Christophe PETER
mai 2007
8 p.

Goût pour les jeux vidéo et goût pour le sport sont souvent opposés : en termes de types d’activités (les premiers d’intérieur, passifs, peu propices à la socialisation, le second de dépense physique, de plein air, bon pour la santé, etc.) ; en termes de genre : les garçons seraient les plus touchés par le monde virtuel ; enfin en termes de politique, la consommation des jeux vidéo étant opposée aux « vraies » pratiques culturelles… Une analyse secondaire de l’enquête sur les loisirs culturels des 6-14 ans fournit un éclairage précis sur la façon dont pratiques numériques virtuelles et pratiques réelles s’opposent, se substituent ou s’articulent : elle met à jour les ressorts qui sont communs aux goûts pour les deux types d’activité et révèle une forte dimension identitaire. Elle met également en évidence la permanence des déterminants sexués en matière de loisirs. La comparaison des interactions qui se nouent dans le monde réel avec les interactions virtuelles qui caractérisent les jeux vidéo dessine de nouvelles approches des phénomènes d’identification affective dans ces derniers. L’importance accordée à l’esthétique des corps virtuels pourrait ainsi être rapprochée de celle prise par l’apparence corporelle dans la construction identitaire des jeunes. Loin de constituer une pratique virtuelle séparée du reste de leur vie, qui serait porteuse d’addiction ou de comportements violents, les jeux vidéo prennent place dans une élaboration de soi à la fois personnelle et sociale qui facilite l’identification à un genre sexué et à un univers culturel.