Du 19 mai au 5 octobre 2019

L’abbaye de Maubuisson présente "Electric Ladyland" et invite ainsi Julien Colombier - à partir du 19 mai, date de réouverture de l'abbaye - à réaliser sa première exposition personnelle dans un centre d’art contemporain d’Ile-de-France. Peintre autodidacte né en 1972, l’artiste travaille essentiellement au pastel gras, à la craie et à l’acrylique sur fond noir. Il conjugue son art du dessin avec un savant mélange d’audace auquel s’ajoute un talent inouï pour combiner les couleurs qu’il met au service de motifs obsessionnels. Depuis son atelier bagnoletais, tout médium l’intéresse et attise sa curiosité : papier, toile, bâche, mur, bois, textile, etc. Ses influences et sources d’inspiration sont diverses. Observateur, il se nourrit de tout ce qui l’entoure : monde du graffiti, art japonais, Henri Matisse, Keith Haring ou ses voyages, notamment en Inde. Il collabore régulièrement avec le monde de la mode, du luxe et de l’artisanat d’art (exemples : coopération avec la manufacture de Sèvres, Chanel, Cartier, Baccarat, etc.). Du 19 mai au 5 octobre 2019.

Julien Colombier, La Traversée (des flows), simulation © Courtesy de l’artiste

paysages colorés peuplés de jungles ou de forêts tropicales

L’univers artistique de Julien Colombier, inspiré d’un monde végétal luxuriant, est éminemment graphique. Il en explore le vocabulaire formel jusque dans ses profondeurs, plastiques et métaphoriques. Ses motifs composent des fragments de paysages colorés peuplés de jungles ou de forêts tropicales qui jouent avec les limites de la figuration et du décoratif. L’artiste répète ses motifs géométriques et végétaux créant un environnement organique hypnotique, onirique et inquiétant. Ses œuvres représentent un monde sans hommes, d’avant ou après sa disparition. À Maubuisson, dans le décor de cette ancienne abbaye cistercienne du XIIIe siècle, Julien Colombier propose de nouvelles pièces spécifiquement réalisées pour le lieu. L’artiste s’expose en volume et nous ouvre les portes de son imaginaire. Il expérimente de nouveaux procédés, en travaillant notamment sur soie, et se confronte pour la première fois à de vastes espaces d’exposition. Son projet, ambitieux, hybride et immersif, englobe chaque centimètre carré de l’abbaye. L’artiste redéfinit l’espace de l’abbaye avec des éléments hétérogènes issus d’une mythologie personnelle qu’il a pensée en musique, en écoutant le titre éponyme de l’album de Jimmy Hendrix Electric Ladyland.1

La question de la religion, convoquée ici sous forme de quête initiatique, a été un des fils conducteurs exploré par l’artiste. Un cheminement dans l’univers végétal de l’artiste où la nature a repris ses droits et envahit les salles de l’abbaye. Le monde de Julien Colombier suscite une exaltation qui impulse une réinvention du lieu. Le travail de l’artiste prend une résonance particulière dans le lieu patrimonial de l’abbaye que Julien Colombier utilise à contre-emploi. Mis en abîme, l’univers graphique de l’artiste devient alors un espace de projection dans lequel le visiteur déambule et s’égare.2

1 – Loredana Parmesani, L’Art du XXe siècle : Mouvements, théories, écoles et tendances 1900-2000, p.92
2 – Ibid., p.92

Salle du parloir, "La Traversée (des flows)"

Julien Colombier, La Traversée (des flows), simulation, détail © Courtesy de l’artiste

