Réouverture du musée le 13 décembre 2014 après deux ans de travaux consacrés à redonner du sens au circuit de visite, à valoriser les collections et assurer un accueil optimal à tous les publics. L'ambition du musée EDF Hydrelec est de s'affirmer comme le musée de l'hydroélectricité en France.

Le conservatoire des industries hydro-électriques Hydrelec, situé sur le barrage de Grand’Maison, dans la vallée d’Oz-en-Isère a été inauguré en 1988. Son ouverture fait suite à celle des musées d’Huez et de l’Oisans (1982, musée de France) et des minéraux et de la faune des Alpes, à Bourg-d’Oisans (1987). Il s’inscrit parfaitement dans une politique de structuration culturelle des vallées.

Quelques mots d’histoire

extraits du projet scientifique et culturel du musée rédigé parClaude Welty, responsable scientifique du musée EDF Hydrelec et du musée EDF Electropolis, Stéphanie Lagasse, chef de projet à Hydrelec, Thibaut Constantin, chargé de mission et Lysiane Laval, doctorante en histoire contemporaine et validé en avril 2012

"Fernand Lugiez, alors chef du GRPH Alpes (Groupement Régional de Production Hydraulique d’EDF), est le premier à lancer l’idée dès 1973, d’un musée exposant du matériel en relation directe avec l’hydroélectricité. En effet, devant le phénomène de modernisation des anciennes centrales hydrauliques, conséquence de la nationalisation et du rééquipement complet de certaines vallées, dont celle de la Maurienne, beaucoup de matériels évocateurs des premiers moments de l’implantation des usines hydroélectriques pouvait être irrémédiablement perdu. Inquiet de la disparition de ce patrimoine, il commence alors à stocker où il le peut les matériels les plus intéressants.

Malgré tous ses efforts pour convaincre l’opinion que la disparition de ces patrimoines serait regrettable, il se heurte bien vite aux hésitations des industriels grenoblois ne recueille guère de soutien dans les sphères institutionnelles. Il prend alors la décision de remettre au Musée Ampère (Poleymieux) un certain nombre d’objets et de remettre au Conservatoire National des Arts et Métiers la turbine Pelton récupérée sur le site de la Saussaz. Le temps passe, le matériel répertorié reste en stock et le projet au point mort.

Il a fallu la construction de Grand’ Maison et la décision conjointe des chefs d’unité de la REAL (Région d’Équipement Alpes Lyon) et des chefs du GRPH-ALPES (successivement Messieurs Lugiez, Girard et Fugain) pour décider de la construction d’Hydrélec. À l’origine, il s’agit de doter la centrale de Grand’ Maison d’un outil d’information qui vient répondre à la curiosité des publics. Bien vite, les idées de Fernand Lugiez refont surface. Le CNAM, informé de cette initiative, accepte de restituer la turbine Pelton de la Saussaz qui devient l’une des pièces maîtresses de la collection.

Les travaux de construction des bâtiments du centre d’information démarrent au cours de l’été 1985. Le site choisi, sur un promontoire proche des centrales, permet une large découverte de la retenue inférieure du Verney et de l’équipement technique associé au poste de transformation. Le nettoyage et la restauration des machines commencent tant dans les ateliers d’EDF que dans ceux de Laborde Kupfer à Lyon. Le chantier prend du retard et les machines lourdes seront finalement installées du 12 au 15 novembre 1985. En 1988, le complexe ouvre ses portes. Le centre d’information devient Conservatoire des Industries Hydro-électriques et prend le nom d’Hydrélec.

C’est à la fois pour entrer dans la stratégie nationale de protection du patrimoine industriel ancien et en même temps pour assurer la gestion et la conservation scientifique de son patrimoine propre qu’il est apparu nécessaire de demander l’inscription du « Conservatoire des Industries Hydro-électriques de Grand’ Maison » au nombre des musées contrôlés auprès de l’Inspection Générale des Musées de Province (aujourd’hui équivalent Musée de France, label accordé par le Ministère de la Culture) le 18 mars 1988. Ce classement entraîne le recours à un conservateur du patrimoine. Cette fonction a été exercée par Jean-Pierre Laurent, ancien conservateur en chef du Musée Dauphinois. Dans sa tâche, il a été assisté par René Gavoille, représentant du GRPH Alpes. Cette inscription a permis de disposer d’un fonds d’objets et de maquettes en prêt permanent provenant du CNAM, fort utile pour illustrer les inventions hydrauliques avant la découverte de l’électricité.

Dès sa conception, le projet obéit aux règles en cours de la muséographie du patrimoine industriel, c’est-à-dire grouper en un ensemble cohérent des objets du patrimoine hydroélectrique et les présenter le plus subtilement possible à la curiosité des publics. Il s’agit de montrer un ensemble de mécanismes et de machines complexes ainsi que leur fonctionnement et en particulier de présenter Grand’ Maison, fleuron de la technologie française d’alors.

En 20 ans d’existence, le musée a su s’adapter et diversifier ses centres d’intérêt. À ses attributions initiales se sont ajoutées d’autres thématiques relatives à l’histoire de l’hydro-électricité en France, à l’histoire des sciences, au développement durable et aux questions environnementales, aux énergies et en particulier aux énergies renouvelables, aux nouvelles technologies et même ; d’une certaine façon, à l’art contemporain et au spectacle vivant !Le nom d’Hydrélec a acquis une solide réputation dans son domaine d’investigation à l’échelon national et est l’un des musées scientifiques et techniques majeur de la région Rhône-Alpes."

