Dear Michael Keaton,

You may know the rules for this kind of ceremonial: I have to draw up an accurate and smart portrait of your career, before giving you a beautiful medal. That’s a pleasant time. I like it. We all like it. But I must confess: you definitely remain a mystery to me. That’s a problem when you have to picture someone’s life. But let’s try.

I heard you are a man of few words as well as a talkative man. Let’s see.

I read your mind is made up of you and someone else. But you said this to a French newspaper a year ago and these words sound typically French… You know, “I is someone else” remind us something, poetically speaking. It may be a trap, because I know you’re perfectly able to play one and someone else as a same body: I have watched Multiplicity.

I know you had to choose a surname, because an older actor stole your birth name before you start acting. Obviously, it’s difficult to have two Michael Douglas in Hollywood. I only can only imagine how homonymy is uncomfortable. But why did you opt for Michael Keaton? Because of Buster Keaton? Because of Diane Keaton? Because you found the name Keaton in a phonebook? These three explanations are yours, but only you know what is true. It may be a sort of strategy: you muddy the waters. But who are you, Michael Keaton?

Finally I’m just pretty sure about two things: first of all, you hate psychological portraits and second of all, you’re not Birdman.

Vous n’êtes pas Birdman, cher Michael Keaton. Vous n’êtes pas Riggan Thomson, cet acteur sur le retour, qui a refusé de revêtir une quatrième fois la panoplie de super-héros qui l’a rendu célèbre.

Vous n’êtes pas Birdman, qui n’est qu’une création – par ailleurs merveilleuse – d’Alejandro Gonzalez Iñárritu, qui vous a valu un Golden Globe. Vous n’êtes pas Riggan Thomson, comme vous n’êtes pas Elvis Presley, que vous avez pourtant imité dès votre plus jeune âge.

Je ne sais pas qui vous êtes, Michael Keaton, et c’est très bien ainsi.

Mais je sais que vous êtes un acteur au talent et à la dextérité extraordinaire, capable d’endosser les rôles les plus différents, du plus tragique au plus comique, glissant de l’un à l’autre sans jamais vous essouffler.

Vous êtes capable de passer du flic à l’alcoolique repenti, du psychopathe au Président des Etats-Unis, du personnage burlesque shakespearien au rédacteur en chef accompli, comme dans Spotlight de Thomas McCarthy, que les Français découvriront dans quelques jours sur les écrans. Pour ce dernier rôle, la NYFCC vous a d’ailleurs décerné le prix du meilleur acteur.

Vous êtes capable de passer du thriller à la comédie, du drame à la science-fiction, du stand up au dessin animé. Vous êtes capable de vous frotter à des tournages aussi difficiles que celui de Birdman, essentiellement en plan séquence, comme de passer vous-même de l’autre côté de la caméra, avec The Killing Gentleman. Vous êtes capable de jouer avec Steven Soderbergh comme avec Kenneth Brannagh, avec Quentin Tarentino comme avec Tim Burton.

Si j’ai voulu vous distinguer aujourd’hui, c’est pour votre voix. Parce que vous êtes le seul acteur que je connaisse à pouvoir à la fois doubler Ken dans Toy Story 3 avec un ton de playboy et incarner Beetlejuice avec un timbre guttural d’outre-tombe.

Si j’ai voulu vous distinguer aujourd’hui, c’est pour vos yeux : parce qu’on les dit si fous que Tim Burton vous a choisi pour cela. Ce qui n’a pas manqué de vous effrayer vous-même.

Si j’ai voulu vous distinguer aujourd’hui, c’est parce que vous êtes le seul à pouvoir dire « I’m Batman » comme si vous étiez vraiment Batman – et ce n’est pas Adam West, Val Kilmer, George Clooney ou Christian Bale qui me contrediraient.

Si j’ai voulu vous distinguer, c’est parce que vous avez accepté de porter par deux fois et sans barguigner le nom ridicule de Ray Nicolette dans Jackie Brown et dans Hors d’atteinte.

Si j’ai choisi de vous distinguer, c’est autant parce que vous êtes le dernier de sept enfants que parce que votre vocation d’artiste est née avec votre admiration pour James Cagney.

Si j’ai voulu vous distinguer, c’est tout simplement parce que vous êtes insaisissable, et c’est la marque des grands artistes.

Michael Keaton, nous vous remettons les insignes d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres.