Chère Tina Arena,

Rares sont les enfants prodiges de la chanson, repérés très tôt dans des émissions et des concours, qui savent après ces performances précoces se réinventer.

C’est à l’âge de sept ans que vous faites vos débuts, dans le programme « Young Talent Time », en subjuguant le public australien.

On vous retrouve à l’âge de 21 ans, dans une réinvention enflammée du disco, avec le single « I need your body », titre phare de l’album « Strong as Steel ». Mais c’est avec « Chain » et « Don’t Ask » que vous entamez réellement votre carrière solo. Les succès, dès lors, ne cessent de s’enchaîner. « In deep » produit par Mick Jones devient album de platine avec « I want to know what I love » et « Burn », qui passent en boucle sur toutes les radios. Mais en France, c’est dans votre duo avec Marc Anthony « I want to spend my lifetime loving you », chanson-titre du succès cinématographique « le Masque de Zorro », que le public français tombe sous le charme et la chaleur de votre voix, que vous exposez à plus de trois milliards de téléspectateurs lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Sidney en l’an 2000.

C’est grâce à votre caractère curieux et votre désir de relever les défis que vous commencez à chanter en français : avec « Aller plus haut », en 1999, vous signez un immense succès, vendu à plusieurs millions d’exemplaires ; un succès que vous rééditez en 2005 avec « Aimer jusqu’à l’impossible ». Devenu chanteuse française à part entière dans le cœur de votre public, vous continuez cependant votre carrière à l’international en interprétant notamment le sensuel duo avec Donna Summers « No more tears ».

Chantant en français, en espagnol, en italien, en anglais, vous séduisez par votre franc-parler, votre esprit du voyage et votre simplicité désarmante malgré tout le succès qui vous entoure. Votre art parvenu désormais à maturité explore désormais les mélanges des genres, retraçant des voyages personnels à travers l’Asie, l’Afrique, et bien sûr l’Italie de vos origines, à l’image de votre album de 2008, « 7 vies », nouveau succès studio.

Outre les quelques 8 millions d’albums vendus, on vous retrouve aussi en Esméralda dans Notre Dame de Paris, en Sally Bowles dans Cabaret dirigé par Sam Mendès, en Roxie Hart dans la production londonienne de Chicago en 2007.

Cette année, c’est auprès de 15 autres chanteuses et comédiennes pour « Paroles de femmes » que vous reprenez « Vanina ».

Chère Tina Arena, pour votre charme et votre voix qui font partie depuis maintenant vingt années de la scène musicale internationale comme de la scène française, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’ordre National du Mérite.

Cher Arturo Brachetti,

Un homme, immobile et dressé comme une statue, faisant tomber un masque blanc, puis un autre et ainsi de suite, laissant place à d’innombrables pétales blancs sur la scène noire : c’est par ce tableau d’ouverture que vous avez sidéré tant de spectateurs, dès le début de vos spectacles.

1,5 seconde, c’est le temps qu’il vous suffit pour changer de visage, de personnage, d’époque, de genre, de sexe, comme dans une vidéo de transformation d’une libellule, passée en accéléré. Une performance qui figure dans le Guinness Book des records.

Roi de l’éphémère, vos talents de transformiste, magicien, mime et comédien vous valent un succès mondial. Vous faites vivre et mourir des personnages en un clignement de cils, redonnant ainsi à l’art de Leopoldo Fregoli, disparu en 1936, ses lettres de noblesse.

La fluidité déroutante avec laquelle vous passez d’un habit à l’autre parvient à faire oublier, par l’exactitude méticuleuse de vos enchaînements, les heures de préparation et la « machinerie » qui se cachent sous votre grand sourire, tout en sprezzatura, au service de l’illusion et de ses ravissements.

Mais la « machina », c’est aussi cette grande boîte noire, omniprésente dans vos spectacles, parfois travestie en théâtre de marionnettes – une boîte qu’on aimerait bien secouer, ouvrir, retourner pour comprendre les arcanes de vos tours. En coulisse, deux assistants vous tendent les costumes et les perruques, soumis à de terrifiants contrats stipulant une confidentialité absolue sur vos secrets.

Sans oublier un couturier. Vous l’avouez aux journalistes, vos spectacles c’est 50% de performance physique, 50% d’astuce dans les costumes, et le costumier québécois François Barbeau, vrai complice de votre magie, œuvre à la recherche parfois fort complexe de vos costumes de scène, qui recèlent bien des secrets.

Vous avez raison de vous comparer à une Ferrari à laquelle on change les quatre pneus en moins de quatre secondes ... Pour un Italien d’origine, on en attendait rien de moins. Depuis maintenant plus de trente ans, vous avez été acclamé dans le monde entier, de Shanghai à Hollywood en passant par Londres, en commençant par un joli cabaret de la rue du Cardinal Lemoine à Paris, appelé le Paradis Latin, où vous révélez devant de nombreuses vedettes vos talents appris d’un jeune prêtre, Silvio Mantelli, qui, dans votre jeunesse italienne, vous aura initié à la prestidigitation.