Dans la salle du parloir, le visiteur est invité à se déchausser pour déambuler sur un parterre de toiles couvertes de motifs luxuriants qui sont la marque de fabrique de l’artiste Julien Colombier. L’artiste invite les visiteurs à s’asseoir ou à s’allonger pour un moment d’abandon extatique. Suspendues aux voûtes du XIIIe siècle, flottent des guirlandes à franges argentées qui rappellent les cérémonies religieuses indiennes. L’immersion dans l’univers de Julien Colombier nous embarque dans un imaginaire flamboyant et exotique. Comme dans les œuvres du mouvement d’avant-garde français "Supports/Surfaces" qui entre 1969 et 1972 se caractérisait par une démarche qui accordait une importance égale aux matériaux, aux gestes créatifs et à l’œuvre finale, le sujet passe au second plan. L’œuvre de Julien Colombier se lit à la manière d’un puzzle dont les pièces pourraient être réagencées à l’infini. Il signifie un monde parcellaire, peuplé de formes coulantes et de représentations provisoires. Son travail artistique est avant tout l’expression d’une vie, du refus assumé d’une forme qui se donnerait pour complète et achevée. Son exposition a ainsi été pensée comme un vaste terrain de jeu et de découverte.

Passage aux champs, Le Passage (du canyon)
expo

Julien Colombier, Le Passage (du canyon), simulation © Courtesy de l’artiste

L’univers de Julien Colombier n’est pas sans rappeler les origines du graffiti qui s’est développé au début des années 1980 à New York puis dans le monde entier. On assistait alors à une prolifération de signes qui recherchaient de nouveaux espaces

où se déployer (wagons de train et de métro, murs des quartiers périphériques, affiches publicitaires, etc.). L’artiste confrontait son vocabulaire plastique aux innombrables signes urbains de la ville. Son identité naissait ainsi de cette juxtaposition et confrontation. Les représentants les plus significatifs de ce mouvement furent Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, A-One, Futura 2000, etc.

Ces artistes pratiquaient une peinture-signe grouillonnante et frénétique à l’instar de celle de Julien Colombier qui investit ici les murs-cimaises du passage aux champs de l’abbaye de Maubuisson. Loin de l’esprit contestataire des artistes pionniers du graffiti, l’univers de Julien Colombier se situe plus dans un "art de frontière" "entre culture et nature, masse et élite […] et crée un nouveau décor, un nouveau sujet qui agit dans une complète liberté à l’intérieur de l’infinité des signes que la culture, supérieure et inférieure, crée continuellement"

Salle des religieuses, La Forêt (des égarés)

Julien Colombier, La Forêt (des égarés), simulation © Courtesy de l’artiste

Dans le décor de l’ancienne salle des religieuses, Julien Colombier joue avec l’espace et le diffracte par la présence de panneaux peints, tels des décors de théâtre parmi lesquels le visiteur est invité à déambuler, tout en découvrant la face avant, comme la face arrière de ces supports dont les jambes de force sont intentionnellement laissées apparentes et lestées par des sacs de sable. Ces panneaux verticaux scandent l’espace en autant de panoramas qui évoquent l’univers des films d’animation d’Hayao Miyazaki, notamment pour son talent pour dessiner les plantes. Toutefois l’intervention de Julien Colombier ne se réduit pas à cette réinterprétation de l’espace de l’abbaye. En effet, par-delà leur vitalité et leur fantaisie, ses assemblages prennent une résonance particulière dans le lieu patrimonial de l’abbaye que Julien Colombier utilise à contre-emploi en y convoquant des motifs décoratifs et un exotisme réinventé. Mis en abîme, l’univers graphique de l’artiste devient alors un espace de projection, et parfois sonore, dans lequel le visiteur s’égare.

Anciennes latrines, Le Nirvana (flottant)
expo

Julien Colombier, Le Nirvana (flottant), simulation, ancienne salle des latrines, © Courtesy de l’artiste

L’exposition se clôture dans l’ancienne salle des latrines où l’artiste dresse cinq mats au bout desquels volent des pavillons en soie sérigraphiés. Les différentes pièces d’étoffe de ces drapeaux sont ornées de motifs qui peuplent habituellement l’univers de Julien Colombier (sphères, végétaux, formes géométriques, etc.) mais aussi d’un nouveau corpus de signes expérimentés lors de sa résidence de création dans l’atelier de sérigraphie Vorace à Lyon. Les pavillons s’animent vigoureusement

sous l’impulsion d’une soufflerie. Celle-ci trouble la quiétude de cette salle par les vrombissements des ventilateurs et par le jeu des drapeaux en mouvement qui emplissent l’espace.

