Depuis fin juin 2020, une équipe d’archéologues de l’Inrap mène, sur prescription de l’État (Drac Île-de-France), une fouille au 35 rue de Paris à Louvres (Val-d’Oise). Elle s’inscrit en amont d’un projet de cinquante-deux logements et d’un commerce par le groupe Édouard Denis. Les recherches portent sur des vestiges datant de l’Antiquité à nos jours.

 

Un habitat gallo-romain ?

Depuis une quarantaine d’année, de nombreuses opérations archéologiques sont menées dans le centre de Louvres. Pour l’Antiquité, les connaissances portaient jusqu’à présent plutôt sur les inhumations, l’habitat n’étant connu que par des découvertes ponctuelles. Lors du diagnostic, le 35 rue de Paris avait livré quelques indices (fosses, trous de poteaux, puits et niveaux) de la présence d’un habitat sur ce secteur de la ville, datant au moins du Ier siècle de notre ère. Les recherches en cours devraient donc préciser la nature de l’habitat et son organisation, dans cette rue qui correspondrait à une portion de l’ancienne voie romaine entre Paris et Senlis.

© Thomas Haberstich, Inrap

Les hauts et les bas de la rue de Paris au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étendant sur environ dix siècles, une distinction s’opère entre le haut Moyen Âge (Ve-Xe siècles, époques mérovingienne et carolingienne) et le bas Moyen Âge (XIe-XVe siècles), avec des types de vestiges archéologiques différents. Ainsi, à Louvres, deux sites mérovingiens importants ont fait l’objet d’investigations au nord (nécropole de Saint-Rieul) et au sud (Ferme Baron) de la parcelle du 35 rue de Paris. L’actuelle rue du Milton semble alors prendre le pas sur la voie antique. Sur la parcelle fouillée, des vestiges de cette période – essentiellement des trous de poteaux et des silos – sont présents, même s’ils sont moins nombreux qu’aux périodes suivantes.

Au bas Moyen Âge, la rue de Paris reprend de l’importance, comme en témoigne la création de l’Hôtel-Dieu. Au 35, la qualité des vestiges architecturaux (murs, caves, lapidaires en réemploi, cheminées, etc.)  pose la question du statut social des occupants. L’analyse du mobilier récolté pendant la fouille, même s’il est peu abondant, permettra peut-être d’affiner cela.

Une ferme seigneuriale

À la fin du XVIe siècle, les sources écrites font mention d’une ferme seigneuriale sur cette parcelle, attenante à l’hôtel des seigneurs de Louvres et d’Orville. Elle changera de mains à plusieurs reprises (la tombe du dernier seigneur est encore visible dans l’ancien cimetière de Louvres).

La zone actuellement fouillée correspondrait à la partie agricole de la ferme, avec les granges et bâtiments d’élevage. Si le corps principal de l’habitation se trouve en dehors de l’emprise de la fouille, un pigeonnier-porche dénote le statut important de cette ferme. Le diagnostic avait également révélé une glacière, et la fouille actuelle y ajoute de nombreux autres aménagements dont la fonction reste à définir. Un très grand abreuvoir, plusieurs zones dallées, ainsi que des sols carrelés et des cheminées à plusieurs endroits du site sont à noter. La confrontation entre les données archéologiques et archivistiques affinera la compréhension des différentes structures présentes, de reconnaître leur fonction.

© Thomas Haberstich, Inrap

ARCHÉA

Musée intercommunal situé dans la même rue que ce chantier archéologique, conserve notamment l’ensemble du mobilier archéologique retrouvé lors des précédentes opérations réalisées dans la commune de Louvres. Grâce à un partenariat étroit avec les opérateurs archéologiques, les objets sortis de fouille, après étude et rendu du rapport, sont soigneusement conservés, inventoriés par l’équipe du musée et si besoins restaurés. Ils sont amenés régulièrement à être présentés au sein d’expositions temporaires conçue par le musée, mais aussi intégrés au parcours permanent du musée qui est progressivement mise à jour. La vitrine consacrée à la période gauloise vient ainsi d’être entièrement renouvelée en 2020 intégrant des collections liées à l’actualité de la recherche scientifique. Ce sont 780 objets, issus de 90 sites archéologiques du territoire de Roissy Pays de France, qui sont exposés en permanence au sein du musée, du biface paléolithique à l’assiette de style Imari 18e siècle de l’ancien château de Roissy. Les actions de médiations organisées par ARCHÉA, au musée et hors les murs, permettent de mettre en valeur régulièrement le travail des archéologues dans la région. Rencontres à l’occasion de conférences, ateliers-goûter avec des enfants, réalisation d’interviews diffusées dans les expositions ou sur la chaîne YouTube du musée, balades archéologiques sur le terrain, sont autant d’occasions de créer des liens entre les scientifiques et la population locale.

L'INRAP

L’Institut national de recherches archéologiques préventives est un établissement public placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de la Recherche. Il assure la détection et l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 1800 diagnostics archéologiques et plus de 200 fouilles pour le compte des aménageurs privés et publics, en France métropolitaine et outre-mer. Ses missions s’étendent à l’analyse et à l’interprétation scientifiques des données de fouille ainsi qu’à la diffusion de la connaissance archéologique. Ses 2 200 agents, répartis dans 8 directions régionales et interrégionales, 42 centres de recherche et un siège à Paris, en font le plus grand opérateur de recherche archéologique européen.