Ouvrage co-édité par le CRéCET et les Éditions OREP

Recherches, textes et photographies : Yann Leborgne
Préface de Christian Hottin
Direction de la publication : Guy Gallardo, Pierre Schmit

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Gros chêne d’Allouville et ses Z’efants du chêne en Pays de Caux ;  arbres « à nœuds » de la forêt de Brotonne ; ifs millénaires de la Haye-de-Routot près desquels s’embrase chaque année le feu de saint Clair ; chêne et chapelle perchée du Bas-Caumont et son pèlerinage ; Belle Épine de Bouquetot dans le Roumois, inspiratrice de la « crêpe bouquetoise aubépinée » mais surtout garante de l’identité du lieu ; chêne Saint-Méen en Pays d’Auge, auquel des « loques » sont accrochées pour guérir les maladies de peau ; ifs « amoureux » de la Lande-Patry près de Flers ; espace cultuel du Bas Bézier à Saint-Michel-des-Andaines où se mêlent la pierre et le végétal, culte chrétien et héritage païen ; if millénaire de Saint-Ursin dans le Sud-Manche, gardien civil et durable de l’existence territoriale de la commune mais qui semble aussi veiller sur l’église voisine où l’on vient se prémunir ou guérir des convulsions ; et enfin Bayeux, « cité végétale » dont l’espace est en quelque sorte maillé par des arbres, jardins ou enceintes végétales où se cultive l’idée de liberté.
 
 
 Inventaire à la Prévert ? Non : à travers dix sites choisis en fonction de leur diversité, cet ouvrage est le fruit d’une enquête de terrain approfondie et vous invite à découvrir le « patrimoine végétal » sous un angle résolument autre que celui de la rareté, de l’intérêt botanique, esthétique, voire même gustatif.
 
 Cette enquête met en lumière un rapport ancestral au végétal qu’on aurait pu croire englouti alors qu’il n’en est rien : des croyances et pratiques cultuelles attachées aux arbres se sont perpétuées. Elle révèle dans de petites localités les traces encore fraîches de l’antique religion païenne, la marque de l’évangélisation, mais aussi l’évolution des pratiques rituelles qui s’adaptent et se recomposent au grès des conditions d’existence propres à chaque époque. On y mesure également le poids très important de la superstition et des croyances magiques dans la « religion populaire » où le geste est réputé soigner ou s’avérer propitiatoire. Mais surtout, l’on touche ici du doigt l’incroyable flexibilité et capacité de résistance de ce patrimoine culturel immatériel. Qu’elles soient rurales ou urbaines, les sociétés se réinscrivent ainsi dans une temporalité dont elles n’ont pas nécessairement conscience. Les fêtes de village, les petits pèlerinages, ou l’action d’une commune pour mettre en valeur son « vert patrimoine » pour reprendre l’expression de Françoise Dubost, prennent alors une profondeur que l’on n’aurait pas soupçonnée au premier abord d’une courte visite…

Avant-propos

Voici une recherche neuve sur un sujet qui ne l’est pas. De tels travaux ont toujours une saveur singulière… Si les traditions étudiées dans ces pages ont parfois plusieurs centaines d’années, l’origine de ce livre ne compte pas encore dix ans d’existence, puisque l’enquête dont il est issu s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre par la France de la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, couramment dite « convention de 2003 ». Ce texte, ratifié par notre pays en 2006, a pour objectif la sauvegarde de rites, traditions et expressions reconnus par les communautés qui les détiennent comme faisant partie de leur patrimoine et jouant un rôle dans la construction et le renouvellement constant de leur identité. Cette définition inclut les objets et artéfacts supports de ces traditions, sans plus de précisions… Sans doute les auteurs du texte n’avaient-ils pas en priorité songé aux arbres remarquables de Normandie, mais c’est pourtant ce thème qui a émergé parmi les premiers, en 2008, lorsque la mission ethnologie de la ci-devant Direction de l’architecture et du patrimoine s’est lancée, sans trop d’expérience, dans l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel (PCI) français. Ces missions d’inventaire, d’un genre radicalement neuf pour l’ethnologie de la DAPA, répondent à une obligation faite aux États parties à la Convention d’établir et tenir à jour, selon l’article 12 de la Convention, un ou plusieurs inventaires du PCI présent sur leur territoire.

