Monsieur le Président de la Région Midi Pyrénées, cher Martin Malvy
Monsieur le Député - Président du Conseil Général du Gers, cher Philippe Martin
Monsieur le Maire cher Franck Montaugé
Monsieur le Préfet du Gers,
Messieurs les Président et Directeur de Circa, chers Christophe Blandin Estournet et Cher Marc Fouilland
Chers amis, artistes et professionnels du cirque, ici nombreux.

C’est un plaisir pour moi de me trouver ici à Auch avec vous à l’occasion du 25e CIRCA, festival du cirque actuel, pour l’inauguration du Centre d’Innovation et de Recherche Circassien, le CIRC - Auch, Gers, Midi-Pyrénées, et j’ajouterai France et Europe !

CIRCa a donc désormais son CIRC et ce nouveau lieu consacre, avec le festival, ici, en cette belle terre du Gers, la rencontre entre, d’une part, ces outils d’excellence et d’originalité et d’autre part ces valeurs si essentielles que porte le cirque et qui sont : la solidarité, l'esprit d'entreprendre, la rigueur mais aussi le respect de l'autre et l'engagement de l'individu dans un projet collectif. Ce ne sont pas de vains mots pour des artistes qui, chaque soir, descendent sur la piste. Pour qui, il s'agit de se donner de  manière totale dans un projet artistique, qui pour le cirque, peut-être plus que pour d'autres disciplines, coïncide souvent avec un projet de vie. Une éthique de vie qui s’invite aussi dans notre espace public car ces valeurs incarnées par le cirque sont celles qui fondent le service public et que je revendique : une culture citoyenne et une exigence pour tous les citoyens.

Dans ce pays de rugby, on sait ce qu’est, en l’occurrence, un projet collectif. Il est né ici de la conjugaison de passions : passion d'un groupe d'amateurs du cirque, réunis autour de l'Abbé de Lavenère-Lussan, qui ont fondé l'école du Pop Circus en 1975 d’une part ; passion d'une équipe d'opérateurs culturels, animée aujourd’hui par Marc Fouilland et son président Christophe Blandin- Estournet, d’autre par.

De cette mêlée amicale, est née, en 2001, l'association Circa, qui a réuni le festival et la Ville d'Auch. Reconnue scène conventionnée pour le cirque et dotée d'un chapiteau itinérant, Circa, poursuit le projet initial : soutenir et promouvoir le cirque, avec une attention particulière aux jeunes artistes émergents, les accompagner dans leur parcours professionnel, de la formation à la création.

Le festival est ainsi devenu, sans conteste, le rendez-vous majeur de la profession circassienne, réunie ici dans toutes ses  composantes. Avec les actions engagées tout au long de la saison et sur l’ensemble du territoire, Circa s'affirme comme un acteur structurant pour le cirque contemporain : au niveau régional, aux cotés de l'école du Lido, du lieu de fabrique de la Grainerie et en relation avec de nombreux artistes installés en Midi-Pyrénées.
Au niveau national en devenant l'un des pôles nationaux des arts du cirque, labellisé par le ministère de la culture en 2010.

Il manquait à Circa un espace en adéquation avec l'ambition du projet. C'est aujourd'hui chose faite. Bien sûr je veux saluer  l’opiniâtreté dont a fait preuve l'équipe pendant toutes ces années pour faire aboutir ce projet mais je veux saluer aussi la volonté et l'écoute dont ont fait preuve les collectivités territoriales et la conviction des élus, qui n'ont pas lâché le ballon et ont su transformer l’essai : ce magnifique ensemble qu'on inaugure aujourd'hui, plus de 6000 m2 dédiés au cirque, avec les espaces de résidence, de travail et d’accueil de chapiteaux et au milieu duquel trône cette structure … ovale, tout un symbole.

Tout ceci enfin n'aurait pas pu se faire sans l’une des plus belles réussites de cette aventure : l'adhésion du public. Dès l'origine, le mouvement des bénévoles a porté le festival, coeur battant du projet, comme on porte, ensemble, un bien commun. Circa est allée à la rencontre des populations dans des zones rurales, éloignées de l'offre culturelle de grandes villes. Depuis toujours, le lien avec le monde scolaire a été un moteur essentiel du projet, avec aujourd'hui l'ouverture d'une option cirque au Lycée Le Garros, sans oublier le travail, toujours mené en partenariat, avec le Pop Circus dans les écoles maternelles et primaires, les collèges et les lycées du Gers. Voilà encore des actions exemplaires que je veux mettre en avant pour y puiser l’énergie et le savoir faire que je souhaite insuffler avec mes collègues du gouvernement à notre plan pour l’éducation artistique et culturelle.

