Madame la Présidente du Lieu du Design, chère Marianne Louis
Monsieur le Directeur du Lieu du Design, cher Laurent Dutheil

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureuse de célébrer avec vous, ici, dans ce Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon, les trente années de l'ENSCI, l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Je voudrais partager votre joie. Et vous dire aussi que je partage votre peine. Je sais que nous pensons toutes et tous ce soir à Marianne Cauvard, élève à l’ENSCI, qui nous a été brutalement enlevée il y a quelques semaines.

C'est en son honneur, à sa mémoire, que je voudrais célébrer ce soir le design mais aussi et surtout les designers. Marianne se préparait à entrer dans la profession avec un talent déjà reconnu de ses pairs.

Le design est encore trop mal compris, trop mal connu dans notre pays. Le mot est entré dans le langage courant mais il ne renvoie qu'à une toute petite partie de ce qu'est le design, de son rôle, de sa force.

Je veux tout d'abord vous dire qu'en tant que ministre de la Culture et de la Communication, je suis pleinement consciente de cette responsabilité qui est la mienne de donner à comprendre ce que le design rend possible.

Le design n'est pas réservé au luxe et donc aux plus favorisés.

Le design n'est pas ce qui vient après, ce qui serait superflu et qui ne servirait qu'à mieux vendre.

Non. Le design est au coeur de nos vies, au coeur de toutes les vies. Il est au coeur des usages et des modes de vie – c’est finalement ce qui fonde sa dimension culturelle.

Les designers anticipent et imaginent le monde de demain – c’est la part créative, voire même artistique parfois du design.

Sur tous les enjeux majeurs de la société, les designers ont à nous apporter, si on veut bien les associer suffisamment en amont : santé, mobilité, logement, sécurité, communication, développement durable, numérique …

Je sais que les designers souhaitent ardemment que la dimension prospective et stratégique de leur métier soit comprise et portée par les pouvoirs publics pour qu’ils la déploie largement à travers les politiques publiques qu’ils mènent.

Je vous le dis : je suis et je serai avec vous car je veux pleinement inscrire l’action du ministère de la Culture et de la Communication sur les plans social, urbain, environnemental et économique.

Pour Arnaud Montebourg aussi, le design est une composante essentielle du redressement productif. Je serai résolument à ses côtés pour qu’aboutissent au mieux les initiatives qu’il prendra.

Et, ensemble, pour reprendre la formule des étudiants de l’ENSCI, nous unirons nos efforts pour que le redressement créatif accompagne le redressement productif de notre pays !

Pour qu'il y ait du design, il faut qu'il y ait des designers.

Cela n'est pas une lapalissade car plusieurs d'entre vous m'ont alertée sur les difficultés que vous rencontrez au quotidien dans la reconnaissance et dans l'exercice de votre profession.

Je pense tout particulièrement aux designers indépendants.

Il est essentiel, notamment, de clarifier votre position du point de vue de votre régime de sécurité sociale.

Au-delà du calcul des cotisations et des prestations sociales, ce qui est en jeu c'est votre reconnaissance en tant qu'artistes-auteurs. Cela a de multiples conséquences... sur l'accès aux lieux de travail, aux ateliers, parfois même en matière de propriété littéraire et artistique comme de propriété industrielle.

C'est pourquoi, avec Marisol Touraine, j'ai lancé une mission conjointe de l'Inspection Générale des Affaires Culturelles et de l'Inspection Générale des Affaires Sociales. Elle nous rendra ses conclusions avant l'été. Nous engagerons ensuite, après une large concertation, les mesures législatives et réglementaires qui s'imposeront. Il faut une réforme ambitieuse.

Il n'est pas admissible qu'en 2013 des créateurs soient placés en dehors du régime social spécifiquement conçu pour eux au prétexte qu'ils ne seraient pas ceci ou pas cela.

Nous avons demandé aux inspecteurs d'être particulièrement vigilants sur ces points.

Je souhaite aussi que nous soyons à la pointe en matière de formation.

Ici aussi, il s'agit d'un domaine partagé. Sur l'ENSCI, dont nous célébrons ici le 30ème anniversaire, nous avons Arnaud Montebourg et moi-même une tutelle conjointe. Je sais que les services travaillent ensemble de façon très harmonieuse, sur le développement de l'école.

Je sais aussi toute l'implication de la présidente du Conseil d'administration, Elisabeth LULIN, que je souhaite remercier ici très chaleureusement, ainsi que tous les membres du Conseil d'administration de l'école. Je souhaite le meilleur succès à son nouveau directeur, Bernard Kahane. Nous l'avons désigné pour son expérience en matière d'innovation et aussi parce que le projet qu'il nous a présenté est celui qui s'inscrit le mieux dans la continuité de ce qu'Alain Cadix a savamment, patiemment, courageusement construit. Merci, cher Alain Cadix de tout ce que vous avez fait et je sais que j'aurai bientôt l'occasion de vous remettre les insignes de la reconnaissance de la République à votre égard.

L’ENSCI a été créée il y a 30 ans pour unir culture et industrie autour d’une école fondée sur la dynamique du projet. Je salue Jack Lang et Claude Mollard qui en ont été les instigateurs et qui ont du mener une véritable bataille pour aboutir.