La Normandie s’est révélée l’un des terrains d’expérimentation les plus féconds pour le patrimoine immatériel de notre pays. L’action de deux ethnologues passionnés, François Calame à Rouen et Pierre Schmit à Caen, y est pour beaucoup. Outre la recherche consacrée aux traditions liées aux arbres, ils ont pris une part décisive à plusieurs dossiers de candidature sur les listes de l’UNESCO : l’art du trait de charpente, inscrit en 2009, et le savoir-faire de la dentelle au point d’Alençon, au cours de la session 2009-2010, en attendant peut-être une prometteuse candidature des pêcheries de la baie du Mont Saint-Michel, ou encore le carnaval de Granville, voire, pourquoi pas, tant d’autres pratiques susceptibles de prendre la forme d’un projet qui, autour d’une belle idée, mobilisera les communautés concernées…

Pierre Schmit et François Calame ont trouvé en un jeune chercheur de talent, Yann Leborgne, celui qui a bien voulu « essuyer les plâtres » de ces premières enquêtes. La publication de son travail par le CRéCET, partenaire de longue date de la direction des patrimoines et ONG accréditée par l’UNESCO, constitue une reconnaissance de la qualité de sa recherche. Nul doute qu’elle comblera également les attentes de tous ceux qui tiennent ces arbres en leur cœur et se sont réjouis de leur inscription sur l’inventaire national. On a beaucoup dit, et parfois écrit, que le patrimoine immatériel, en donnant un rôle majeur aux détenteurs du patrimoine, excluait l’expertise savante et soldait les comptes de l’ethnologie patrimoniale. Sans doute est-ce là une lecture partielle, si ce n’est hâtive, de la convention : cette dernière place la recherche et la documentation en tête de la chaîne patrimoniale des actions de sauvegarde, véritable clef de voûte du texte, et nombreux sont à l’UNESCO ou au sein des délégations les ethnologues qui, en s’impliquant dans l’application de ce traité international, font œuvre de sauvegarde, mettant leurs connaissances académiques au service de la protection d’un patrimoine trop longtemps délaissé et minoré, en particulier dans nos pays.

Rien n’interdit, bien au contraire, à l’ethnologue, de souligner l’intérêt patrimonial de ces richesses dont la valeur « universelle et exceptionnelle » réside dans l’usage quotidien ou la répétition pluriséculaire. Mais le PCI n’est pas que l’ethnologie, pas plus que les Archives ne se résument à l’histoire ou les Monuments historiques à l’histoire de l’art : toutes les disciplines patrimoniales entretiennent avec les savoirs académiques une relation complexe faite d’utilité mutuelle et d’assistance partagée. Les premières ont toutefois une mission proprement politique, inscrite dans la vie de la cité, ou de la communauté, quelle qu’elle soit. Ainsi le patrimoine immatériel constitue-t-il peut-être l’arraisonnement patrimonial de l’ethnologie culturelle, pour reprendre ici une expression forgée par Jean-Louis Tornatore.

Gageons que le présent ouvrage saura jouer son rôle d’éveil, ou de rappel, pour l’entretien de ce sentiment d’identité ou de continuité que les arbres remarquables de Normandie procurent à ceux qui y sont attachés.

