Au sein des musées, l’immatériel ne peut se circonscrire à ces trois types d’actions : « celui visant à reconstituer les parties disparues d’un objet ; celui cherchant à retrouver des gestes artisanaux et enfin celui qui s’intéresse à comprendre et à reconstituer des mouvements et des attitudes de rituels » (Dévanthery, 2017 : 123).

Quelle différence a priori avec la définition du patrimoine ethnologique, qui devait présider à l’instauration, en 1980, du Conseil et de la mission du Patrimoine ethnologique ? « Le patrimoine ethnologique d’un pays comprend les modes spécifiques d’existence matérielle et d’organisation sociale des groupes qui le composent, leurs savoirs, leur représentation du monde et, de façon générale, les éléments qui fondent l’identité de chaque groupe social et le différencient des autres. On y inclura donc : des agents : individus, groupes sociaux, institutions ; des biens matériels ou immatériels, œuvres virtuelles ou réalisées ; des savoirs organisés ; techniques, symboliques (magiques, religieux, ludiques), sociaux (étiquette, traditions de groupe), esthétiques ; des moyens de communication : langues, parlers, systèmes de signes » (Benzaïd, 1979 : 27).

La différence réside dans les valeurs opératives invoquées. Les enjeux liés au PCI et les réponses apportées par sa sauvegarde questionnent tous les notions d’inclusivité, de respect de la diversité culturelle et de participativité. Par ses pratiques, le patrimoine culturel immatériel est :

● fondé sur les communautés

● traditionnel, contemporain et vivant à la fois

● inclusif

● représentatif

 

Valoriser un patrimoine vivant

En conformité avec l’Unesco, un projet muséal doit fondamentalement témoigner du suivi de l’évolution de processus vivants de savoir-faire propres à une communauté. Les savoirs immatériels perdus n’intéressent pas les contributeurs des inventaires du patrimoine immatériel : ces derniers prennent en compte les traditions vivantes et les gestes encore réalisés.

 

Mettre les communautés au cœur de la politique culturelle

La Convention de 2003 vise une forme spécifique de pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire que les communautés reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Les communautés et les praticiens sont valorisés au premier chef dans leur pratique culturelle contemporaine, avant même les experts, associés comme médiateurs ou facilitateurs : « Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et les groupes, en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ; (…) seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme ainsi qu’à l’exigence du respect naturel entre communautés, groupes et individus et d’un développement durable. » (art. 2 Définitions).

L’implication des individus et groupes directement porteurs d’un patrimoine culturel immatériel et détenteurs de ces pratiques et savoir-faire est la condition première de la sauvegarde de ce patrimoine. Selon les enquêtes de 2008 et 2018, cette composante, pourtant à la source même de la désignation d’une pratique culturelle comme relevant du PCI, n’est pas encore assez prise en compte au sein des musées.

 

Contribuer à la sauvegarde par la transmission

Selon un sondage IPSOS réalisé en 2001, les Français considèrent important, dans leur grande majorité (95 %), de « préserver et de mettre en valeur le patrimoine rural, afin d'assurer la transmission d'une identité aux générations futures, de préserver un cadre de vie commun et d'aider au développement d'activités économiques, sociales ou culturelles des différents territoires ». Appliqué à un secteur d’activités donné, tel est l’enjeu de la convention de 2003.

Les projets s’y référant doivent s’inscrire dans la sauvegarde d’une forme vivante de patrimoine, en contribuant, autant que faire se peut, à sa recréation continue et à sa transmission aux générations futures. Au cœur de la gestion des collections, le travail d’inventaire est déjà en soi un moyen de protéger et de conserver les coutumes et savoir-faire, à l’instar du travail d’identification des traditions et de leur documentation. Mais les travaux d’inventaire et de recensement du patrimoine immatériel n’ont pas pour but de protéger des objets ou traditions devenus uniques : « Le recensement ne constitue cependant qu’une première étape, les traditions et savoir-faire devant ensuite être rendus plus accessibles et, surtout, transmis. » (Dévanthery, 2018 : 178).

Les biens matériels, dont les objets fabriqués et manufacturés, n’existeraient pas sans le savoir-faire humain qui a permis de les réaliser. Cet ensemble de connaissances et de compétences implique des apprentissages intellectuels et pratiques : « à partir d’un certain degré de maîtrise, le savoir théorique se fond dans un savoir instinctif, dans une intelligence des gestes » (Devanthery, 2018 : 177). Au sein des musées, les projets d’exposition et de médiation visant à faire connaître à la fois ces savoirs et leurs détenteurs contribuent à la sauvegarde du PCI.