A l’occasion de "Révélations", Biennale internationale des métiers d’art et de création qui se tient au Grand Palais du 23 au 26 mai, le ministère de la Culture présente le titre de Maître d’art qui fête ses 25 ans en 2019 avec "The Craft Project", série de 5 podcasts réalisés par Raphaëlle Le Baud.

 

Pour les 25 ans du titre de Maître d'art - un dispositif unique en Europe mêlant savoir-faire d'exception et transmission privilégiée dans les métiers d'art - un projet original de podcasts, qui met l'accent sur la spécificité de cinq d'entre eux  : The Craft Project.

Dans son podcast, The Craft Project, Raphaëlle Le Baud, entrepreneur des métiers d’art (Maison d’éventails Duvelleroy, galerie d’artisans Mayaro et agence digitale Métiers Rares), part à la rencontre des artisans d’art. Elle indique « chercher à comprendre ce qui pousse un artisan d’art vers son destin créateur, c’est interroger notre humanité dans un monde qui se dématérialise, s’uniformise et se déshumanise. Du dernier des mohicans au néo-artisan, Le Craft Project cherche à comprendre comment se construit et se vit une vie d’artisan pour parler à nos cœurs de faiseurs, de chercheurs de sens et de rêveurs. »

Les 5 podcasts présentés ici mettent en avant le travail et la personnalité de 5 maîtres d’art : le verrier d’architecture Emmanuel Barrois, l’héliographe Fanny Boucher, la marquetteuse sur paille Lison de Caunes, le graveur Gérard Desquand et le plisseur Pietro Seminelli.

Lison de Caunes, marquetteuse sur paille, Paris, Maître d’art 1998

Étonnante d’originalité, stupéfiante de finesse, surprenante par la vivacité de ses coloris, la marqueterie de paille tient une place méconnue à côté de la marqueterie de bois. Elle était traditionnellement réservée au décor de petits objets raffinés comme les étuis, les coffrets ou les écritoires. La période Art déco réhabilita cette technique, souvent pratiquée par des religieuses ou des bagnards, pour l’appliquer à la création de paravents et de revêtements muraux.

« Dans les années 70, je me suis rendue compte que plus personne ne restaurait les œuvres si emblématiques ni les productions artisanales des XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles »,se souvient Lison de Caunes. « J’ai commencé à m’approprier la paille et à apprendre les savoir-faire en autodidacte ». Elle visite alors antiquaires et commissaires-priseurs pour faire connaître ses compétences tout en se lançant dans une collection de pièces anciennes qui donnera lieu à un livre et à plusieurs expositions.

« Pendant vingt ans, je n’ai fait que des restaurations mais aujourd’hui je réalise 80% de mon chiffre d’affaires en création. Les décorateurs et les designers se sont réappropriés cette matière qui joue avec les reflets de la lumière. » Ses ateliers font référence et comptent plusieurs employés. Ils contribuent à former une nouvelle génération dans cette discipline désormais reconnue par les Meilleurs Ouvriers de France.

 

Gérard Desquand, graveur, Paris, Maître d’art 2006

Graver une image, c’est laisser une empreinte et inscrire ainsi une histoire dans le temps. Ce rapport à la mémoire apparaît particulièrement important pour le graveur de sceaux qui détient la science des armoiries, un monde de symboles au langage étrange et poétique. Gérard Desquand a choisi de s’orienter vers l’héraldique par tradition familiale. Fils et petit-fils de graveur, il a d’abord pratiqué la taille-douce et le gaufrage en créant des décors pour l’emballage de luxe. Un jour, il décide cependant de consacrer toute son activité à l’empreinte. Il veut graver l’infiniment petit pour pérenniser un savoir-faire qu’il juge fondamental.

Grâce à sa culture des symboles et des couleurs, Gérard Desquand matérialise le lien de filiation dans un cachet ou une chevalière. Il est aussi capable d’imaginer avec un client le blason qui racontera ce qui fait sens pour lui. Ce travail l’amène à rencontrer de nombreuses personnalités ainsi qu’à recevoir les commandes de bijoutiers ou de grandes maisons. Le métal reste son matériau de prédilection mais il n’hésite pas à explorer de nouveaux supports comme la porcelaine qu’il utilise pour sa transparence et sa fragilité.

Emmanuel Barrois, verrier d’architecture, Brioude (Haute-Loire), Maître d’art 2010

Très tôt, Emmanuel Barrois quitte le monde du vitrail historique pour investir la sphère du design, de l’architecture, des arts plastiques et de l’industrie. Il poursuit ainsi de longs dialogues avec des architectes dont Claude Parent ainsi qu'avec divers acteurs de la création contemporaine. Il collabore avec plusieurs organismes de recherche et développement qui lui permettent d’envisager des techniques nouvelles. Il fonde ainsi une société d’étude et de production de verre d’architecture tout en poursuivant sa production personnelle d’artiste.

