Monsieur le Premier président de la Cour des Comptes, cher Didier Migaud,
Monsieur le Procureur général,
Mesdames et messieurs les présidents de chambre,
Monsieur l’Administrateur général du Mobilier National, cher Bernard Schotter,
Monsieur le Président de la Commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art, cher Jacques Sallois,
Cher Vincent Bioulès,
Mesdames et Messieurs,

En 2012, on installe encore des tapisseries.

Si je suis très heureux d’être avec vous aujourd’hui pour cette installation, dans l’escalier d’honneur d’une institution bicentenaire et du bâtiment remarquable de Constant Moyaux dont on célèbre cette année les cent ans, c’est parce ce geste réunit la création contemporaine avec la continuité de l’Etat – à travers celle de votre institution, et celle de nos manufactures.

En appeler à la création contemporaine pour illustrer cette continuité dans un haut lieu de la République, qui plus est en son cœur symbolique, l’escalier où passent tous ceux qui fréquentent la Cour et ses visiteurs extérieurs : cela n’avait rien d’évident, pour une institution que l’on a longtemps préféré habiller avec des triomphes d’Apollon ou de Vénus tricentenaires.

Il fallait une personnalité comme Philippe Séguin pour s’engager avec conviction sur cette voie. On sait ce que les rues et les places d’Epinal lui doivent, pour lesquelles il avait fait l’acquisition d’œuvres de César, de Buren, d’Anne et Patrick Poirier, d’Ange Leccia ou encore de Bernar Venet. Ce vif intérêt pour le design et l’art contemporain s’accompagnait chez lui d’un profond respect pour la permanence des institutions de l’Etat - y compris nos manufactures et leur histoire séculaire, pour ce qu’elles représentent en termes de dialogue entre créateurs et métiers d’art. À cet égard, je suis certain qu’il aurait particulièrement apprécié l’exposition « Décor et installations », organisée par le Mobilier National, que l’on peut admirer aux Gobelins et à Beauvais.

En reprenant la grande tradition de la commande publique, votre prédécesseur, cher Didier Migaud, a ainsi renoué avec le geste et l’esprit de Félix Barthe, l’ancien carbonaro devenu Premier président de la Cour sous Louis-Philippe, qui avait passé commande à Théodore Chassériau.

Cette démarche de Philippe Séguin, lancée en 2005 en préparation du bicentenaire de la Cour, avait alors été accueillie avec enthousiasme par la délégation aux arts plastiques du ministère de la Culture et de la Communication, notamment pour la nouvelle décoration de la salle de lecture - et on se souvient encore de Philippe Séguin venant rejoindre les artisans sur les échafaudages, en train de réaliser l’œuvre de Bernar Venet.

Quand il s’est agi de repenser la restauration et la décoration de l’escalier d’honneur, c’est cette même qualité de dialogue qui aura animé, les échanges de mon ministère avec le Premier président. La direction régionale des affaires culturelles a ainsi apporté son expertise pour la restauration de l’œuvre d’Henri Gervex. Et quand émergea l’idée d’un diptyque mettant face à face l’histoire impériale et l’histoire républicaine de la Cour, c’est vous, cher Bernard Schotter, qui suggérez à Philippe Séguin de partir d’un carton de Van Pool [prononcer Pol] pratiquement contemporain de la création de la Cour, reprenant le buste de Napoléon par Canova. L’idée fit mouche chez le grand admirateur de l’Empereur qu’était Philippe Séguin, d’autant plus que l’œuvre avait été plus tard détournée par Louis XVIII et transformée en hommage à Alexandre Ier de Russie. C’est vous également qui lui suggérez le nom d’un artiste de grande renommée, Vincent Bioulès, avec qui le courant passe très vite avec le Premier président qui fera preuve d’une très grande attention à la conception du diptyque.

À Paris et à Beauvais, pendant presque trois ans, Alain Masselin, Sylvie Schnell, Lucien Melki, Irène Chaillot, Béatrice Grisol, Elisabeth Rivaud et Amélie Zerr ont réalisé ces deux tapisseries sur les cartons de Vincent Bioulès.

J’ai eu le plaisir de me rendre il y a quelques jours à la manufacture de Beauvais, où j’ai pu admirer le travail remarquable des liciers – que vous avez pu, cher Didier Migaud, admirer à votre tour lors de la tombée de métier en octobre dernier pour ces deux œuvres.

Face au Napoléon législateur, entouré des textes fondateurs de la Cour modernisée par l’Empereur, c’est un portrait chaleureux de la République qui a été réalisé aux Gobelins, avec les magistrats et les personnels, en rangs serrés, tels les dignitaires que l’on peut admirer dans les mosaïques de Ravenne. Les drapeaux martiaux du Premier Empire deviennent des drapeaux pacifiques ; et les dignitaires masculins font désormais place aux magistrates, autour d’une Marianne et d’un arbre de la liberté pavoisé aux couleurs de la France.

Je tiens à saluer cet aujourd’hui l’esprit de complicité qui a régné, entre la Cour et son Premier président, l’artiste et les liciers. Le résultat remarquable de l’entreprise en est clairement le fruit.

Philippe Seguin aura ainsi renoué avec la tradition de la commande publique aux manufactures : cher Didier Migaud, d’autres institutions, je l’espère, s’inspireront de l’exemple de la Cour des Comptes.

Je vous remercie.