Madame la Directrice générale de l’UNESCO, chère Irina Bokova,
Monsieur le Ministre de la culture du Mali, cher Bruno Maïga,
Cher Président Jason Mbuzi,
Cher Daniel Rondeau,
Mesdames, messieurs,

Je viens dire ce matin l’émotion et la solidarité du peuple français face aux exactions commises contre le patrimoine culturel du Mali. Je viens dire, aussi, que la France va aider le Mali à reconstituer ce patrimoine. Je suis heureuse de pouvoir le faire ici, à l’UNESCO, dans ce lieu symbolique de la défense de la culture partout où elle est menacée.

Je remercie chaleureusement Irina Bokova de nous avoir permis d’organiser cette journée. Je remercie également tout particulièrement Francesco Bandarin, Lazare Eloundou, Julien Anfruns, directeur de l'ICOM international, le professeur Jean Didier Vincent, président de l'Université numérique francophone mondiale, Kishore Rao, directeur du Centre du patrimoine mondial et notre ambassadeur auprès de l'UNESCO, Monsieur Daniel Rondeau pour leur implication.

Je suis heureuse, aussi, de pouvoir délivrer ce message en présence de si nombreux représentants de la culture malienne et africaine. Je sais que c’est la même volonté de solidarité qui les anime et je les remercie de s’être déplacés jusqu’ici pour participer à cet événement.

Je voudrais commencer par l’histoire. Par cet empire du Mali fondé au début du treizième siècle par Soundiata Keita et qui s’étendait de Gao à l’Atlantique. Au cœur de cet empire, le fleuve Niger assure la fertilité des sols et facilite des échanges. La stabilité politique engendre la prospérité économique, et naissent alors les puissantes cités marchandes de Djenne, Gao, Ségou et Tombouctou. Cette prospérité engendre elle-même une vie culturelle raffinée, faite d’une architecture exceptionnelle, d’une littérature brillante, d’une spiritualité intense.

Au quatorzième siècle, Tombouctou, centre commercial majeur et capitale intellectuelle reconnue, se pare de mosquées et de lieux saints telle la célèbre mosquée de Djingareyber dont l'imam-adjoint est aujourd'hui présent parmi nous.

Véritable carrefour, Tombouctou s'identifie dans le monde entier à ses manuscrits qui portent les valeurs de la cité. Les intellectuels abordent les thèmes religieux ou séculiers dans leurs ouvrages. La liberté de pensée en est le ferment et le ciment. Copiés, vendus, les manuscrits passent de main en main et rayonnent bien au-delà du continent africain. Très tôt se constituent des bibliothèques privées

On estime que le célèbre Ahmed Baba, au XVIème siècle, en possédait plus de 1600. Cet intellectuel sut allier la pratique politique à la théorie philosophique quand Tombouctou fut envahie, incarnant alors un esprit de résistance dont les habitants actuels sont les dignes héritiers.

Tombouctou attire tous les grands voyageurs depuis le XIVème siècle comme Léon l'Africain, Ibn Battûta, ou encore René Caillié en 1828, le premier occidental à l'atteindre, témoignant qu'elle est la récompense ultime après bien des périls, des difficultés et des sacrifices.

Pourquoi rappeler ces pages de l’histoire du Mali ? Parce qu’elles constituent cet héritage commun à tous les Maliens que la rébellion a voulu détruire. Mais aucun principe spirituel ou temporel ne peut justifier de priver un peuple de son histoire. Ces mausolées détruits, ces chasses aux manuscrits sont une nouvelle manifestation de ce vieil ennemi de la raison qu’est le fanatisme. Fanatisme qui voit dans toute trace du passé un témoignage à éradiquer de la diversité des cultures.

Mes pensées vont vers les habitants de Tombouctou et vers tous les Maliens qui ont, dans une situation extrêmement dangereuse, préservé les manuscrits de la destruction. Le courage dont ils ont fait preuve pour sauver ce patrimoine exceptionnel mérite notre respect, notre admiration et notre reconnaissance.

Je sais la profondeur et la force des liens qui unissent le Mali et la France. Liens historiques, bien sûr, mais aussi intellectuels et culturels, magnifiquement illustrés par la relation construite entre les Dogons et Marcel Griaule, dont l’effigie repose dans la falaise de Bandiagara. Liens tissés, aussi, par toutes les formes de création, et présents de façon si sensible lorsque la kora de Ballaké Sissoko dialogue avec le violoncelle de Vincent Segal. Lorsque le Mali est attaqué, la France ne saurait rester indifférente, et ce qui vaut pour son intégrité territoriale vaut aussi pour sa culture.

Cette journée consacrée à la reconstruction du patrimoine du Mali doit nous permettre de nous mobiliser, comme Madame Bokova vient de nous le rappeler.

Suite à la demande des autorités maliennes et du centre du patrimoine mondial, j'ai demandé à la direction générale des patrimoines, à la bibliothèque nationale de France, au Musée national du Quai Branly, au laboratoire CRAterre-Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble et à l'Institut national du patrimoine de définir un plan de coopération et d'actions réalisables à court et moyen terme pour la reconstruction du patrimoine du nord Mali, en partenariat avec le centre du patrimoine mondial.

Il s'agira, dans un premier temps, d'un appui institutionnel à la mise en place d'une mission d'évaluation des destructions subies pendant dix mois par le patrimoine du nord Mali.

Puis, dans un deuxième temps, la France participera à la conservation et valorisation du patrimoine de Tombouctou et de Gao et à la formation aux métiers du patrimoine au Mali. Elle donnera à la bibliothèque nationale de France la mission de soutenir la politique de numérisation et de formation des spécialistes des manuscrits. Elle apportera une assistance technique aux sites maliens inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, grâce à la convention France-UNESCO. Elle participera à la valorisation et à la protection des centres historiques et urbains maliens, forte de l'expérience développée en la matière par les directions régionales des affaires culturelles et par l'Association nationale des villes et Pays d'art et d'histoire et secteurs sauvegardés. Elle luttera, enfin, contre le trafic illicite des biens culturels. Vous aurez l'occasion de débattre de ces propositions cet après-midi

Je vous invite aussi à visiter l'exposition Fleuves Niger-Loire, à l'entrée de cette salle, réalisée dans le cadre de la convention France-UNESCO, et qui a bénéficié de nombreux soutiens dont celui de Monsieur Yves Dauge.

« Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. » Ces mots du préambule de l’acte constitutif de l’UNESCO nous touchent aujourd’hui particulièrement parce qu’ils nous indiquent le chemin que nous devons suivre. Nous partageons toutes et tous ici la conviction que la culture est un facteur de paix. Après le drame que le Mali vient de connaître, je souhaite que cette journée puisse aider ce pays et ce peuple que nous aimons à restaurer son patrimoine et à retrouver sa dignité.

Je vous remercie.