Cher Forest Whitaker,
Vous êtes un humaniste. De ceux qui oeuvrent sans relâche à révéler l’humanité en chacun de nous et à rappeler les liens forts qui unissent les hommes. Cet humanisme, il caractérise votre jeu et la manière que vous avez d’ouvrir votre cœur et votre âme pour que le personnage existe et grandisse en vous. Mais il est surtout emblématique d’une carrière mise au service des autres et des plus justes causes.
De votre enfance dans les quartiers de Los Angeles qui connaîtront les terribles émeutes de 1992, vous avez gardé la conviction que la jeunesse doit être au cœur de nos priorités. Et que pour elle, avec elle, nous devons avoir l’ambition de changer le monde.
C’est grâce à la musique que vous intégrez le programme d’arts dramatiques de l’Université de la Californie du Sud puis de Berkeley. C’est encore la musique qui provoque votre premier succès : après de prestigieux débuts dans Platoon d’Oliver Stone et dans La couleur de l’argent de Martin Scorsese, votre premier grand succès est intimement lié à la musique.
Dans Bird de Clint Eastwood, vous êtes Charlie Parker, le prince du be-bop et de ce beat que vous décrivez comme un cœur qui bat. Le film est présenté à Cannes en 1988 et votre prestation, saluée par le public et la critique, reçoit les honneurs du Festival. Vous êtes le premier acteur noir à être récompensé de la Palme d’or du meilleur interprète masculin.
De succès en succès, vous montrez ensuite l’étendue de votre jeu  avec toujours la même intensité, le même investissement. Pour chacun de vos rôles, vous dites vous réincarner encore et encore gardant un geste ou une expression de chacune de ces métamorphoses successives : soldat britannique dans The Crying game de Neil Jordan, designer pour Robert Altman dans Prêt-à-porter, père de famille paumé dans Smoke de Wayne Wang d’après un scénario de Paul Auster et surtout, le héros du remarquable Ghost Dog, La voie du samouraï de Jim Jarmusch. Dans cet inoubliable tableau de l’univers urbain interlope où le rap de RZA compose une magistrale toile de fond, vous êtes un tueur à gage dont la solitude et la souple élégance semblent rendre hommage au poétique Samouraï de Jean-Pierre Melville.

Malfrat attachant dans Panic Room de David Fincher puis un détective zélé dans Phone Game de Joel Schumacher, c’est avec Le dernier roi d’Ecosse de Kevin Macdonald que vous marquez durablement les esprits. Votre interprétation du dictateur de l’Ouganda vous a valu de nombreuses récompenses, dont l’Oscar du meilleur interprète masculin.
Cette année, le Festival de Cannes vous a une nouvelle fois réservé un accueil chaleureux pour Zulu de Jérôme Salle projeté en clôture du Festival et Fruitvale Station que vous avez produit.
Acteur de talent vous êtes aussi réalisateur et producteur prouvant que la versatilité de votre jeu est à l’image de celle de votre carrière. Vous réalisez plusieurs comédies, dont Où sont le hommes ? autour de Whitney Huston et Angelica Basset.
Mais vous voyez surtout  le cinéma comme un moyen de sensibiliser le public aux causes qui vous sont chères : votre engagement à la cause des enfants soldats et de la jeunesse de l’Amérique urbaine est salué du prix du Cinéma pour la paix en 2007.
Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO, vous êtes intimement persuadé que pour vaincre la violence, il n’y a pas d’armes plus efficaces que l’action publique et l’éducation. Pour mieux défendre la nécessité de programmes éducatifs de lutte contre la violence, vous enseignez sur les campus, celui de Rutgers University notamment. Vous êtes aussi engagé au cœur des réflexions sur les politiques de la ville de lutte contre l’exclusion.
Convaincu que c’est par l’art et l’éducation que commence la lutte contre toutes les violences et les exclusions, vous avez voulu mettre votre popularité au service du plus grand nombre. Et c’est au tour de la République française de vous rendre aujourd’hui l’hommage que votre talent et votre humanisme triomphant méritent.
Cher Forest Whitaker, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.