Cher François Yon,

Vous auriez pu prononcer la fameuse phrase de Derrida dans les Cahiers du cinéma, « le cinéma est le seul grand art populaire », tant votre carrière est liée à la diffusion et au rayonnement de films dont la très grande qualité artistique rencontre immanquablement le succès populaire.

Ayant étudié la production audiovisuelle à l’université de Boston, vous saisissez très tôt les enjeux de sa diffusion à l’international. Après avoir fait vos armes dans une agence de vente new-yorkaise, vous prenez la tête de la direction des ventes chez Paravision puis UGC international avant de fonder Films Distribution avec Nicolas Brigaud-Robert, votre collègue et complice de toujours.

Vous distinguer aujourd’hui, c’est aussi célébrer le succès de cette société indépendante française devenue en quelques années un acteur majeur du marché audiovisuel français. Je sais combien il vous importait aujourd’hui de vous assurer de l’accord et de la présence de vos associés pour cette cérémonie tant votre approche du travail est collective et solidaire !

Misant sur les réseaux de proximité, vous développez des outils efficaces et novateurs qui garantissent la présence de vos films sur tous les marchés et leur succès auprès des acheteurs étrangers et dans les plus grands festivals internationaux. C’est à la qualité et la diversité de votre catalogue, votre connaissance des distributeurs locaux et des publics à travers le monde, que vous devez cette relation de confiance nouée avec vos interlocuteurs, qu’ils soient acheteurs, producteurs ou pouvoirs publics.

La singularité de votre société tient à ce qu’elle met en avant la force de l’œuvre en soi et le travail d’auteurs remarquables comme Pascale Ferran, ou Robert Guédiguian, mais aussi de nouveaux talents comme Céline Sciamma, Cyril Mennegun avec Louise Wimmer  ou Marylin Canto avec Le sens de l’humour  ; sans oublier la comédie avec Fabrice Eboué ou Jean-Paul Salomé.

Votre œil aiguisé pour l’accroche, le visuel, ont notamment permis au film de Bertrand Bonello L’Apollonide - Souvenirs d’une maison close, de séduire au-delà de nos frontières, grâce à son affiche qui a su charmer les spectateurs et les distributeurs du monde entier par l’élégante subversion et la délicatesse suggestive d’une image qui semble tirée d’un tableau de Manet ou de Toulouse-Lautrec.

On s’est réjoui avec vous de la nomination aux Oscars de L’image manquante de Rithy Panh, récompensé du prix Un certain regard l’an dernier à Cannes. On espère une destinée similaire aux trois films que vous proposez en sélection cette année, dont Bande de filles de Céline Sciamma qui fera l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Ce portrait juste et enlevé d’une jeunesse qui s’émancipe de tous les déterminismes et s’affranchit de tous les interdits est à l’image de la qualité et de la diversité de la sélection française de cette 67ème édition du Festival de Cannes.

Attaché au rayonnement du cinéma français dans le monde, vous êtes aussi, cher François Yon, un de ses plus grands défenseurs. A la Vice-présidence du Comité exécutif d’Unifrance ou de l’Association des exportateurs de Films (ADEF) vous exprimez des positions directes et tranchées.

C’est ainsi que vous défendez avec un groupe de professionnels, une certaine conception du cinéma en tant que pratique de création : celle des films dits « du milieu », dont vous soulignez qu’ils sont un pont entre les superproductions et les films à petit budget, et permettent le renouvellement du cinéma français à travers la double ambition de porter le film à son plus haut niveau de qualité artistique tout en attirant un large public.

Vous êtes, cher François Yon, un homme de talent et de convictions, engagé dans la diffusion, la promotion et la défense de films dont la force est d’allier, comme peu d’autres, exigence artistique et succès populaire. Ils forment le socle de notre cinéphilie commune. C’est parce que vous contribuez à diffuser cette spécificité de notre cinéma français et à le faire rayonner à travers le monde, que la République des Arts et des Lettres vous rend hommage aujourd’hui.

Cher François Yon, au nom de la République française, nous vous faisons Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.