Les collections

Le Musée EDF Hydrelec est le résultat d’actions de conservation de matériels entreprises dès 1974. Le contexte de ces actions de conservation fut le suivant : en 1968, le puissant aménagement hydroélectrique du Mont-Cenis/Villarodin est mis en service. Il constitue le premier maillon du réaménagement complet de l’Arc Moyen, entraînant la disparition de sept centrales hydroélectriques situées sur la rivière dont certaines dataient de la fin du 19ème siècle. En 1974, l’une d’elles, la plus en amont, est déjà remplacée. Dans la moyenne vallée de la Maurienne ce sont plus de 1 000 tonnes de machines et matériels qui deviennent obsolètes.

Fernand Lugiez alors chef du Groupe Régional de Production Hydraulique Alpes (GRPH) s’est inquiété dès 1973 de la disparition des matériels de la première et deuxième génération et a conscience de l’énorme intérêt historique des matériaux pour les générations futures. En 1974, il organise un voyage avec des étudiants élèves ingénieurs électriciens, leurs professeurs et des ingénieurs d’EDF et visite en Maurienne les anciennes usines avant leur arrêt définitif. L’intérêt manifesté par les participants le conforte dans son idée et le décide à conserver du matériel : 150 tonnes de machines et matériaux divers dans un premier temps, avec l’idée un jour de constituer un musée. Il fait mettre en réserve les matériels qui lui paraissent les plus intéressants et envisage de les réunir dans la centrale de Pomafrey, sur le point de cesser sa fonction de production.

Progressivement, les difficultés pour préserver les matériaux anciens vont grandissantes : des déplacements de machines lourdes ont lieu et certaines sont entreposées dans des bâtiments désaffectés mais murés pour éviter le vandalisme de la part d’amateurs de cuivre. Dans les années 1980, un éboulement rocheux sur la centrale de Saint-Michel-de-Maurienne (désaffectée et devenue lieu de stockage) détruit plusieurs machines uniques.

Si certains des objets préservés par Fernand Lugiez n’ont pu être conservés jusqu’à nous, la plupart sont sauvés aujourd’hui. Une partie se trouve actuellement à la Maison des Énergies de Fessenheim qui a bénéficié d’un dépôt d’éléments de l’usine de Saint-Jean-de-Maurienne, dont une dynamo de grande dimension.

La nationalisation de plus de 1400 sites de production électrique en 1946 fait d’EDF la jeune héritière d’un patrimoine hydroélectrique conséquent. Cet héritage se constitue essentiellement des matériels des premières et deuxièmes générations de centrales des années 1890 aux années 1930. A ce titre, les collections du Musée EDF Hydrelec illustrent autant l’histoire du groupe EDF que celle des industriels privés qui ont aménagé les premières centrales hydroélectriques. Enfin, EDF ne fabrique pas les matériels qu’elle exploite. La collection est donc composée de matériels fabriqués par des entreprises dont certaines ont développé une activité spécifiquement dédiée à l’hydroélectricité. A ce titre, la collection retrace leur histoire, leur développement et parfois leur déclin industriel.

A ces fonds qui constituent le patrimoine d’EDF, s’ajoutent plusieurs donations d’entreprises ayant tenu un rôle majeur dans l’histoire de l’hydroélectricité. Le fonds Péchiney Électrométallurgie réunit des matériels provenant des usines de production d’aluminium situées dans la vallée de la Romanche. Il comprend notamment des appareils de mesure datant des années 1900, issus des premiers équipements industriels de la vallée. Le fonds déposé par la Société des Forges d’Allevard après la fermeture de l’usine de la Gorge illustre le développement de la seconde révolution industrielle dans les Alpes. Les donations des Ateliers mécanique de Vevey et de la société Neyrpic apportent à la collection des matériels d’essais ou d’étude, illustrant la période de recherche et de développement des années 1950 aux années 1980.

Les fonds provenant de particuliers sont dus principalement à des acquisitions effectuées par le musée afin de compléter la collection. Il s’agit essentiellement de roues ou de turbines hydrauliques et de petits groupes turbines ayant alimenté des usines de taille modeste. Il faut également souligner le don de l’association du Musée d’Ampère qui n’est pas Musée de France et qui a permis d’enrichir la collection d’objets datant des premières décennies de développement de l’énergie électrique avec notamment : une machine magnéto-électrique de Clarke et plusieurs machines dynamoélectriques de type Gramme.

Le projet de rénovation

Les collections comme le bâtiment appartiennent à EDF qui a crée, en 2005, une association de type loi 1901 : l’association pour le développement du musée EDF – Hydrelec, ADMH afin de gérer au mieux l’équipement et de tisser des partenariats locaux. Le statut juridique des collections et leur provenance sont parfaitement connus. Une campagne de récolement décennal s’est achevée en 2009. Elle a permis de préciser le nombre d’objets conservés portés sur l’inventaire du musée et leur état de conservation. La rénovation du parcours muséographique, après consultation, a été confiée à l’équipe de scénographes Pascal Payeur et Sylvie Jausserand.