Avec ce succès, vous commencez à sillonner toute l’Europe, en Allemagne pour votre spectacle FLIC FLAC, puis Londres avec Y resté durant un an à l’affiche du Piccadilly Theater où vous remportez aussi le Prix de la meilleure découverte. Quand vous revenez en Italie, c’est toujours auréolé du même succès, et les tournées se multiplient, les performances télévisées également. Sur les écrans américains, c’est votre entrée fracassante dans le Drew Carey Show que vous faites vos preuves, puis dans le personnage d’Antonio que vous incarnez durant dix épisodes dans la série Nikky.

C’est avec votre ami le metteur en scène Serge Denoncourt que vous montez le spectacle L’homme aux mille visages. Acclamé dans le monde entier, resté deux ans à l’affiche à Paris, il sera récompensé en France du Prix Molière 2000 pour le meilleur « One Man Show ». Avec votre spectacle Change, vous obtenez à Londres l’enthousiasme de la critique et serez nominé pour la catégorie « meilleur divertissement » des prestigieux Laurence Olivier Awards 2010.

Depuis 2011 et après cinq années de tournée mondiale, vous êtes revenu en France, pour présenter votre nouveau spectacle autour des héros du 7ème art, « Brachetti fait son cinéma », dans un détournement virtuose d’Autant en emporte le vent de Spider Man, de James Bond ou de Charlot.

Lutin athlétique à la houppette légendaire, âme d’enfant et magicien de l’éphémère, vous nous faites redécouvrir avec un talent exceptionnel cette émotion fondatrice de la scène qu’est le plaisir de l’illusion. Cher Arturo Brachetti, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Cher Nagui,

Je suis très heureux de recevoir aujourd’hui, dans les salons du ministère de la Culture et de la Communication, l’animateur préféré des français.

Avec un brin d’amusement et un grand sens professionnel, vous apportez dans vos émissions, une fraîcheur et une sympathie qui redonnent le sourire à des millions de téléspectateurs. Sous le visage de l’amuseur, sous le sourire éminemment chaleureux, on trouve pourtant l’humilité et l’anxiété d’un travailleur acharné. On vous doit à cet égard de nombreux rendez-vous emblématiques, dont un particulièrement, qui concilie depuis sa création en 1993 qualité musicale et esprit de découverte, je pense bien évidemment à Taratata, qui fait toujours référence dans le paysage audiovisuel français.

Nagui Fam, enfant d’Alexandrie, élevé dans l’amour des mots et de la littérature par un père universitaire renommé et une mère professeur de lettres, a toujours aimé faire rire ses proches. Votre père, conscient de votre sens de la représentation et de la réplique, vous pousse néanmoins à poursuivre vos études : baccalauréat scientifique, faculté des sciences à Nice, classe préparatoire à HEC Paris.

On vous découvre d’abord sur les ondes de la Radio Vintimille ; doté d’un talent d’animateur qui ne tarde pas à se faire remarquer, vous intégrez Radio France Provence-Alpes-Côte-d’Azur, avant de rejoindre notamment RTL, où vous resterez animateur pendant 16 ans. Puis c’est la télévision qui profite de vos qualités, en premier la chaîne M6 puis TF1, France 2 et France 3. Nous avons tous des souvenirs de « N’oubliez pas votre brosse à dent », diffusée sur France 2, ou de « Que le meilleur gagne » sur la 5. « Tout le monde veut sa place » connaît un succès qui dépasse le territoire français, et la télévision japonaise achète les droits de votre émission.

 C’est en 1993 que vous créez votre propre société de production, « Air Productions », d’où sortira la célèbre émission Taratata, qui fait d’ores et déjà date dans l’histoire de notre patrimoine audiovisuel, au même titre que Les Enfants du Rock. Sans paillettes, avec la musique pour seul décor, un « live » et une rencontre avec les artistes chargée d’anecdotes et de souvenirs, vous avez réussi à proposer dans la grille des programmes TV une émission de variétés de haute qualité, simple, intimiste, chaleureuse, où les grands noms côtoient les jeunes premiers. La première vague de l’émission, insufflée par Gérard Pullicino et vous-même, s’arrête pendant une petite dizaine d’années, et c’est la reprise en 2005, au service, depuis, de la diversité musicale.

Personnalité phare du petit écran français, généreuse et enthousiaste, vous avez placé, dans le paysage des émissions de divertissement, la barre très haut. Le paysage audiovisuel français sait tout ce qu’il doit à votre sourire, votre humour, votre attention, votre sens de l’esprit.

Cher Nagui, au nom de la République française, nous vous faisons Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Chère Isabelle Aubret,

« Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer

S’y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire […] »

Ainsi commence Les Yeux d’Elsa, celle qui était à Aragon, ce que furent respectivement Laure à Pétrarque, Hélène à Ronsard, ou Elvire à Lamartine, cette Elsa qui vous disait qu’avec « des yeux comme ça, vous ir(i)ez au bout du monde ». Muse et complice, vous aussi vous l’avez été, de Jean Ferrat, principalement. La chanson écrite par Claude Delécluse et mise en musique par Jean Ferrat « Deux enfants au soleil » traduit à merveille l’amitié qui vous liait au poète ardéchois : « Il se regardaient tous deux sans parler, comme s’ils buvaient l’eau de leurs visages ».

