Pour sa 48e édition, le Festival d’Automne invite une nouvelle fois les publics à assister à un panorama original et sans égal de spectacles où se rassemblent et s’accordent merveilleusement théâtre (Vincent Thomasset, Jonathan Capdevielle, Émilie Rousset…) danse (Boris Charmatz, Steven Cohen, Gisèle Vienne, Jérôme Bel, William Forsythe, Marcelo Evelin, Latifa Laâbissi…), performances (Craig Shepard, Jeanne Balibar, Fanny de Chaillé, Myriam Gourfink…), cinéma (Sébastien Lifshitz, Richard Linklater…), musique et arts plastiques (Anna Boghiguian, Christodoulos Panayiotou).

Cinquante-huit lieux parisiens et franciliens partenaires accueillent cette année du 10 septembre au 31 décembre une centaine d’artistes venus d’Europe (Chypre, Italie, Allemagne, Belgique, Portugal, Danemark, Grande-Bretagne…), mais aussi d’Égypte, de Corée, de Taïwan, de Chine, d’Australie, du Brésil, d’Afrique du Sud, du Canada, de la République Démocratique du Congo… Trois grands portraits enrichissent cette manifestation à nulle autre pareille : Merce Cunningham, lumineux et magistral danseur et chorégraphe américain, dont le Festival célèbre le centenaire de sa naissance. Pour sa première édition en 1972, il accueillait un event, inaugurant une longue histoire commune – jusqu’en 2009 et Nearly 90, dernière pièce du chorégraphe.

Copyright Anna Boghiguian, L’Alchimiste, 2011, gouache sur papier, 30 x 40 cm, exemplaire unique © Courtesy de l’artiste

La Ribot, figure majeure de la danse plasticienne, a développé une œuvre en rhizome qui doit sa radicalité à sa façon de prendre l’art à sa racine, là où le corps et l’idée s’éprouvent en toute liberté ; Claude Vivier : second chapitre, ce compositeur atypique, animé intimement par la musique et épris de poésie, prône l’œuvre d’art comme autobiographie, créant la vie, l’incarnant, voire la reprenant. La composition musicale, de sa propre main sur son propre corps, est cette vie, la seule authentique.

Boris Charmatz infini

Boris Charmatz, "Infini" © Marc Domage

"Plus le travail avance, et plus je sais que Infini va être une pièce extrêmement cadrée". Pour le chorégraphe, la danse est un moyen de tester les limites du cadre théâtral en le confrontant à la prolifération d’actions, de mouvements, de voix. Avec infini, Boris Charmatz donne corps à cette obsession du dépassement sous la forme épurée du compte et de ses variations, ouvrant un vaste territoire chorégraphique inexploré.

La Ribot

 

Carnet d’artiste, La Ribot, 2003 © La Ribot

"La danse est un art contemporain, aussi je me sens artiste contemporaine dans la plus large extension du terme." le Festival d’Automne à Paris rend hommage à la plus conceptuelle des herbes folles à travers un parcours entre six projets hybrides qui édifie moins qu’il n’invite à explorer un paysage en constante mutation. Figure majeure de la danse plasticienne, aussi rigoureuse qu’extravagante, La Ribot a développé une oeuvre en rhizome qui doit sa radicalité à sa façon de prendre l’art à sa racine, là où le corps et l’idée s’éprouvent en toute liberté. Son oeuvre, au croisement de la performance, de la vidéo et de l’installation live, fonctionne de fait par dérives et déviations, suivant une trajectoire vagabonde dont les formes résistent à la définition. Enfant de la Movida espagnole, La Ribot vit d’ailleurs comme elle bouge, en évitant l’inertie.

Merce Cunningham

Michel Guy, fondateur du Festival, a été l’un des plus fervents soutiens de cette nouvelle forme de danse, alors méconnue et mal comprise, permettant la diffusion et la reconnaissance de Cunningham en France. A l’occasion du centenaire de sa naissance, le Festival d’Automne pose quelques jalons d’une histoire de plus d’un demi-siècle, en rendant hommage a celui qui a changé le cours de la danse au XXe siècle, la faisant entrer de plain-pied dans la modernité par un dialogue fécond avec la musique, les arts plastiques et le cinéma.

