Pionniers du néo impressionnisme

Rencontre de jeunesse entre deux artistes

De la rencontre de jeunesse entre Maximilien Luce et Léo Gausson, est née une correspondance nourrie qui s’échelonna sur plusieurs années avec des passions, des interruptions et des enthousiasmes. La découverte ou la redécouverte de ce lien épistolaire, dans les archives du musée Gatien-Bonnet, associée à une présence importante de leurs œuvres au sein des collections des deux musées (dessins, peintures, publications, sculptures, gravures), a été pour les deux équipes le début d’échanges et d’interrogations qui aboutissent à cette exposition commune dans les deux villes emblématiques de Luce et Gausson. Ce projet d’exposition s’est inscrit dans la volonté affichée de chacune des deux villes de faire mieux connaître ces deux artistes, pionniers du néo impressionnisme, sur leur territoire, et en dehors, comme l’attestent les dernières expositions, acquisitions d’œuvres et restaurations réalisées par ces établissements. La construction de ce projet commun, fut une formidable occasion de fédérer deux équipes, de partager des idées et compétences et de créer une émulation enrichissante et féconde pour la recherche scientifique. Musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie (du 27 mai au 16 août 2019), une exposition co-produite avec le musée Gatien-Bonnet de Lagny-sur-Marne.

Maximilien Luce (1858-1941)

Maximilien Luce fut un homme au caractère entier et bien trempé, vivant et peignant selon ses idéaux. Luce fut aussi un humaniste, un camarade fidèle et généreux qui a entretenu des amitiés vraies et passionnantes avec ses contemporains.

Luce fut un artiste à la carrière longue et très prolifique ; né en 1858 à Paris, il grandit dans un milieu modeste, en plein cœur d’un quartier ouvrier. En 1872, il devint apprenti graveur sur bois chez Henri-Théophile Hildibrand et suivit des cours de dessin et de peinture dans les ateliers de Diogène Maillart puis de Carolus-Duran. Sa peinture prit un tournant radical dès 1885, lorsqu’il découvrit le travail de Georges Seurat qui venait de faire scandale au Salon des Indépendants, avec sa toile Baignade à Asnières. Il adopta cette nouvelle manière divisionniste et intégra le groupe des peintres néo-impressionnistes.

Au passage du siècle, Luce adopta alors une manière plus personnelle, élargissant sa touche et atténuant la teinte violette qui lui était si caractéristique. Il se concentra notamment sur la thématique du monde ouvrier qui lui fut chère et sur des scènes de la Commune. La mobilisation de son fils Frédéric pendant la Première Guerre mondiale fut ensuite à l’origine d’une série de toiles sur la représentation des soldats dans les gares parisiennes. La peinture de Luce s’est enrichie par la suite de ses nombreux voyages, tant à l’étranger (en Belgique, en Angleterre et aux Pays-Bas) qu’à travers la France, qu’il parcourut en long et en large, de la Côte d’Azur à la Normandie, en passant par la Bretagne et l’Yonne. Il se plaisait alors à représenter des paysages paisibles de campagne, des scènes de baignades et les fermes dans lesquelles il s’installait. Il poursuivit ces sujets à Rolleboise où il s’installa en 1921 et où il mourut en 1941.

Léo Gausson (1860-1944)

Léo Gausson naît le 14 février 1860 à Lagny-sur-Marne, sa famille est originaire de la région depuis plusieurs générations. Libre, autodidacte, d’une grande curiosité, il se forge très tôt une culture artistique originale, non officielle. Ses rencontres seront capitales et orienteront sa formation et ses choix artistiques. Attaché à sa région, il entretient avec la nature des rapports étroits qui le prédisposent à la peinture de paysage. Structurant ses tableaux à partir d’éléments simples : mur, maison, route, arbre, où l’individu est souvent suggéré ou ignoré, il fait de la touche, de la couleur et de la matière son sujet principal. Très tôt, dès 1886, enayant une parfaite connaissance des avancées scientifiques, il adhère aux théories Néo-impressionnistes. Rigoureuse et contraignante cette technique semble rapidement le brider dans son rapport intuitif et sensible à la nature. Il recherche dès les années 1890 un style plus large et délié, répondant à ses nouvelles interrogations. L’apparition du mouvement synthétique de Paul Gauguin dans ces années-là, lui offrira la possibilité d’une expression plus en phase avec son tempérament.

Ses travaux aboutiront, de façon prémonitoire mais discontinue, à l’écriture plastique des peintres fauves et expressionnistes. Il confie à Georges Lecomte (écrivain et journaliste pour l’Art dans les Deux Mondes) : "[…] quand il s’agit de représenter des effets violents, des colorations intenses, il convient d’employer de larges touches, simples et vigoureuses." En 1896 il publie un recueil de contes « Histoire vertigineuse» et fréquente le milieu littéraire.