Monsieur le Ministre, cher Michel Mercier,Monsieur le Sénateur, cher Jean-Jaques Pignard,Monsieur le Président du Directoire, cher Philippe Vayssettes,Madame la Directrice des musées d’archéologie, chère Hélène Lafont-Couturier,Mesdames et Messieurs,

Selon la mythologie, « la persuasion est fille d’Aphrodite » cette déesse de
l’amour et de la séduction, incarnée par la Vénus des Romains et
ressuscitée par tant de peintres de l’Amour de Titien à Boucher. Le regard
fixé, intense, profond, et le corps incliné de cette sculpture ont été des
éléments suffisants de persuasion pour tous ceux qui ont oeuvré en faveur
de son inscription. En contemplant cette pièce, je ne peux m’empêcher de
citer André Malraux et sa réflexion aigüe sur notre rapport au temps et aux
oeuvres d’art :
« Nous sentons que si le présent ressuscite le passé, il ne cesse de le
métamorphoser (…) L’expression la plus célèbre et la plus profonde est la
Renaissance. Elle redécouvre les dieux antiques. Mais prenons garde
qu’elle ne les ressuscite pas en tant que Dieux. Praxitèle, à sa manière,
croyait à Aphrodite. Ni Botticelli, ni Raphaël n’y croient. Aphrodite, qui avait
été déesse, était devenue démon ; elle ne redevenait pas déesse, elle
devenait oeuvre d’art ».
La voici devant nous cette Aphrodite dont parle Malraux, exhumée de
l’oubli grâce au mécénat décisif du groupe Neuflize qui nous accueille ce
soir. La nymphe à la coquille ou L’Aphrodite de Sainte Colombe a été
découverte en 1845, à une époque où le voyageur infatigable que fut
Prosper Mérimée sillonnait la France et recensait scrupuleusement le
patrimoine national. Ce marbre d’une rare élégance fait partie d’un
ensemble de statues découvertes dans des termes publics de Saint-
Romain-en-Gal, depuis lors dispersées dans toute l’Europe et dont le
Louvre conserve une Vénus accroupie. Elle appartient au type des statuesfontaines
représentant des divinités féminines porteuses de vasques, que
l’on retrouve dans des lieux magiques comme les jardins de la villa d’Este
comme dans les allées ombragées de la villa Médicis à Rome.
Cette acquisition est particulièrement importante pour le site archéologique
du Musée de Saint-Romain en Gal, l’un des plus importants de France
pour l’héritage gallo-romain, soutenu fortement par le Conseil général du
Rhône.
Autour de la capital des Gaules, comme dans toute la vallée du Rhône, le
patrimoine antique est particulièrement significatif. Je tiens à souligner le
rôle des collectivités territoriales, dans sa préservation et sa valorisation,
notamment le Conseil général du Rhône fortement engagé dans la
promotion des musées et des lieux d’interprétation. Je pense bien entendu
à l’ambitieux projet du Musée des confluences, dans ce nouveau quartier
de la ville de Lyon en pleine transformation. J’ai annoncé il y a quelques
jours un « Plan Musées en région » à hauteur de 70 millions d’euros. Je
suis en effet persuadé de l’importance des musées dans le développement
économique et culturel des territoires, mais aussi de leur rôle dans
l’attractivité de notre pays. Le musée est par excellence un lieu
d’émerveillement, d’émotions, d’apprentissage.
Rien ne remplace le contact charnel, physique avec l’oeuvre. La qualité de
cette pièce en témoigne : au-delà de son intérêt patrimonial, elle est une
« invitation à la beauté », elle aiguise le regard. Elle est à même de
susciter l’envie et la curiosité de visiteurs venus de tous horizons. « Tout un
monde lointain, absent, presque défunt vit dans [ses] profondeurs »,
pourrait-on dire après Baudelaire, en contemplant le bandeau et l’épais
chignon qui enserrent sa longue chevelure.
En effet on retrouve ses formes et son drapé dans des sites
archéologiques aussi prestigieux qu’Athènes, Crète ou Timgad. Elle sera,
je n’en doute pas, une pièce majeure des collections du musée de Saint-
Romain en Gal et viendra enrichir son fonds déjà remarquable mosaïques
et en peintures murales. Elle sera surtout présenté à 500 mètres du lieu de
sa découverte, sur cette rive droite du Rhône qui fut un lieu de résidence et
de villégiature pour les patriciens de la Vienne antique.
Je veux aussi profiter de cette occasion pour souligner l’engagement
exemplaire du groupe Neuflize dans le domaine du mécénat culturel. Cher
Philippe Vayssettes, les sociétés que vous présidez au sein du groupe
ABN AMRO sont devenues de fidèles partenaires de ce ministère et de ses
établissements, en apportant un soutien important aux arts visuels,
Neuflize OBC privilégiant les arts plastiques, le patrimoine et le cinéma, et
Neuflize Vie l’image contemporaine sous toutes ses formes,
photographique et vidéographique. Neuflize OBC est ainsi présente aux
côtés de nombreuses manifestations organisées par ce ministère à
l’intention de tous les publics : je pense à la « Nuit européenne des musées
», dont vous êtes depuis sept ans le mécène fidèle, comme vous l’étiez du
« Printemps des musées » auparavant. Votre engagement historique pour
la préservation du patrimoine n’est plus à démontrer. Votre soutien pour
l’acquisition de cette oeuvre d’intérêt patrimonial majeur, aux côtés de
l’Etat, du Conseil général du Rhône de la région Rhône Alpes (FRAM)
traduit cette passion sans cesse recommencée.
Le public de la région Rhône-Alpes a déjà pu apprécier la richesse et la
qualité de votre collection d’art contemporain. En 2006, votre collection a
fait partie de l’exposition «La Région Humaine», organisée au Musée d’art
contemporain de Lyon pour la Biennale «Lyon Septembre de la
photographie». Tous ces engagements tiennent compte des attentes, des
affinités et des intérêts de vos clients, eux-mêmes souvent amateurs d’art
ou même collectionneurs, voire professionnels du secteur culturel du
cinéma ou de la communication. Comme vous le faites ce soir, vous les
associez à de multiples occasions à vos opérations de mécénat. Cela vous
a valu d’être décoré par ma prédécesseure en tant que « Grand mécène
du Ministère de la Culture ».
C’est donc un réel plaisir pour moi, Monsieur le Président, cher Philippe
Vayssettes, que de rendre hommage, à l’occasion de cette présentation
officielle, à votre action de longue haleine, souvent pionnière et si
précieuse pour la valorisation du patrimoine de l’humanité, mais aussi pour
l’accès de chacun de nos concitoyens aux oeuvres artistiques les plus
éminentes.