Depuis 30 ans, l’ENSCI est un laboratoire des tendances à venir. L’exposition que nous venons de visiter le montre bien. En s’inscrivant résolument au coeur des évolutions techniques et sociétales, l’école place le design comme une des composantes essentielles de l'innovation technologique, urbaine, économique et sociale. Cette posture, comme aime à la revendiquer l’école, lui est spécifique et participe à sa réputation internationale tout autant que les noms des designers talentueux qui y ont fait leurs armes. Je veux citer Jean-Louis Fréchin, Jean-Marie Massaud, Benjamin Graindorge, Mathieu Lehanneur, Patrick Jouin, Matali Crasset, Inga Sempé, et bien d’autres encore. Souhaitons leur un bel avenir, à l’instar de Jean Prouvé et de Charlotte Perriand qui étaient les parrains de l’ENSCI lors de son inauguration.

En matière de formation au design, il y a aussi d’autres écoles. Je pense naturellement en premier lieu à toutes les écoles sous tutelle de mon ministère. Les écoles nationales, et notamment l'ENSAD, l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs ; mais aussi à toutes les écoles territoriales qui délivrent des diplômes nationaux et qui sont de tout premier plan. Je pense – je ne les citerai pas toutes – à Reims, à Amiens, à Orléans... et à bien d'autres encore.

Le paysage des formations supérieures au design, à toutes les formes de design, est cependant encore beaucoup plus vaste.

La Ville de Paris, chère Lyne Cohen-Solal, a des écoles prestigieuses dont les noms résonnent à travers l'histoire du « Made in France » : Boulle, Estienne, Duperré.

La Chambre de commerce et d'industrie a, par exemple, l’École des Gobelins, prestigieuse elle-aussi.

Si l'on considère le paysage de l'offre de formation supérieure au design en France, nous n'avons pas à rougir, je crois.

Pour autant, ce paysage n'est pas encore assez visible, pas assez lisible tant il est morcelé entre ses différentes tutelles.

C'est pourquoi j'ai demandé à mes services d'organiser, avec ceux qui l'accepteront, un groupe de travail chargé de faire au gouvernement et aux différentes tutelles, et en tout premier lieu à la Ville de Paris et à la CCIP, des propositions visant à rendre cette offre plus visible, plus forte, et à favoriser la synergie entre les différents acteurs.

Je souhaite que ce groupe favorise les rencontres et les partenariats internationaux ainsi que les initiatives en matière de relations avec les entreprises, sous la forme de résidences notamment.

Je souhaite aussi que ce groupe identifie tout particulièrement les modalités d'une plus grande fluidité entre les formations dispensées d'une part dans les lycées et dans les lycées professionnels, et, d'autre part, dans les écoles supérieures.

C'est un objectif majeur de renouvellement des professionnels et des
professions.

C'est aussi un objectif majeur de mixité sociale.

Je m'en entretiendrai prochainement avec Vincent Peillon et George Pau Langevin.

Cette alliance entre les acteurs devra, je crois, prévaloir aussi pour la mise en place de véritables dynamiques territoriales. De plus en plus de villes et de métropoles s’appuient sur le design comme moteur de développement et d’attractivité. Je veux citer Lille, avec Lille Design, et surtout Saint-Etienne, avec la Cité du Design, qui font émerger des projets innovants et de nouvelles
pratiques sur leurs territoires.

Ici même, nous avons un grand dessein – le Grand Paris. Un Grand Paris créatif et attractif au plan international. Un Grand Paris du mieux vivre ensemble. Il dispose d’atouts considérables pour s’inscrire au rang des grandes capitales
internationales du design.

Je souhaite les valoriser en partenariat étroit avec les collectivités territoriales et en particulier la Ville de Paris. Nous en avons encore discuté il y a quelques jours avec Lyne Cohen-Solal.

Nous avons des talents dans tous les domaines du design et des entreprises créatives.

Nous avons d’excellentes écoles reconnues – j’en ai parlé tout à l’heure.

Nous avons des acteurs fédérateurs – Le Lieu du Design, l’APCI (Agence pour la Promotion de la Création Industrielle), la Cité de la Mode et du Design…

Nous avons également à Paris et dans la région Ile de France des établissements publics culturels nationaux porteurs d’une dynamique pour le design sous toutes ses formes :
- le Centre Pompidou – dont je viens d’inaugurer l’exposition sur Eileen Gray ;
- Les Arts Décoratifs - j’entends que l’arrivée d’un nouveau président à sa tête, Jean-Jacques Aillagon, soit l’occasion d’une nouvelle valorisation du design ;
- le Centre National des Arts Plastiques, qui détient une collection riche de 4500 pièces créées par près de 1200 créateurs ;
- et même la Cité de l’Architecture et du Patrimoine qui inaugurait cette semaine aussi une exposition sur Marcel Breueur

Au sein du ministère de la Culture et de la Communication, le design est aussi présent quotidiennement dans ces conservatoires du savoir faire vivant que sont les Grandes Manufactures de l’État.

J’ai inauguré cette semaine, à Sèvres, Cité de la céramique, la magnifique rétrospective consacrée à Ettore Sottsass, réalisée en collaboration avec le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques à Marseille, le
CIRVA.
Je pense aussi à l'Atelier de recherche et de création du Mobilier National qui a réalisé le bureau sur lequel je travaille rue de Valois, commandé à Matali Crasset.

Il y a 30 ans, Jack Lang, quand il créait l'ENSCI sous l’impulsion du Président de la République, travaillait sur un bureau d'Andrée PUTMAN, qui vient malheureusement de nous quitter. Cela montre d'ailleurs s'il en était besoin que les designers sont aussi des designeuses.

Je souhaite que nous mettions en place une dynamique commune autour de tous les acteurs du design pour que les territoires de France développent une véritable culture du design.

Nous serons bientôt, cher Arnaud, à la Biennale internationale de design de Saint-Etienne. Ce sera l’occasion de montrer à quel point le design peut contribuer au bien-être de chacun dans tous les moments de la vie.

Je vous remercie.