Merce Cunningham, 1987 © Peter Hujar

Aborder Cunningham dans toute la diversité de sa production nécessite de dépasser l’aspect purement formel de sa danse – pour prendre en compte la cohérence d’une œuvre ancrée sur une théorie extrêmement précise de l’espace, du temps, et de la place du corps dans l’histoire de l’art moderne. En effet, Cunningham a écrit de la danse – plus de deux cents pièces entre 1942 et 2009 – mais il a aussi écrit sur la danse, formalisant très tôt les grands principes qui allaient structurer son œuvre. Danseur exceptionnel, c’est à partir de son propre corps qu’il a cherché à repenser les possibilités du mouvement humain pour ensuite les étendre aux danseurs de sa compagnie

Merce Cunningham, "Sounddance" 1975 © Johan Elbers / Merce Cunningham Trust

Pendant soixante-dix ans, Merce Cunningham est demeuré à la pointe de l’avant-garde américaine et du monde. Il est considéré comme l’un des plus grands chorégraphes de notre temps. Pendant une grande partie de sa vie, il a aussi été l’un des plus grands danseurs américains. Il s’est distingué par un sens constant de l’innovation en repoussant les frontières de la danse et celles des arts plastiques et du spectacle vivant. Au fil de ses collaborations avec des artistes de toutes disciplines, il a constitué un corpus unique en danse, en musique et dans les arts visuels.

La Fabrique / John Cage & Merce Cunningham

Merce Cunnigham et John Cage, 1972 © James Klosty

De toutes ces rencontres artistiques, c’est son compagnonnage avec John Cage, a partir des années 1940 jusqu’a la mort de ce dernier en 1992, qui a le plus influé sa danse. On doit au tandem qu’ils formaient un grand nombre d’innovations radicales. La plus célèbre et la plus controversée concerne la relation entre la danse et la musique : elles coexistent dans le même temps et le même espace tout en étant créées indépendamment l’une de l’autre. Tous deux ont aussi abondamment eu recours aux procédés aléatoires en abandonnant non seulement les formes musicales, mais aussi la narration et tous les éléments conventionnels de la composition chorégraphique – la relation de cause à effet, l’acmé et la chute. Pour Merce Cunningham, le sujet de ses danses était la danse.

Craig Shepard - On Foot: Aubervilliers / Trumpet City: Aubervilliers

Craig Shepard, "Trumpet City" © Palma Fiacco

Avec ces deux projets, le compositeur américain Craig Shepard propose une approche sensible de la ville. On Foot: Aubervilliers embarque les participants dans une déambulation silencieuse au fil d’un parcours choisi, les oreilles grandes ouvertes à une appréhension différente de leur environnement, quand Trumpet City: Aubervilliers harmonise la musique et la rue.

tg Stan / Tiago Rodrigues The way she dies

tg Stan et Tiago Rodrigues, "The way she dies" © Felipe Ferreira

Compagnons de route depuis une vingtaine d’années, le collectif tg STAN et l’auteur et metteur en scène Tiago Rodrigues partagent un goût pour les grands textes et une même liberté artistique. Avec The way she dies, ils revisitent ensemble l’histoire mythique d’Anna Karénine, l’héroïne passionnée et funeste de Tolstoï, et se demandent si un livre peut transformer une vie. Si The way she dies est né de la lecture d’Anna Karénine, le spectacle transcende la simple adaptation théâtrale : ce n’est pas la Russie de la fin du XIXe siècle qui se déploie sur le plateau, mais l’intérieur épuré de deux couples en mal d’amour. L’un vit à Anvers, l’autre à Lisbonne et, au cœur de leur quotidien, les sentiments se sont estompés, la duplicité s’est installée. Tiago Rodrigues convoque l’héroïne romanesque, Anna Karénine, pour mêler son histoire tragique à celle de ses personnages.

Jonathan Capdevielle  Rémi

Jonathan Capdevielle, "Rémi" © Vanessa Court

Pour sa première création tout public, Jonathan Capdevielle s’empare de Sans famille d’Hector Malot, vibrant classique de la littérature enfantine, et l’adapte en deux épisodes : un spectacle et une fiction radiophonique à écouter de retour à la maison. Sans famille, roman initiatique qui relate le parcours édifiant de Rémi, orphelin vendu à un artiste au grand cœur, avait tout pour plaire à Jonathan Capdevielle qui l’a d’abord découvert dans sa version dessin animé manga. L’enfant, les souvenirs, mais aussi le rapport aux origines, à la famille, et la façon dont ces éléments conditionnent en partie l’individu, tiennent une large place dans les spectacles de l’auteur, metteur en scène et comédien, formé à l’École supérieure nationale des arts de la marionnette et interprète de Gisèle Vienne. (Jeune public / Tout public)