Ces drapeaux ne sont pas sans rappeler ceux des ordres religieux-militaires catholiques utilisés durant la guerre sainte chrétienne et qui déboucha sur les croisades. Rappelons que Saint Louis, fils de la fondatrice de l’abbaye de Maubuisson Blanche de Castille, fit la septième croisade dans l’espoir de délivrer les lieux saints qu’occupaient les musulmans et mourut de la peste lors de la huitième croisade.

Mais peut-être que Julien Colombier a également été inspiré par le côté graphique et zen des Koinobori japonais (bannières aériennes multicolores en formes de carpes) ou encore des drapeaux de prières tibétains. Selon les adeptes du bouddhisme tibétain, le vent qui souffle, caresse au passage les formules sacrées imprimées dessus, les disperse dans l’espace et les transmet ainsi aux dieux et à tous ceux qu’il touche dans sa course 1. Julien Colombier, là encore, transforme les espaces de l’abbaye avec des éléments issus de sa mythologie personnelle en une sorte de panthéon syncrétique.

Événements autour de l’exposition

  • Expo + Cinéma + RencontreBlade Runner de Ridley Scott, jeudi 27 juin 2019 à partir de 18h30, projection à 20h30
  • Édition, catalogue monographique Julien Colombier automne 2019. Une publication sur le travail de Julien Colombier et son exposition à l’abbaye de Maubuisson paraîtra à l’automne 2019. Ce catalogue monographique de Julien Colombier est aussi l’occasion de remonter le temps vers des œuvres plus anciennes.
  • Événement Nuit Blanche, musique électronique et arts visuels, avec Rubin Steiner et Julien Colombier, samedi 5 octobre 2019 de 19h à minuit

Accueil des publics

  • Individuels, Entrée libre, tous les jours, sauf le mardi, de 13h à 18h en semaine et le week-end, de 14h à 18h
  • Visite guidée de l’exposition, les visiteurs découvrent les œuvres de Julien Colombier accompagnés par notre médiatrice. Tous les samedis, dimanches (Sauf le 3e dimanche du mois) et jours fériés à15h30 / Durée : 40 min / Gratuit
  • Visite-atelier en famille, partager un moment créatif, en famille, autour des œuvres de Julien Colombier avec la visite guidée ou la visite contée de l’exposition suivie d’un atelier de pratique artistique et d’un goûter.
  • Visite guidée et atelier en famille : les 1er mercredis du mois (5 juin, 3 juillet, 7 août, 4 septembre, 2 octobre) à 15h / Durée : 2h / Tarif : 5€
  • Visite contée et atelier en famille : les 3e mercredis du mois (19 juin, 17 juillet, 18 septembre) à 15h / Durée : 2h / Tarif : 5€

Les projets en partenariat

Exemples de projets à venir :

  • Les parcours "Art contemporain dans un monument historique". Cinq collèges valdoisiens bénéficient d’un parcours basé sur la découverte de l’abbaye de Maubuisson, site artistique et patrimonial. Au programme : visites guidées de l’abbaye et de son architecture, de l’exposition en cours et jeux de piste thématiques (architecture, arbres et réseau hydraulique). Renseignement et inscription en ligne via les actions éducatives de la direction de l’éducation et des collèges du Conseil départemental du Val d’Oise : http://actions-educatives.valdoise.fr/
  • C’est mon patrimoine. Retrouver l’association des Ateliers arrosés à Maubuisson du22 au 24 juillet 2019 lors d’un stage artistique autour de l’exposition de Julien Colombier et de la pratique du dessin. Contact : Peggy Pecquenard tél. 01 34 33 85 00, port : 06 42 05 86 41 mail : peggy.pecquenard@valdoise.fr

Informations pratiques

abbaye de Maubuisson, site d’art contemporain du Conseil départemental du Val d’Oise, avenue Richard de Tour 95310 Saint-Ouen l’Aumône, tél : 01 34 33 85 00
Horaires, en semaine, sauf le mardi, de 13h à 18h / Le week-end et les jours fériés (sauf les 01/01, 01/05 et 25/12) de 14h à 18h / Fermé entre les expositions temporaires et le mardi