la demande de son mari, nommé conseiller d’État à la Restauration en 1814, elle doit renoncer à sa carrière. Elle lui écrit alors : « La pensée que je serais un obstacle à votre avancement dans votre carrière serait pour moi un coup bien acéré. […] Mais tant d’études, de soins, une vie de dur travail, et après ce long temps d’épreuves, les succès, et les voir presque un objet d’humiliation, je n’ai pu supporter cette idée. Enfin, n’en parlons plus, je suis raisonnable… »

Franny Tachon

Sélection d'oeuvres de Marie-Guillemine Benoist sur la base Joconde Pop

Bibliographie
Lévy Marianne, Marie-Guillemine Laville-Leroulx et les siens : une femme peintre de l'Ancien régime à la Restauration (1768-1826), Paris, L’Harmattan, 2018
Sofio Séverine, «  La vocation comme subversion. Artistes femmes et anti-académisme dans la France révolutionnaire », Actes de la recherche en sciences sociales, 2007/3 (n° 168), p. 34-49