On peut penser que tout a été dit sur le témoignage qui a fait l’objet de nombreuses actions de recueil ou de collecte depuis une quarantaine d’années.
Les actes de la journée d'étude organisée sur cette question en juin 2017 par le réseau Mémorha, le Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes, le Rize et la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes.sont désormais disponibles.

Ce sont les actions souvent militantes pour faire parler les « sans voix », les dominés de l’histoire des années 1970 (en particulier le monde paysan), l’engouement pour la notion de mémoire dans les années 19801, suite à la publication des Lieux de mémoire de Pierre Nora, la prise de conscience des mutations de la société française (la fin de ce qui était considérée comme une « communauté villageoise », l’extinction des derniers acteurs de la Seconde Guerre mondiale) qui fait émerger la thématique de la disparition des témoins dans les années 1990, ou encore le recueil de mémoire des ouvriers, des habitants des quartiers populaires (et notamment de la figure de l’immigré), puis finalement de tout type d’habitants d’un territoire (à travers le relais des municipalités, maisons de quartier, MJC, radios associatives, foyers ruraux, écomusées, Parcs naturels régionaux etc… ). Bref, cet engouement qui persiste pour le témoignage peut nous donner une impression de déjà-vu.

Pourquoi, dès lors revenir sur la question du témoignage ?

Plus que la fabrique du témoignage lui-même, c’est la manière dont elle a été abordée qui a encouragé le réseau Mémorha, le Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes, le Rize et la Direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes - service ethnologie - à s’associer pour mettre en place une journée d’étude en 2017.

Tout se passe en effet comme si deux appréhensions, voire deux usages du témoignage se côtoyaient sans véritablement se confronter :
• une posture militante où le témoignage devient surtout gage de visibilité et de reconnaissance pour les populations à l’histoire délaissée, voire un « devoir de mémoire »
• une attitude critique qui vise à « refroidir » l’objet en le traitant d’un point de vue scientifique.

Trois ateliers ont permis de balayer un certain nombre de questions importantes que se posent les professionnels concernés par le témoignage oral, de la coproduction initiale entre témoin et enquêteur/collecteur jusqu’à l’archivage des matériaux produits, en passant par la médiation entre la voix du témoin et son auditeur/trice.