Retour sur les premières Rencontres culture-santé organisées par la direction des affaires culturelles de La Réunion et l'Agence de santé océan Indien, le 7 novembre 2018 au Théâtre du Grand marché – Centre dramatique national de l'océan – Indien.

Chaque citoyen a droit à la culture tout au long de son évolution personnelle et sociale. Cet accès à l'offre artistique et culturelle est encore plus nécessaire lorsque la maladie ou le handicap fragilisent un parcours de vie (accès aux soins, accompagnement médico-social).

Les directions des affaires culturelles de La Réunion et de Mayotte ont signé, en mars 2013, une convention de partenariat avec l'ARS oI destinée à encourager le développement de projets artistiques et culturels dans les établissements hospitaliers et médico-sociaux des deux îles.

S'attachant à toucher le plus grand nombre d'usagers notamment autour du développement de la lecture et de la maîtrise de la langue, elle cherche à créer des liens entre les soignés, les équipes artistiques, et les soignants et à ouvrir au grand public les initiatives ainsi mises en œuvre dans le monde hospitalier et médico-social.

Les directrices de l'ARS oI et de la DAC de La Réunion ont chacune mis en lumière la complémentarité entre la recherche du bien-être somatique du patient, s'attachant à la compréhension de son ressenti et à son histoire et l'apport dans ce parcours de soins, de la culture comme vecteur du sensible, des émotions et des imaginaires des patients mais aussi des personnels soignants. Les artistes permettent de créer de nouveaux chemins pour accéder à un autre univers que la maladie, la douleur ou la peur au profit de ce qui nous relie tous.

Cet engagement conjoint des ministères de la Culture et de la santé, vise à permettre aux malades, aux familles, au personnel de santé et aux artistes, de restaurer des personnalités fragilisées afin qu'elles retrouvent une estime de soi dans un processus de guérison.

L'artiste s’engage dans ce processus de création avec sa sensibilité en acceptant de se confronter à la souffrance d'autrui et à intégrer le patient, ses proches et le personnel dans un travail qui ouvre à tous de nouvelles perspectives. Ces projets artistiques mettent en quelque sorte en mouvement les personnels et les patients à partir d'émotions.

Et cela fut démontré de belle manière par l'artiste plasticienne Clotilde Provansal présentant une restitution de sa résidence artistique dénommée Actes qui se déroule en collaboration avec LERKA jusqu'à la fin du mois de janvier 2019 au CHU de Bellepierre à Saint-Denis. Elle y explore l’imaginaire scientifique des îles de l’océan indien en appréhendant chaque geste centre les soignants et les soignés : Anesthésier, Biopsier, Kozer, Laver, Serrer la main, Nourrir, Zipper, comme un langage. Elle crée ainsi un alphabet de gestes exprimant chacun des échanges et des liens. Cette démarche artistique permet d'allier - et non d(opposer - au langage strictement normé, quantifié et codifié des actes médicaux, où l'inconnu apparaît comme un risque, l'émotionnel et le sensible réunis dans un abécédaire accessible à tous.

Sébastien Clément et Antoine de Marchetti de l'Ecole du jardin planétaire exposent le projet de Jardin la nurserie initiée à partir d'une commande artistique au CHM de Mamoudzou et aux CHU de Saint-Denis et Saint-Pierre de la Réunion par les artistes danois de SUPERFLEX, Jacob Fenger, Bjornstjerne Christiansen et Rasmus Nielsen. Grâce au recrutement d'un jardiniermédiateur, ce projet a permis de constituer autour des plantes médicinales un recueil de mémoires, de dessins, d'anecdotes ou d'histoires des deux îles, constituant, là encore, une archive vivante sur la connaissance des plantes, mémoire immédiatement partagée sous forme d'ateliers et de pépinières.

L'association ZARGANO présente un film d'animation réalisé par l'artiste plasticienne Chloé Robert avec des enfants hospitalisés, film monté à partir de leurs dessins. Chaque artiste dit à sa manière : « on est là pour les effleurer », « il y a de l'art partout », « l'artiste est un ralentisseur de temps », la souplesse et la disponibilité nécessaires pour être dans une relation de dialogue et d’écoute au sein des services. Ils témoignent tous d'un accueil une fois la surprise passée, très chaleureux,

Enfin, un collectif spécialement créé pour l'occasion par le Théâtre du grand marché et regroupant : Marie Birot, comédienne Auteure, Mickael Gravina, artiste plasticien, Gwen et Erika Bertaud de PIXEL, Marion Brugial et Toky Ramarohetra de Cirké Craqué, et Maeva Thurel , réalisatrice, ponctuait des gestes artistiques la présentation détaillée du projet régional de santé par le directeur adjoint de l'ARS oI. Celui-ci s'articule notamment autour de la réduction des comportements à risques et des conduites addictives notamment chez les jeunes en situation de précarité et une lutte contre les violences infra familiales et le développement des pathologies chroniques. Ces « respirations » plastiques, sonores et chorégraphiques se fondant sur des ressentis enregistrés par ces artistes en tant qu’amis de patients ou petits enfants de grands- parents malades ou en perte d’autonomie.

Il fut dit en conclusion que ces accompagnements des actes thérapeutiques entraînent des améliorations pour les patients et les équipes de soignants. Eric Languet, chorégraphe et pédagogue de danse intégrative, témoignant du fait que « que lorsqu'on modifie l’eco système on fait bouger chaque individu dans une proche de l’humain ou le handicap n’est pas défini par ce que l'on ne peut pas faire ».