Pour le ministère, vous le savez, le premier engagement est le soutien aux artistes, d’abord dans leur parcours professionnel par la formation, de l'apprentissage initial jusqu’à la reconversion, mais bien entendu aussi dans l’accompagnement de la création comme de l’inscription dans la cité.

Au début de la carrière d'un artiste de cirque, il y a les écoles de loisirs, de plus en plus nombreuses, ce qui témoigne de la popularité de cet art et de passerelles très vivaces qui existent entre amateurs et professionnels. Ce festival en est la preuve évidente. Grâce à l'action de la Fédération Française des Ecoles de Cirque, ces écoles peuvent bénéficier de conseils et d'accompagnement pour offrir des conditions sécurisées de l’activité circassienne. Très prochainement un Diplôme d'Etat  apportera une plus grande qualification au métier d'enseignant de cirque.

La deuxième étape ce sont les écoles préparant à la filière professionnelle. Elles doivent être confortées par une reconnaissance institutionnelle plus déterminée. Ce cadrage est essentiel pour coordonner davantage ce passage vers la professionnalisation. Le chantier est ouvert et il devra trouver un aboutissement dans un dialogue entre partenaires, Etat et collectivités territoriales.

Sur la formation supérieure : le DNSP artiste de cirque sera bientôt mis en œuvre. Il viendra conforter le niveau d'excellence qui distingue les écoles françaises de cirque sur le plan international. Il marquera aussi la possibilité pour les artistes de voir reconnaître leurs diplômes au niveau licence partout en Europe. Comme pour les autres disciplines artistiques cette double reconnaissance signifie un rapprochement positif entre le monde de l'art et celui de la recherche propre à l'Université.

Au centre du dispositif, et à l’origine pour beaucoup d’artistes que je vois ici, il y a, bien sûr, le Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne. C’est l’occasion pour moi de rendre hommage à cette école, à l’ensemble de ses équipes artistiques, pédagogiques, administratives et techniques ainsi qu’à son Président Bernard Latarjet et à son directeur Jean-François Marguerin que je voudrais saluer plus spécialement en ces jours où il va passer la main de la direction de l’école pour être appelé à de nouvelles fonctions. Après plusieurs années de refondation ils peuvent être fiers de leur oeuvre car ils transmettent un   établissement dans la pleine puissance de ses moyens, prêt à entreprendre une nouvelle phase de son histoire.

Cette nouvelle phase sera menée par le nouveau directeur général, Gérard Fasoli, dont je suis heureuse de vous annoncer la nomination aujourd’hui. Nul doute qu’il portera l’ambition artistique et pédagogique de l’école dans son rôle de clé de voûte de l’édifice circassien. Les liens avec la profession seront renforcés. La place du CNAC sur le plan international sera revigorée en prenant appui sur son action majeure, la formation d’artistes d’excellence pour le cirque de demain. Gérard Fasoli possède en effet une double expérience d’artiste et de pédagogue y compris de niveau international, telle en témoigne sa récente direction à l’école supérieure des arts du cirque à Bruxelles. Le chantier de consolidation de la filière de formation supérieure initié avec l’école  nationale de Rosny-sous-Bois sera abouti afin d’assurer la mise en place du DNSP artiste de cirque dès l’année prochaine.

Je le disais, il s'agit aussi de conforter les artistes dans toutes les phases de leur parcours professionnel. Grâce à la mobilisation des partenaires sociaux – AFDAS et Audiens – et à l'implication du Syndicat du cirque de création, les artistes de cirque peuvent bénéficier d’un dispositif facilitant les projets de reconversion, ce qui est très important pour un art qui engage si fortement le  physique.

Ensuite, le ministère de la culture a attaché, ces dernières dix années, une attention particulière à inscrire sur le territoire des établissements pouvant assurer les missions d'accompagnement de la création et la diffusion, dans un souci de rencontre et de sensibilisation des publics. Ce sont les douze Pôles nationaux des arts du cirque qui ont été labellisés. La convention  pluriannuelle d’objectif que nous signons collectivement aujourd’hui témoigne pour Circa de la reconnaissance par l’Etat de cette
labellisation. Les artistes de cirque, nomades par excellence, doivent trouver dans ces lieux les conditions adéquates pour créer et rencontrer le public.

