L’idée selon laquelle les musées ont peu à dire sur l’immatériel est démentie non seulement par les collections des musées de société, mais encore par les activités de tous les musées qui prennent en compte la dimension symbolique, sociale et anthropologique des objets collectés.

Selon les enquêtes de 2008 et 2018, le PCI intéresse ainsi une grande variété d’établissements, d’une part, par leur typologie (musées d’ethnologie, d’arts et traditions populaires ou de la vie rurale devenus musées de société, musées d’histoire, musées des beaux-arts à collections ethnographiques y compris extra-européennes, musées de sites industriels, écomusées, etc.) ; d’autre part, par les objectifs qu’ils poursuivent : musées liés à la reconnaissance de pratiques par l’Unesco (compagnonnage, tapisserie d’Aubusson, dentelle au point d’Alençon, parfumerie à Grasse, cités de la gastronomie, etc.), musées valorisant un territoire ou des savoir-faire et pratiques précis, etc. Certains d’entre eux sont reconnus Musées de France.

Traitant souvent de front les thèmes des coutumes, des modes de faire, des représentations et des gestes, les musées de société ont un lien direct avec le PCI. Ils revendiquent en général la place de l’homme au sein des collections : « Le point focal du musée n’est plus l’artefact, mais l’Homme dans sa plénitude. » (Jadé, 2006 : 191 ; citée par Calas, 2008). La catégorie des « musées de société » est forgée au sein de la direction des Musées de France en 1991, pour regrouper les musées d'ethnologie, dont certains connaîtront au cours des années 2000-2010 des mutations rapides (musée des Confluences à Lyon, MuCEM à Marseille, etc.) et les musées d'arts et traditions populaires, les musées techniques et industriels, les musées de site et de plein air, les musées maritimes et enfin les écomusées. Caractérisés par une désacralisation de l’objet, ils ont tous aussi en commun d’être attachés à un territoire, dont ils valorisent l'ensemble des expressions culturelles et dont ils offrent une lecture à leurs publics. On parle dans d’autres pays de « musées de civilisation ».

Les écomusées s’avèrent très intéressés au PCI (enquête 2018). Apparu en France en 1971, dans le cadre de la mise en place des Parcs naturels régionaux, le terme « écomusée » reconnaît l’outil de connaissance de l'espace et du « projet de vie » d'une population : « L'écomusée est un musée éclaté, interdisciplinaire, démontrant l'homme dans le temps et dans l'espace, dans son environnement naturel et culturel, invitant la totalité d'une population à participer à son propre développement par divers moyens d'expression basés essentiellement sur la réalité des sites, des édifices, des objets, choses réelles plus parlantes que les mots ou les images qui envahissent notre vie » (IXe conférence du Conseil international des Musées). Illustrant les liens étroits d’une communauté d'habitants avec l’environnement, les ressources naturelles et la technique agricole, artisanale, manufacturière ou industrielle, l’écomusée revendique « la double qualité de conservatoire du patrimoine naturel et culturel des populations concernées et de laboratoire puisqu'il est à la fois matière à études théoriques et pratiques, et acteur de ces études » (Poulot, 2009). Les écomusées « possèdent deux catégories d’objets : les objets documents et les objets de mémoire » ; les premiers témoignent d’une culture disparue, les seconds assurent une « présence continuée de ceux qui les ont produits » (Davallon, 2002 : 169).

Mais de nombreux musées d’histoire ou de territoire traitent aussi de thématiques très liées au patrimoine immatériel. L’usage et l’utilité des objets y sont décrits ; dans ce discours, l’objet prend son sens, retrouve une fonction et une symbolique.

Les musées dits de beaux-arts, qui présentent essentiellement des œuvres pour leur beauté intrinsèque, semblent les plus éloignés de la notion. « Cette autosuffisance d’une œuvre pour elle-même dessine une sorte de ligne de démarcation entre les musées d’art et les musées où l’on trouvera plus souvent du patrimoine immatériel. Dans ce second type de musées, les objets présentés se suffisent rarement à eux-mêmes, mais doivent être expliqués, commentés, mis en contexte. » (Devanthery, 2018 : 178-179). Pourtant, certains peuvent conserver aussi des collections à caractère ethnologique. Au sein des musées d’art contemporain, enfin, la notion d’immatériel est très souvent intégrée, depuis les années 1960, au processus même de certaines formes de création contemporaines.