À l’occasion de la création des Maisons de la Culture, André Malraux avait écarté du domaine culturel l’Éducation populaire, se targuant qu’elles suppléeraient à une de ses missions fondatrices : la transmission culturelle.

Des liens commencent à s’établir au début des années 90 entre le ministère de la Culture et l’Éducation populaire et jettent les bases d'une collaboration : organisation commune de séminaires et formations, soutien à des projets nationaux, professionnalisation du réseau culturel de chaque fédération, création de postes Fonjep- culture.

 

En 1998, la signature d’une première charte Culture-Éducation populaire reconnaît institutionnellement le rôle privilégié des acteurs de l’Éducation populaire dans la diffusion du savoir et le développement des pratiques artistiques et culturelles.

Huit fédérations sont signataires de cette charte : Peuple et Culture, Cemea, Francas, Ligue de l’enseignement, Foyers ruraux, fédération des Mjc, Leo Lagrange, Cirasti, bientôt rejointespar les Centres sociaux, la confédération des Mjc et l’Ufcv.

 

Depuis lors, les conventions pluri-annuelles avec chacune de ces fédérations signataires se sont succédé. Elles permettent au ministère de les reconnaître définitivement comme des acteurs culturels professionnelset essentiels à la démocratisation culturelle.

Leur attachement à la défense du Droit culturel, leur savoir faire dans le domaine de la jeunesse et des pratiques individuelles et collectives, leur connaissance du terrain et des partenaires locaux en ont fait des partenaires précieux.

L’Éducation populaire développe des actions d'éducation artistique et culturelle et de formation tout au long de la vie, favorise la découverte des créations contemporaines dans toutes les disciplines, soutient les projets de création et les parcours artistiques, valorise la diversité des cultures et des modes d'expression dans l'espace public, notamment celles des minorités ethniques, soutient l'accès à la parole, la maîtrise de la langue et la lutte contre l'illettrisme, forme les encadrants…

En 2010, le ministère affirme l’importance du rôle de la culture dans la cohésion sociale et celui que peuvent tenir les associations de solidarité en faveur de l’accès à la culture des publics qui en sont le plus éloigné.

 

A l’instar des fédérations d’éducation populaire, des conventions pluri-annuelles d’objectifs sont signées avec dix associations de solidarité : ATD 1/4 monde, le Secours populaire, le Secours catholique, la Cimade, la Fnars, Emmaüs-France et la Fnasat-Gens du voyage, la JOC, les Apprentis d’Auteuil et Cultures du cœur et la Fnasat-Gens du voyage.

Il est à rappeler que l’agrément Jeunesse-Éducation populaire, pour la majorité d’entre elles témoignait déjà de leur engagement dans ces deux domaines prioritaires.

Les notions d’urgence et de solidarité culturelles sont alors prises en compte. La diversité des missions et des populations des nouvelles structures engagées en partenariat avec le ministère permettent ainsi d’intervenir dans les domaines de la réinsertion, de l’exclusion et de la pauvreté, de l’immigration, du racisme et des voyageurs.

Malgré le budget souvent élevé de certaines de ces associations de solidarité, certaines d’entre-elles ne disposent que de très peu - si ce n’est d’aucun - budget « culture » au niveau national. L’attribution, par le ministère, de subventions et de postes Fonjep-Culture a permis de structurer l’action culturelle de ces associations, notamment en permettant de nommer un responsable « culture », et de bâtir une réelle politique culturelle à destination de leurs publics.

En 2011, à l’initiative du Secrétariat général, un groupe de travail Expressions des exclusions devenu Cultures solidaires, réunissant fédérations d’éducation populaire et associations de solidarité, s’est constitué dans le but d’un partage de compétences : compétence historique de l’action culturelle des fédérations d’éducation populaire à la rencontre des savoir-faire propres aux urgences et populations de la solidarité. Donner à tous les moyens d’expressions individuelles ou collectifs pour la meilleure participation à la société est le premier enjeu. Des projets communs pourront dès lors être lancés.

