Je suis particulièrement heureuse d'être aujourd'hui parmi vous pour conclure cette journée d’échanges et de réflexions sur la place des femmes à la télévision. Je tiens à féliciter France Télévisions, et en particulier son président et Marie-Anne Bernard, directrice de la responsabilité sociale et environnementale, d'avoir pris l'initiative d'organiser ce colloque.

Après avoir mobilisé l'ensemble de ses chaînes pendant une semaine entière à l'occasion de la journée de la femme, l'entreprise affirme à travers ce nouvel événement son engagement en faveur de l'égalité entre les sexes.

J'en profite également pour saluer les actions menées en la matière par ARTE France, Radio France, France Médias Monde, et TV5 Monde, dont les dirigeants et dirigeantes sont particulièrement déterminés aussi à faire avancer l’égalité entre les hommes et les femmes sur leurs antennes et dans leurs organisations.

La lutte pour le droit des femmes et l'égalité entre les femmes et les hommes est un engagement et une priorité pour le Président de la République et le Gouvernement. Il s'agit d'un combat difficile, dont l'issue dépend de notre capacité à faire évoluer, non seulement les normes juridiques, mais surtout les représentations et les comportements.

A ce titre, le ministère de la culture et de la communication est pleinement engagé dans la mise en œuvre de la politique très volontariste menée par le Gouvernement et coordonnée, avec détermination et pédagogie, par le ministère du droit des femmes.

D’abord, en matière de nominations. Je porte une attention particulière à la composition des jurys de sélection, c’est pourquoi j’ai adressé, le 22 février dernier, une circulaire aux préfets et aux Directions régionales de l’action culturelle, qui leur demande de tendre vers la parité dans la composition des jurys de sélection aux postes de dirigeants des institutions du spectacle vivant et des arts plastiques, ainsi que dans la constitution des « listes restreintes ». Ce volontarisme permet de changer le paysage : les femmes sont, à chaque appel à candidatures dans les établissements labellisés, plus nombreuses à se présenter ; les dix nominations que j'ai agréées dans des centres dramatiques nationaux et scènes nationales ont pu se faire à totale parité, et une attention particulière a été portée à la composition des jurys de sélection. Un premier verrou est tombé.

J'ai également souhaité nommer davantage de femmes aux postes de responsabilité au sein du ministère, en allant au-delà des objectifs de la loi Sauvadet : quatre femmes ont été nommées directrices régionales des affaires culturelles depuis le début de l'année ; Frédérique Bredin vient d'être désignée à la présidence du CNC... Et des réflexions sont largement engagées pour constituer un vivier en repérant les talents dans tous les domaines.

Ensuite, en matière de mise en valeur des femmes qui créent. Les chiffres sont étonnants, et montrent des inégalités très fortes, à la fois pour l’accès à la diffusion, à la programmation, ou l’accès aux moyens de production. J'ai lancé une saison nationale pour l'égalité dans la culture et la communication, ou plutôt un cycle de saisons, et adressé le 15 février dernier un courrier à quelque 270 dirigeants d'institutions culturelles pour les inciter à aller dans ce sens. Lors de la 1ère réunion du « comité égalité », le 1er mars, auquel participent tous les dirigeants des médias publics, et qui connaît de tous les sujets concernant l'égalité dans la culture et la communication, j'ai annoncé qu'une communication nationale accompagnerait ce cycle de saisons ; j'incite donc fortement France Télévisions à participer activement, en mettant en valeur les nombreuses artistes qui sont déjà présentes au meilleur niveau, mais pas toujours suffisamment reconnues.

Les femmes artistes que je rencontre ne souhaitent pas faire des « œuvres de femmes », elles souhaitent faire des œuvres. Et ainsi prendre toute leur place dans la création. Et la télévision a un rôle moteur à jouer en la matière.

En effet, l'audiovisuel tient une place centrale au cœur de la politique à mener. La télévision est le premier loisir de nos concitoyens. Elle contribue à travers son offre d'information, de fictions et de divertissements à forger les représentations sociales. Il n'est pas de levier plus puissant pour faire évoluer les mentalités au sujet de la place des femmes dans notre société.

Or nous observons dans l’audiovisuel, et vos travaux de cette journée ont permis de le mettre en lumière et d’en débattre, que bien du chemin reste à parcourir. Qu’y voyons-nous précisément ?

Qu'à la télévision, si la présence des femmes s’est améliorée elle reste minoritaire, comme vos échanges des tables rondes d’aujourd’hui l’ont montré :

à la fois sur le plan quantitatif : on compte deux tiers des temps de parole pour les hommes, un tiers pour les femmes, et beaucoup de plateaux rassemblent encore quasi-exclusivement des hommes ; et sur le plan qualitatif : la place des femmes « expertes » est toujours très restreinte...; les femmes apparaissent essentiellement dans certaines émissions qui correspondent à une vision stéréotypée de leur rôle, et plus généralement de la répartition des rôles hommes / femmes.

