ACTES : Exposition de l’artiste plasticienne Clotilde Provansal aux CHU de Saint-Denis et de Saint-Pierre.

Nous vous présentions dans le numéro 764 de SÉQUENCE, les premières Rencontres culture-santé organisées le 7 novembre 2018 par la Direction des affaires culturelles de La Réunion et l’Agence régionale de santé océan-Indien, au Théâtre du Grand marché – Centre dramatique national de l’océan – Indien.

Ces Rencontres ont affirmé la complémentarité entre la recherche du bien-être somatique du patient, la compréhension de son ressenti et de son histoire et l'apport dans le parcours de soins, de la culture comme vecteur du sensible, des émotions et des imaginaires des patients, des personnels soignants et des visiteurs. L’intervention des artistes en milieu hospitalier permettant d'emprunter de nouveaux chemins et une autre temporalité pour accéder à un univers d'émotions mettant en quelque sorte à distance, la maladie, la douleur, la peur ou l'isolement.

Parmi les témoignages d’artistes intervenants dans le cadre hospitalier, celui de Clotilde Provansal autour de la restitution de sa résidence dénommée Actes qui se déroulait alors en collaboration avec LERKA au CHU de Bellepierre à Saint-Denis, prenait une force particulière.

Ces Rencontres affirmaient également le droit à la culture pour chaque citoyen tout au long de sa vie, droit matérialisé depuis lors par le renouvellement de la convention culture-santé signée par les deux directrices de la DAC et de l'ARS oI le 27 février 2019 et l’exposition ACTES de Clotilde Provansal, réalisée avec les ateliers SIREN/LABOPIX et présentée en mars 2019 dans les halls des CHU de Bellepierre puis de Saint-Pierre.

Le laboratoire des hybrides

Née à Neuilly, Clotilde Provansal a vécu son enfance au Tchad et en Kabylie. Elle suit des études en métropole puis, dès 1987 et durant 5 ans, à La Réunion où son père est médecin. Elle y suit notamment l'atelier de Brigitte Bouscail qui agit comme un révélateur et décide de son choix de devenir peintre. Elle poursuit ses études à Aix et Grenoble ou elle obtient un DESS de statistiques qu'elle intègre d'emblée à son approche artistique. Ainsi, au sein d'une équipe marketing, elle travaille à la modélisation des flux de personnes et poursuit parallèlement des cours du soir aux Beaux-arts de Paris ainsi que sa pratique d'ateliers.

Son rapport à La Réunion continue à vivre à travers son cercle de connaissances. Elle y revient en 2011 avec ses 4 enfants et suit une VAE d'étude d'art en 2013 pour laquelle elle présente une vidéo sur les combats de coqs. Elle obtient le DNSEP en 2015 avec la pièce le Minotaure (port-folio).

Elle crée alors le Laboratoire des hybrides, espace virtuel destiné à expérimenter les gestes et les situations et à restituer leur hybridation puis conduit en 2016 et 2017 de nombreux projets avec le Rectorat de La Réunion, la DAC et l'hôpital des enfants.

Clotilde Provansal Intègre la Cité des arts en 2019 suite à la présentation du film « ablation tropicale » où elle développe le projet ACTES.

Une planète de gestes

ACTES est un travail sur le geste médical, renvoyant à une multitude de métiers, situés au sein d'un espace singulier où on ne choisit ni de se rendre ni de rester. Espace qui porte en lui-même des valeurs humaines fondatrices comme le soin aux autres, la résilience, l'empathie. L'artiste crée une « planète de gestes » situés dans des zones bien distinctes et précises, qui sont mesurés et mesurables et détiennent dans leurs diversités, une esthétique propre.

Clotilde Provansal crée un alphabet : Anesthésier, Biopsier, Kozer, Laver, Nourrir, Zipper, à partir d'actes (administratifs, techniques, comptables, intimes) échangés au sein de l'hôpital. Elle développe ainsi une matrice, un langage pour dire un lieu contraint où on ne « vit pas » mais passe ou transite.

Cet alphabet de gestes-mots construit à partir des échanges et des liens, redonne vie et complexité au corps et à l'imaginaire de la personne hospitalisée confrontée à des actes strictement normés, quantifiés et codifiés.

ACTES propose un cheminement dans un labyrinthe de lames de verre verticales dressées à hauteur de femmes et d'hommes. Délicatement ouvragées, ces lames de verre diffractent la lumière et fixent l'histoire graphique des déplacements et des gestes de femmes, d'hommes et d'enfants réunis momentanément en ce lieu.

Elle poursuit actuellement ce projet à la Cité des Arts. Intitulé : "Tropical antidote", il vise à transposer les gestes médicaux dans le paysage réunionnais.

Texte et photos (DR), Françoise Kersébet.

Pour en savoir plus : télécharger ici le port folio de Clotilde Provansal