Le joyau gothique et néogothique d’Hennebont fait partie des 7 chantiers patrimoniaux du plan de relance en Bretagne.
Coup de projecteur sur un édifice majeur de la ville d’Hennebont au riche passé historique.

 

Pierre-Laurent Constantin, médiateur du service de la valorisation du patrimoine de la ville d’Hennebont, nous présente le chantier complexe en cours, invisible pour le visiteur derrière les grandes bâches tendues du sol au plafond dans le chœur du monument. Les ouvriers s’affairent sur des voûtes en plâtre rétablies sur la charpente restaurée. La poursuite des opérations de restauration financées sur le plan de relance interviendra à partir du mois de juin 2021.

Notre-Dame-de-Paradis

Protection, restauration et plan de relance

La basilique Notre-Dame-de-Paradis est classée monument historique depuis 1862, ses abords sont protégés par arrêté du 10 août 1939.
L’édifice bénéficie de campagne d’entretien et de travaux de restauration de façon quasi ininterrompue depuis 2012. La flèche, le beffroi et les chéneaux ont été restaurés dès cette époque, une campagne est menée sur les toitures à partir de 2018, la mise en valeur du chœur et du chevet est entreprise en 2020. Un livret de chantier présente les travaux et opérations menées sur l’édifice sur cette période. Les travaux actuellement en cours jusqu’au mois de mai 2021 consistent en la restauration des parements intérieurs et des voûtes en plâtre du chœur et des chapelles latérales de la basilique, ainsi qu’en la restauration du clos et du couvert. Une fois la voûte rétablie dans le chœur, les travaux porteront sur les intérieurs de la nef et de la sacristie pour lesquels l’État mobilise 350 000 € au titre du plan de relance.

 

Le plan de relance a été mis en place par le gouvernement français dans le but de relancer l'économie à la suite de la crise économique liée à la pandémie de Covid-19.

Pour la Culture, l’enjeu de ce programme est à la fois de reconstruire les secteurs culturels et de refonder les politiques culturelles. La restauration du patrimoine fait partie des priorités.

Histoire de la basilique Notre-Dame-de-Paradis

L’édifice qui domine de sa flèche de 65 mètres le paysage de la ville d’Hennebont n’est ni une fondation royale, ni ducale, pas même seigneuriale. C’est en effet un simple  maréchal-ferrant, François Michart, qui initie la fondation de ce qui n’est alors qu’une chapelle dédiée à Notre-Dame. Les démarches et collectes de fonds débutent en 1513 et la première pierre est posée l’année suivante sur la place de Paradis en dehors de l’enceinte médiévale.

Une édification relativement rapide

Les travaux sont menés avec suffisamment de rapidité pour permettre la consécration de l’édifice inachevé le 19 juin 1524 par Monseigneur le Borgne suppléant du cardinal Laurent Pucci, évêque de Vannes. François Michart meurt en 1527 et ne voit pas la fin de la construction, la tour-porche et le clocher sont probablement quasiment terminés vers 1530. Les travaux se poursuivent jusque vers 1590. Les bois de la charpente sont de cette époque. L’achèvement de la façade occidentale assure à l’édifice une cohérence architecturale et une riche ornementation de style gothique flamboyant. Cette décoration est encore enrichie au XIXème siècle dans le goût de l’époque romantique dans le style néo-gothique. L’église est voûtée, des contreforts amortis de pinacles sont achevés sur la nef et sur la tour, le toit est enfin entouré d’une balustrade flamboyante. Une sacristie est également construite au sud à cette époque.
L’ensemble est aussi cohérent que remarquable par l’importante et l’étonnante diversité d’une décoration composée de pinacles fleuris, choux frisés, gargouilles, festons trilobés, portes en anses de paniers.

Évolution du statut du monument

Initié en qualité de simple chapelle, l’édifice va gagner en importance pour l’agglomération et la région. Les vicissitudes des guerres de religion et de la Ligue endommagent gravement l’église paroissiale Saint-Gilles Trémoëc, également construite hors les murs de la Ville-Close. Plutôt qu’une coûteuse reconstruction, les Hennebontais obtiennent en 1570 d’élever la chapelle au rang d’église paroissiale. Ce sont les épidémies du XVIIème siècle qui vont indirectement mener cette église paroissiale au rang de basilique.

Le vœux fondateur de 1699

Port sur la rivière Blavet, la ville d’Hennebont voit sa population croître à l’époque moderne. L’agglomération prospère, ses foires sont réputées et le port est encore dynamique avant la montée en puissance de Lorient. La ville se développe hors les murs en construisant notamment de nouveaux quartiers autour de Notre-Dame-de-Paradis, mais la densité reste importante à l’intérieur du rempart, l’hygiène laisse à désirer et les immondices s’accumulent au bas de la ville close. La ville est par ailleurs entourée de marécages. S’ils représentent un atout défensif ils ne favorisent guère la santé des Hennebontais. Ces facteurs se conjuguent pour faciliter la propagation d’épidémies tout au long du XVIIème siècle.
Il est question de peste et les moyens pour la combattre sont étrangement similaires aux méthodes contemporaines : les malades sont déjà confinés et les cas contacts isolés.
Dépassés par une nouvelle poussée épidémique en août et septembre 1699 les Hennebontais s’en remettent solennellement à la dévotion en promettant l’offrande d’une statue d’argent à la vierge si l’épidémie cesse. Le mal se calme et les Hennebontais tiennent parole. Non seulement la statue est offerte mais une fête et un pardon célébrant ce vœu sont organisés chaque année jusqu’à nos jours.
Seule la révolution met ces célébrations en sommeil. En 1792, la statue saisie par les révolutionnaires est amenée à Nantes pour y être fondue. Le culte ne reprend dans l’église qu’en 1802. La fête du vœu est rétablie et toujours célébrée de nos jours. En 1818, les habitants d’Hennebont font don d’une nouvelle statue en bronze argenté toujours visible dans la basilique.
Au début du siècle dernier, comme d’autres pardons et pèlerinages en Bretagne, les cérémonies du Vœu rencontrent un grand succès et mobilisent près de 20 000 personnes. C’est l’une des raisons pour lesquelles, en 1913, à la demande de l’évêque, et en raison de sa notoriété et de son rayonnement, le pape décide d’élever l’église au rang de basilique mineure.

Travaux de rétablissement des voûtes en cours, opération de voligeage © Loriane Bidan

 

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