Enfin, lorsqu'elles apparaissent, les femmes ont fréquemment un statut secondaire, un rôle social minoré. Elles sont plus souvent anonymes, plus souvent présentées en fonction de leur relations familiales - et donc moins en fonction de leur profession. Pour un reportage sur le pouvoir d’achat, c’est une ménagère qu’on interroge, et c’est un économiste qu’on consulte. La légitimité du savoir et du pouvoir - de l'autorité - reste largement masculine.

Comment les téléspectatrices, et en particulier les plus jeunes d'entre elles, peuvent-elles trouver les repères pour s'identifier et prendre confiance ? On sait bien que ces stéréotypes s'ancrent d’autant plus dans l'inconscient collectif qu'ils sont véhiculés par la puissance des images et ne sont pas forcément immédiatement repérables - et cela d'autant plus fortement que les téléspectateurs sont jeunes et peu formés. Le rôle du service public audiovisuel est donc déterminant pour combattre les discriminations et les stéréotypes.

Car cette puissance médiatique peut aussi s'exercer positivement pour contribuer à modifier ces représentations réductrices ou erronées. Notre action dans ce domaine, et dans celui de l'éducation à l’image, est donc déterminante.

L'enjeu est double, il faut à la fois : lutter contre les stéréotypes, parfois flagrants, souvent masqués ; et œuvrer pour que les femmes soient promues et reconnues, en rappelant que contrairement à beaucoup d'idées reçues, de nombreuses femmes sont présentes, dans tous les domaines et au meilleur niveau.

La lutte contre les stéréotypes sexistes dans les médias, est enfin devenu un axe fondamental : des améliorations déterminantes au dispositif de veille du CSA sur l'égalité et la place des femmes dans les médias ont été proposées dans le projet de loi relatif aux droits des femmes qui devrait être prochainement discuté au Parlement, après avoir été présenté en Conseil des ministres le 3 juillet par Najat Vallaud-Belkacem. Et d'ores et déjà, le président du CSA a créé un groupe de travail sur les droits des femmes, présidé par Sylvie Pierre-Brossolette.

Ce projet de loi confie aussi au CSA le rôle de veiller à la promotion de l'image des femmes dans l'audiovisuel.

Vos travaux de la matinée ont rappelé l’importance de l’éducation dès le plus jeune âge pour faire évoluer les mentalités et reculer les stéréotypes. A ce titre, l'attention toute particulière que France Télévisions, Arte, ou France 24 portent à la représentation des femmes dans leurs programmes pour enfants est fondamentale.

Les travaux du début d’après midi ont montré la place encore si discrète sur les plateaux de télévisions des expertes ou des femmes en situation d'autorité, et ceci quels que soient leur profession ou leur domaine d'expertise. C’est vrai sur tel débat sur des sujets d’armement, mais c’est vrai aussi sur tel autre qui traite de macro-économie ou d’environnement. Je me félicite tout particulièrement de l’engagement pris par France Télévisions de se donner un premier objectif quantifié en la matière. C’est ainsi qu’une petite fille de 10 ans pourra se dire qu’être une fille ne l’empêche pas de devenir architecte, économiste, ou officier de la marine nationale.

Enfin, les efforts engagés par France Télévisions pour accorder aux femmes la place qu'elles méritent sur ses antennes, auraient peu de sens s'ils n'étaient accompagnés d'une évolution comparable au sein de son organisation. Je ne peux donc que souscrire pleinement aux mesures présentées par l'entreprise dans le cadre des négociations de l'avenant au contrat d'objectifs et de moyens, dont certaines sont été rendues publiques aujourd'hui. En effet, France Télévisions s'engage à mettre en œuvre des dispositifs qui visent à assurer concrètement le respect de l'égalité entre hommes et femmes en matière de recrutement, de gestion de carrière et de rémunération. L'entreprise va notamment s’attacher à déceler au sein de ses effectifs, les femmes qui, pour une raison ou un autre, sous-estiment leur potentiel. Ces salariées seront encouragées à prendre des responsabilités et bénéficieront pour ce faire d'un accompagnement spécifique, notamment au moyen de formations ou d'adaptation de leur temps de travail.

Gageons que ces progrès enclenchent un mouvement irréversibles et que ces mesures qui sont aujourd’hui innovantes soient très rapidement obsolètes.

En conclusion, je dirais que la culture de notre pays célèbre des héros féminins, de Jeanne d’Arc à Marie Curie. Mais pas assez quand on voit l’insuffisante notoriété de femmes qui ont tant apporté à la culture, à la science et à la société. C’est d’ailleurs une question à poser aux historiens comme aux diffuseurs de documentaires. Les œuvres de Colette ou de Camille Claudel ont failli ne pas pouvoir s’imposer, et ceci simplement parce qu’elles étaient des femmes. Connaîtrions-mieux mieux les œuvres et les noms des scientifiques Sophie Germain et Clémence Royer si elles avaient été des hommes ? Quand on parle « des pères de l’Europe », n’oublie-t-on pas systématiquement Louise Weiss

Au-delà des symboles, pour faire bouger la réalité, nous avons encore un travail de longue haleine à accomplir. Ce sera souvent un combat, comme l'ont été les grandes avancées pour la reconnaissance des droits des femmes. Mais ce ne sera pas une guerre des sexes, car c'est la société toute entière, femmes et hommes, qui en sera transformée, enrichie, et plus démocratique.