Christian HOTTIN

Conservateur du patrimoine

Adjoint au Département du pilotage de la recherche

Direction générale des patrimoines

Ouvrage publié par

le Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse-Normandie (CRéCET)

et les Éditions OREP

dans la collection « Les Carnets d’Ici »

Direction de la collection : Pierre SCHMIT

Direction de la publication : Guy GALLARDO, Pierre SCHMIT

Recherches et textes : Yann LEBORGNE

Croquis et photographies  : sauf mention spéciale les photographies sont celles de l’auteur

Publication issue d’un programme de recherche conduit par le Service ethnologie de la DRAC de Haute-Normandie et le CRéCET de Basse-Normandie, soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication/Direction générale des Patrimoines

Remerciements

* Pour leur implication dans ce projet, leur aide et leur soutien : Julien BATARD, Jean-Jacques BERTAUX (conservateur honoraire du musée de Normandie), Colette BERTRAND, François CALAME (Service ethnologie DRAC de Haute-Normandie), Bénédicte DUTHION (Région Haute-Normandie), Sylvie GRENET & Christian HOTTIN (Direction générale des patrimoines/ministère de la Culture), Benjamin STECK (directeur du CIRTAI, Université du Havre/ UMR IDEES du CNRS), Pierre et Catherine THOREZ, Elisabeth WALLEZ (Conservation Régionale des Monuments Historiques de Haute-Normandie ).

Association A.R.B.R.E.S, Office National des Forêts, Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande, Ville de Bayeux.

* Pour leur participation à l’enquête : Dominique ADAM (Bayeux), Dominique AUVRAY (Allouville-Bellefosse), Robert BEAUVALLET (La Haye-de-Routot), Jacques BINET (La Haye-de-Routot), Jacky BORDEAUX (La Haye-de-Routot), Jacques BUQUET (Bas-Caumont), Guillaume DE COLOMBEL (Bas-Caumont), Dominique DE RUSSE (Le Pré-d’Auge), Albert DEDECKER (Paroisse Notre-Dame du Roumois), Paulette DEGUETTE (Saint-Ursin), Raymond DEGUETTE (Saint-Ursin), Dominique DEHAIS (Allouville-Bellefosse), Jean-Yves DELANOË (Saint-Ursin), Marie-Thérèse DELANOË (Saint-Ursin), Claude DENIS (La Lande-Patry), Roger DEVAUX (Allouville-Bellefosse), Nicole EGRET (La Haye-de-Routot), George FETERMAN (Association A.R.B.R.E.S.), Régis GALLOIS (Bayeux), Jean GIROUX (Bouquetot), Joël GRAINVILLE (Bouquetot), Alain JOUBERT (La Haye-de-Routot), Michel Lefrançois et son épouse (La Mailleraye-sur-Seine), Colette LERBOURG (Saint-Ursin), Michel LERBOURG (Saint-Ursin), Pierre LERCIER (La Haye-de-Routot), Michèle LESAGE (Communauté de Communes du Roumois-Nord ), Patrick LESELLIER (La Lande-Patry), Alphonsine LETOURNEUR (Saint-Ursin), Stéphane MESNIER (Le Pré-d’Auge), Christian MIGRAINE (La Mailleraye-sur-Seine), Éliane MORIN (Saint-Ursin), Pierre MORIN (Saint-Ursin), Michèle MOUCHEL (Bayeux), Jean-René ODINET (Vatteville-la-Rue), Agnès OLIVIER (La Mailleraye-sur-Seine), Sylvie PONS-Lefrançois (La Mailleraye-sur-Seine), Denis POUTEAU (Le Pré-d’Auge), Pierre RHOR (Office National des Forêts), Paul SIX (Allouville-Bellefosse), André SOUTIF (Paroisse Saint-Pierre Saint-Paul en Bocage), Didier TERRIER (Allouville-Bellefosse), Daniel VASSE (Bouquetot), Jeannine ZAVATERRO (Bayeux)

* Avec une dédicace particulière de l’auteur à ses amis et à sa famille, en particulier son grand-père Michel Leborgne, aujourd’hui décédé,

Le CRéCET, association « loi 1901 », est soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication (DRAC de Basse-Normandie) et la Région Basse-Normandie.