Opacité et transparence, ombre et lumière, vide et plein... Ces contrastes sont au cœur de ses préoccupations plastiques : « Traiter le verre c’est poser la question du matériel et de l’immatériel, de la construction de l’espace par les volumes, la lumière, la couleur, l’obscurité, voulue ou non. Travailler le verre, c’est ne pas être dupe de la fausse objectivité de la transparence, c’est se poser la question de la relativité. » Sa démarche se veut transversale et alternative. Elle débouche sur la réalisation de programmes verriers monumentaux qui allient l’innovation technique et la création contemporaine.

Emmanuel Barrois a œuvré au service de l’opéra de Pékin et du Fond régional d'art contemporain de Marseille. Il a créé les deux mille pavés de verre du Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes, les 1200 m² de verre émaillé d’un siège social à Mulhouse, la toiture de verre du Nouveau Forum des Halles à Paris.

Pietro Seminelli, plisseur, Le Molay-Littry (Calvados), Maître d’art 2006

Pietro Seminelli utilise l’écriture du pli pour créer des architectures textiles d’un raffinement extrême. Dans l’esprit des origamis, si présents dans la culture japonaise, ses constructions géométriques permettent de transformer une simple étoffe en une véritable sculpture. Des pièces à la fois légères et rigoureuses qui jouent sur la transparence des matières diaphanes pour transformer l’espace intérieur.

Il a révélé son talent à travers diverses collaborations avec des architectes, des décorateurs et de grands couturiers. Son atelier se trouve dans le Calvados, en pleine campagne normande. C’est dans ce lieu discret que le maître développe des projets pour le monde entier avec l’aide de deux collaboratrices. Il propose à ses clients une technique rare maîtrisée à la perfection et brillamment revisitée dans une approche très graphique. Store, mobilier, luminaire, revêtement de mur… les applications ne manquent pas, y compris sur d’autres médiums comme le papier ou la céramique. Pietro Seminelli propose aussi une approche plus plastique du pli avec des pièces en trois dimensions qui deviennent des objets d’art à part entière. L’exposition Pli, au musée des beaux-arts de Roubaix-Tourcoing en 2002, a présenté son travail de recherche artistique et introspective qu’il a étoffé, depuis, avec de nombreuses autres œuvres.

 

Fanny Boucher, héliographe, Meudon (Hauts-de-Seine), Maître d’art 2015

Dans son atelier de Meudon, au cœur d'un écrin de verdure, Fanny Boucher pratique l'art raffiné de l'héliogravure, une technique héritée du XIXème siècle qui consiste à transférer une image sur plaque de cuivre puis à l’imprimer en taille-douce. « Ce procédé photomécanique comporte énormément d’étapes avec à chaque fois une lecture différente de l’œuvre. Visuellement, l’image ne fait que disparaître pour renaître autrement. Il y a un côté troublant qui crée des moments d’émotion intense. »

La graveuse aime faire partager la magie de ces apparitions fugaces aux artistes qui lui confient leurs projets. Chaque collaboration donne lieu à de longues discussions : « C’est important de comprendre le message qu’ils veulent faire passer pour avoir le bon geste. J’essaie d’en saisir la symbolique et la sémantique. »

Willy Ronis, Pierre Alechinsky, François Morellet et bien d’autres sont passés par son atelier, Hélio’g. Certains, comme Éric Chenal, interviennent directement dans le processus pour une composition à quatre mains. Fanny Boucher prépare actuellement des portraits de grands singes au format hors-norme pour la philosophe des sciences Chris Herzfeld. Elle développe en parallèle des créations personnelles sur les thèmes de la fragilité, de la féminité et de l’enfance.

 

Créé en 1994, le titre de Maître d'art est décerné à vie aux professionnels des métiers d'art possédant un savoir-faire remarquable et rare, qui s'engagent pendant trois ans dans un processus de transmission à un élève.

Le dispositif Maîtres d’art – Élèves, unique en Europe, permet de préserver et perpétuer des savoir-faire pour lesquels il n’existe plus ou presque plus de formations. Il donne aux maîtres d’art et aux élèves l’opportunité de se consacrer pleinement à la transmission dans l’atelier du maître mais aussi hors les murs, autour de multiples projets de professionnalisation.

Depuis presque 25 ans, 132 maîtres d'art ont été nommés. Ils sont regroupés avec leurs élèves dans l'association des Ateliers des Maîtres d'Art et de leurs Élèves. Le ministère de la Culture a confié la gestion du dispositif Maîtres d'Art-Élèves à l'Institut national des métiers d'art qui reçoit pour cela le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller.

Le ministère de la Culture compte en son sein près de 1200 professionnels des métiers d’art, dans ses manufactures, notamment de Sèvres et du Mobilier national, dans ses ateliers de création et de restauration. Il a aussi pour mission de favoriser le dialogue et le travail en commun entre tous ceux qui sont animés de cette vocation de créer et de préserver les productions, quelle que soit leur catégorie. Les métiers d’art s’exercent dans de nombreux secteurs économiques (luxe, architecture, patrimoine, spectacle vivant) représentant plusieurs dizaines de milliers d’entreprises et d’emplois.