C’est ainsi qu’on peut estimer à quelque dix millions de personnes, de grande diversité sociale, potentiellement concernés.

Fort de ces partenariats, et après avoir piloté l’Année européenne du dialogue interculturel en 2008, le ministère participe activement en 2010 à celle de « la lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion », animée par le ministère en charge de la cohésion sociale, ainsi qu’au plan interministériel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Plusieurs appels à projet, lancés dans ce cadre, ont permis de repérer et valoriser des initiatives culturelles convaincantes, conduites sur l’ensemble du territoire par les associations de solidarité et les fédérations d’Éducation populaire.

 

Perspectives

L’une des forces de ces associations œuvrant pour l’éducation populaire est d’être préparées à répondre aux priorités culturelles que le Premier ministre a mises en action dans le cadre de la réunion interministérielle Égalité et Citoyenneté de mars 2015 : ainsi, les mesures portant sur la valorisation de la langue française comme composante de notre culture commune, et celles relatives à « la culture au service de la citoyenneté » pouvant « contribuer aux valeurs qui doivent fonder notre société… et permettre de lutter contre les inégalités sociales, l’exclusion d’une partie de la population [] et permettant [] d’avoir accès au sensible, de vivre des expériences collectives, de débattre ».

Dans ce cadre, le Premier ministre relève également que « les associations sont au cœur du vivre ensemble » et fait porter plusieurs mesures sur « une éducation populaire renouvelée pour des citoyens engagés » afin de :

  • Favoriser le déploiement d’actions d’éducation populaire dans les territoires prioritaires ;
  • Soutenir et généraliser la présence des mouvements et actions d’éducation populaire dans les territoires fragiles et assurer la présence des adultes dans l'espace public et auprès des jeunes, à travers le renforcement des adultes-relais, des animateurs, éducateurs, des médiateurs, ainsi que par une revalorisation des parcours professionnels et des formations ;
  • Transformer les lieux accueillants du public (centres sociaux, MJC,…) en «fabriques» d’initiatives citoyennes impliquant les habitants (mutualisation, mise en réseau, échanges de pratiques) et développant l’engagement bénévole
  • Développer des réponses innovantes notamment à destination des adolescents sur l'éducation à la citoyenneté et aux médias et réseaux sociaux, les valeurs de la République, la mixité sociale [...]via [...] les pratiques culturelles, les démarches d’éducation populaire.

Autant de missions que, souvent, les fédérations d’éducation populaire et associations de solidarité ont déjà mises en œuvre et qu’il s’agit donc de conforter, suivant la volonté du Premier ministre, dans le cadre de la signature des CPO et de la nouvelle charte.

 

 Les nouvelles conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO)

Le renouvellement des CPO permet de prendre en compte les priorités ministérielles et de définir de nouveaux objectifs, moyens et dispositifs d’intervention adaptées aux évolutions de la société auxquels associations et fédérations participent déjà activement : politique de la ville, éducation artistique et culturelle, dimension européenne et internationale. Deux nouvelles CPO sont également créées : avec Apprentis d’Auteuil et Cultures du coeur.

Ainsi, dans les projets des nouvelles CPO parues en juin 2016, conformément aux mesures du CIEC de mars 2015, les priorités porteront sur l’exercice de la citoyenneté, l’engagement, le bénévolat, les espaces de proximité et de citoyenneté comme les MJC et les Centres sociaux, l’émergence de lieux de débats dans des espaces culturels et publics, l’encouragement et le développement du sens critique, l’éducation aux médias et à l’information, et l’accompagnement des pratiques culturelles et usages citoyens du numérique et des réseaux sociaux.

Ces structures y seront également encouragées à s’investir encore davantage sur le service civique.

Aujourd’hui ce sont donc 21 structures associatives, porteurs des valeurs de l’éducation populaire, qui renouvellent, ou inaugurent, leurs conventions pluri-annuelles d’objectifs.