Gérard Grisey, Luciano Berio, Claude Vivier 

Claude Vivier, Christina Petrowska Quilico et sa fille, 1981 © Fondation Vivier

Ce concert, au cours duquel se déclinent diverses expériences du sacré, du dévoilement archéologique de mythes antiques à l’Ancien Testament, donne l’occasion d’écouter à Paris l’un des chefs-d’œuvre de Luciano Berio, Ofaním, et de découvrir Hiérophanie que son auteur, Claude Vivier, n’entendit jamais en concert. Gérard Grisey connaissait bien Claude Vivier, qu’il avait côtoyé dès le début des années 1970 et avec qui il partageait une tendance au mysticisme, à la croyance dans le "pouvoir chamanique" de la musique, à la "magie du son", seule capable d’évoquer "la voix perdue" et d’entrer "dans les couches mystérieuses de l’être".

Gerard & Kelly Modern Living

Gerard & Kelly, "Modern Living" , 2016. Performance view: MAK Center for Art & Architecture at the Schindler House, West Hollywood, California. Pictured: Julia Eichten and Rachelle Rafailedes of L.A. Dance Project. Courtesy of the artists

Poursuivant une série de pièces créées dans des lieux emblématiques de l’architecture moderne aux États-Unis, les artistes californiens reviennent à Paris avec le projet Modern Living. Investissant deux lieux iconiques dessinés par Le Corbusier, ils explorent la sensualité nichée à l’ombre du modernisme. La villa Savoye et l’Appartement-atelier de Le Corbusier : deux lieux de vie qui sont autant de sites ou s’inventent, en même temps qu’un langage architectural, de nouvelles manières de vivre.

Sébastien Lifshitz - Images perdues, images trouvées

Bambi, 1972 © John Fitzgerald

Depuis la fin des années 1990, Sébastien Lifshitz trace une œuvre cinématographique aussi délicate que politique. À l’occasion de la sortie en salles de son nouveau long métrage, Adolescentes, le Centre Pompidou revient sur l’ensemble de son travail et présente une exposition inédite de photographies vernaculaires dont le cinéaste est un grand collectionneur.

Richard Linklater, Le cinéma, matière-temps

Mason (Ellar Coltrane) dans "Boyhood" de Richard Linklater, Photographies de plateau de Matt Lankes © Boyhood Inc. and IFC Productions I

Depuis trente ans, le cinéaste indépendant américain  Richard Linklater développe une œuvre à la fois populaire  et expérimentale. Le Centre Pompidou l’invite à présenter,  pour la première fois, la rétrospective intégrale de ses films et  une exposition autour de la matière de son cinéma, le temps. Dans le paysage cinématographique américain à l’aube des  années 1990,  Slacker (1990) et  Dazed and Confused (1993) provoquent une véritable déflagration. Le public comme la  critique ne s’y trompent pas : au sein de récits éclatés inscrits  dans une seule journée, Richard Linklater saisit l’esprit de sa  génération, celui d’une jeunesse  coming of age , accédant à un   âge adulte dont elle rejette les convention

William Forsythe  A Quiet Evening of Dance

William Forsythe, "A Quiet Evening of Dance" © Bill Cooper

William Forsythe s’entoure de sept de ses interprètes pour une soirée qui va à l’essentiel : un rigoureux travail de tressage de la danse et de la musique. A Quiet Evening of Dance donne à voir la rigueur incomparable de l’œuvre de l’un des plus grands chorégraphes de sa génération. Le titre est modeste, mais ne trompe pas : cette « soirée tranquille » marque le retour de William Forsythe comme chorégraphe indépendant, quatre ans après la fin programmée.

Robert Wilson / CocoRosie

Robert Wilson, "Jungle Book" © Lucie Jansch

Ami de longue date du Festival, Robert Wilson relève cet automne, à l’invitation d’Emmanuel Demarcy-Mota, un nouveau défi : adapter à la scène un conte qui parle à tous les publics. Ce sera Le Livre de la jungle, célébration de l’enfant et du monde animal, qu’il revisite avec la complicité du duo musical CocoRosie. Aujourd’hui, c’est au tour de Robert Wilson de faire entrer Mowgli, l’enfant abandonné dans la jungle et héros de Rudyard Kipling, dans son univers scénique inimitable. Entre opéra et comédie musicale, son Jungle Book met en lumière les amitiés et les luttes qui réunissent l’ours Baloo, la panthère Bagheera ou encore le tigre Shere Khan. Jungle Book D’après Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling, une création du Théâtre de la Ville-Paris.

Programme du Festival

Festival d'Automne