Grande voix de la chanson à texte française, vous êtes l’une des plus grandes interprètes de Ferrat, de Brel, d’Aragon, entre autres. Vous avez également été - fait suffisamment rare chez nos artistes pour être mentionné - championne de France de gymnastique. Dotée d’une force de caractère taillée dans le marbre, vous êtes un soleil dans la galaxie de la chanson française.

Il faut croire, parfois, que la vie ne ménage pas ceux qu’elle aime. Dans une vie consacrée à la célébration de la langue française en musique, vous représentez une humanité écorchée et lumineuse, une voix au vague à l’âme aussi tenace que l’espoir qui la tient droite, par amour de la vie et des autres.

S’il est loin, aujourd’hui, le temps de la petite bobineuse de 14 ans qui travaillait à l’usine de filatures dans le Nord de la France, votre sensibilité aura été façonnée par cette expérience, très jeune, de la dureté de l’existence. Vous allez vite arpenter les concours de chant de votre région.

Après avoir été rapidement repérée, vous êtes engagée à 18 ans dans un orchestre du Havre, avant de remporter le concours de chant de l’Olympia. Bruno Coquatrix, maître des lieux et découvreur de talents hors pair, vous remarque et vous décroche un contrat dans un cabaret de Pigalle, le Fifty-Fifty. Avec un pied dans l’univers de la chanson, vous n’allez pas tarder à faire des rencontres décisives : d’abord Jacques Canetti, qui vous fait enregistrer votre premier 45 tours, signé Maurice Vidalin. En 1961, vous remportez le Grand Prix du Festival d’Enghien.

En 1962, deux événements importants se produisent : votre victoire à l’Eurovision pour votre interprétation de « Un premier amour », et la rencontre de Jean Ferrat. Un an plus tard, vous montez sur la scène de l’ABC avec Sacha Distel, et vous êtes en première partie des concerts de Jacques Brel - qui insiste pour voir la « petite » sur scène. Le poète du plat pays devient ainsi avec Ferrat un de vos prestigieux parrains dans l’univers de la chanson française.

Pour vous être interprète, c’est déjà être comédienne : « il faut l’être pour chanter ce que je chante. Interpréter Aragon ou Brel, c’est très proche du théâtre », confiez-vous. De fait, le premier rôle des  Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand, vous était destiné. Cependant un terrible accident de la route vous oblige à mettre entre parenthèses votre carrière professionnelle, et c’est Catherine Deneuve qui nous chantera les désillusions amères des Parapluies. Vous recevez de nombreux soutiens pendant cette période difficile : Jacques Brel vous offre les droits de sa chanson « La Fanette » et Jean Ferrat compose cette ode qui fut votre fil d’Ariane, « c’est beau la vie ».

À force de courage et de ténacité, on vous retrouve, alors même que vous êtes toujours en rééducation, en première partie d’Adamo en 1965 sur la scène de l’Olympia. Et quelques années plus tard, Gérard Meys, producteur de Ferrat et de Gréco, prend en charge votre carrière. Vous chantez sur les scènes du Canada, d’Algérie, de Cuba, de Pologne. À votre répertoire s’ajoute le québécois Félix Leclerc, mais aussi un jeune premier, encore anonyme, Alain Bashung, qui compose un titre dans votre album Le soleil est dans une orange. À la suite de vos tournées internationales, vous êtes considérée comme une des meilleures chanteuses au monde, si ce n’est « la » meilleure au Japon.

À la fois mélancolique et « dure comme l’acier », pour reprendre les mots de Jean-Michel Boris, vous faites preuve d’un irréductible goût pour la vie, comme l’ont montré les épreuves que vous avez traversées, comme cette chute de trapèze alors que vous répétiez un numéro avec Jean-Claude Bouttier pour le gala des artistes. Mais rien n’y fait, et vous remontez vite sur les plateaux. Jean Ristat, légataire d’Aragon, a eu une belle formule à propos de votre exigence artistique, tout autant que votre expérience personnelle : « Elle montre que l’âme peut transfigurer le corps ».

Une fois remise, vous continuez vos tournées et vos albums avec de nouvelles plumes comme Romain Didier, Alain Leprest ou Danielle Messia, je pense en particulier à votre album Vague à l’homme, qui reçoit le Prix Charles-Cros et le Prix du Président de la République.

Amoureuse de la langue française, vous chantez dans Coups de cœur, en 1992, des chansons de Gainsbourg, de Guy Béart, de Goldman, Cabrel, Henri Salvador ou Charles Trenet. Actuellement à l’affiche de « Age tendre et têtes de bois », qui rencontre un immense succès, vous continuez à défendre plus que jamais la chanson à texte. À chacun de mes déplacements internationaux, je prends la mesure de ce que la chanson française peut représenter pour notre rayonnement culturel, et je ne peux que rendre hommage à la contribution essentielle que vous lui apportez.

 Chère Isabelle Aubret, au nom de la République française, nous vous faisons Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.