Ces outils sont d’autant plus importants que le paysage du cirque s'est considérablement étoffé dans notre pays, en nombre bien sûr depuis les compagnies pionnières, mais surtout en diversité d'écritures. Après cette trentaine d'années à tracer sa propre histoire, le cirque contemporain atteint sa maturité. Il ressent le besoin de réaffirmer les fondamentaux, sans toutefois nier ce qui est sa force et son originalité : l'ouverture et le dialogue avec les autres arts, le désir d'innover et d’inventer sans cesse de nouveaux langages. Il faut mentionner à ce titre le travail remarquable mené par Jérôme Thomas au sein de la SACD pour affirmer ces principes. Sa réforme du répertoire cirque avec ses différents registres pose un regard pertinent et fédérateur qui accompagne cette maturité.

Le soutien aux compagnies a été renforcé et maintenu, même si des efforts doivent encore être faits pour mieux accompagner certains aspects propres au cirque. Cela concerne notamment les chapiteaux, qui sont des instruments permettant d'investir les territoires peu équipés, en milieu rural comme dans les agglomérations urbaines.

Ils constituent un élément d’invention et d’animation artistique de l’espace public, un concept cher à ma politique car il constitue l’espace du possible de la création. Les chapiteaux contribuent, à leur manière, à interroger la ville, parfois dans ses interstices les plus improbables, comme dans des lieux qui doivent leur être accordés par les agglomérations. De ce point de vue, l'ensemble des pôles cirque est aujourd'hui doté, ou en train de se doter, de terrains en ordre de marche pour l'accueil des chapiteaux, parfois mitoyens aux cirques stables comme à Elbeuf, à Amiens ou à Nexon. Mais il faut aussi remarquer l'initiative des compagnies indépendantes, qui en Bretagne, qui en région centre, qui à Alès ou à Boulazac.

En cela la présence des chapiteaux et cette salutaire itinérance, croisent l’action menée par Territoire de Cirque que je suis heureuse de saluer également. Nous avons écouté ce matin à Auch les dix propositions précises et argumentées de Cirque en Campagne qui apportent en réflexion sur l’aménagement de notre territoire culturel, sur l’équilibre entre formation et production et sur la place du cirque dans les politiques publiques.

Enfin il est essentiel d’inscrire notre démarche dans une réalité européenne et internationale. La singularité du cirque  contemporain de création "à la française" s’est affirmée à travers le monde. Il nous faut renforcer un secteur artistique qui représente un fort potentiel pour la coopération comme pour la circulation de nos artistes dans le monde. En cela l’opération Jeune Talents Cirque Européen est exemplaire et le travail mené par Hors Les Murs dans le cadre de Circostrada et est un atout qu’il faut
encourager pour tenir cette position pilote, que la France a su conquérir sur le plan international.

Je le conçois, l’ambition que nous devons avoir pour le cirque nécessitera la relance d’une nouvelle étape, à l’initiative de l’Etat. D’ores et déjà, et dans le contexte que nous connaissons, elle passe par des actions très concrètes que je résume en conclusion  :
- La mise en œuvre du Diplôme National Supérieur Professionnel – artiste de cirque,
- la qualification de la filière de formation professionnelle en amont,
- un meilleur partage des outils et une réflexion des modalités d’insertion professionnelle entre
les écoles d’enseignement supérieur et la profession,
- l'ouverture d'un dialogue avec les collectivités sur les chapiteaux et sur l'implantation des
compagnies de cirque, en collaboration avec le syndicat du cirque de création, Territoires de
cirque et Hors Les Murs, en réfléchissant notamment aux problématiques de développement
durable propre à l’itinérance des chapiteaux,
- la reprise d’un travail spécifique à mener dans le cadre du plan pour l’éducation artistique et
culturelle avec l’Education Nationale, les centres de ressource et les fonds nationaux,
- la poursuite du soutien aux Pôles Nationaux des Arts du Cirque avec qui le Ministère et les
collectivités doivent travailler pour répondre aux enjeux du développement du cirque et de son
maillage territorial dans les prochaines années.

Enfin, pour le cirque, comme pour les autres secteurs du spectacle vivant et des arts visuels, la loi d’orientation sur la création, en préparation, doit être l’occasion de la concertation et de l’affirmation de la place de chacun pour renforcer la place de cet art si essentiel à notre société.