Mesdames et messieurs,Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois afin de vous présenter
mes voeux sincères et chaleureux pour l’année 2011. J’ai décidé de les
placer sous le signe des diversités de notre société et de la promotion de
la diversité culturelle, à l’heure du numérique.
Mondialisation et tournant numérique sont en effet aujourd’hui, chacun le
sent, deux mutations majeures de la création et des pratiques culturelles.
La mondialisation de l'économie et la révolution numérique favorisent
incontestablement la circulation de ce qu’on appelle les biens et services
culturels. Cependant, il est largement avéré que les mécanismes en
vigueur ne jouent pas nécessairement en faveur de relations
culturelles équilibrées. Les impératifs de rentabilité du marché entrent en
contradiction avec le souhait de donner aux créateurs la possibilité de se
faire connaître et de donner au public le choix d’une véritable offre
culturelle diversifiée. Je veux faire de 2011, pour notre action, l’année de la
diversité. Le rythme de ratification de la Convention de l’UNESCO signée
en 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des
expressions culturelles est un signal particulièrement encourageant dans
ce sens. La convention, dont la France a été une ardente avocate, pose
les bases multilatérales d’un respect mutuel entre sphère culturelle et
sphère économique, dont l’interdépendance doit être gérée de manière
équilibrée.
Ce choix politique a des incidences majeures en matière de politique
du livre, en matière de régulation des médias et de la communication,
en matière de fiscalité au service de la création. Ce choix politique,
c’est aussi un choix ambitieux au regard de l’Europe de la culture et du rôle
que nous devons jouer auprès des institutions communautaires.
Faire de 2011 l’année de la diversité pour notre Ministère, c’est aussi
prendre davantage en considération l’état réel de la société française, sa
créativité et son dynamisme. Je suis en effet persuadé que nous disposons
des leviers et des outils pour participer à la réduction des inégalités
d’accès à la culture, avec l’appui du riche tissu des associations -
anciennes ou nouvelles - qui travaillent au quotidien avec les publics. Cela
passe par une ambition renouvelée en matière de démocratisation
culturelle et de développement des publics de la culture.
De manière générale, face à l’ampleur des défis qui nous attendent,
je me réjouis de vous rappeler que nous avons obtenu le “ dégel ” de
nos crédits. Le Président de la République nous conforte ainsi
pleinement dans notre action.
I. Je souhaite que 2011 soit l’année de la promotion des diversités
A mon initiative, vous le savez, le ministère s’est engagé depuis
plusieurs mois dans un travail de réflexion et de synthèse sur la
démocratisation culturelle, cette ambition qui l’a accompagné dès sa
création en 1959, cette ambition qui n’est jamais achevée, cette ambition
qui doit sans cesse être réinventée et adaptée.
Ce sera l’objet du Forum Culture 2011 qui sera organisé à La Villette
le 4 février prochain. On disait le Ministère de la Culture affaibli, il
réfléchit ; on le disait fragilisé, il s’invente de nouveaux horizons. Qui
pourrait douter de la volonté de répondre aux nouvelles réalités de la
société française du début du XXIe siècle : individualisation des pratiques
culturelles ; inégalités d’accès persistantes, notamment dans les quartiers
sensibles, dans le monde rural ; fractures sociales et générationnelles et
risque du “ communautarisme culturel ”, pointés si fortement par les
travaux des sociologues ; visibilité croissante de la diversité de la société
française, immense réservoir de talents et d’ouverture au monde. Ce sont
ces réalités que doit affronter le Forum national, sans idées préconçues et
sans a priori. Je ne souhaite pas remettre en cause ce qui est au coeur de
l’action patiente et continue des pouvoirs publics depuis la création de ce
Ministère. Ce que je souhaite, c’est que nous mettions en avant les
bonnes pratiques, les expertises des acteurs culturels de terrain, le travail
des associations pour rapprocher l’offre culturelle et la demande des
citoyens.
Je voudrais répondre à la campagne de communication de la Fédération
des aveugles de France, “ Faut-être qui aujourd’hui pour être bien vu ? ”.
C’est un sujet qui me mobilise et me préoccupe particulièrement.
Je voudrais souligner les engagements du Ministère de la Culture dans le
domaine de l’accessibilité aux personnes handicapées des
établissements publics, des musées et dans le domaine de l’offre
audiovisuelle.
En ce qui concerne l’accès aux programmes télévisuels, je veillerai tout
particulièrement à ce que nous tenions les objectifs fixés par la loi de
février 2005. Il s’agit bien d’adapter la totalité des programmes du groupe
France Télévisions par le développement du sous-titrage à destination
des personnes sourdes et malentendantes et, au delà, de l'audiodescription
à destination des personnes aveugles et malvoyantes. Nous
avons signé en 2010 les Contrats d’objectifs et de moyens (COM) de l’INA
et de Radio France ; dans le cadre de la négociation cette année du
Contrat d’objectifs et de moyens (COM) de France Télévisions, je sais
pouvoir compter sur l’engagement de Rémy Pflimlin - en particulier sur
ces sujets.
Dans de nombreux musées, dans de nombreuses bibliothèques, des
dispositifs existent : parcours multisensoriels, lectures partagées dans le
noir, visites commentées en langue des signes, visites en braille. Nous
devons être plus volontaristes, en lien avec les ministères compétents sur
ces sujets. Offrir à chacun, dans son individualité, dans sa
singularité, dans son humanité, une culture mieux partagée, telle
doit être notre ambition.
De manière générale, toucher tous les publics, c’est valoriser tous les
nouveaux outils culturels dont on peut disposer. Je pense, dans le
domaine de la presse, aux web-magazines, aux médias des quartiers,
aux fanzines. Ils sont un outil de la citoyenneté, ils sont les vecteurs d’une
presse d’information qui répond aux attentes du lectorat d’aujourd’hui.
Dans le domaine de la promotion de la diversité, je souhaite que le
Ministère de la Culture et de la Communication soit davantage force de
proposition. Le “ creuset français ” s’est nourri de l’apport de toutes
ces expressions culturelles : la France est plus que jamais un “ pays
monde ” et c’est une chance.
La représentation de la diversité dans les médias doit être accentuée :
tous les constats, tous les rapports rendus sur cette question en attestent.
Je compte m’impliquer personnellement pour accélérer le mouvement
dans ce domaine, à travers notamment le nouveau contrat d’objectifs et
de moyens (COM) de France Télévisions, ou encore à travers le
renforcement du fonds “ Images de la diversité ” du CNC. La mobilisation
d’établissements comme le Quai Branly, la Cité nationale de l’histoire de
l’immigration ou l’organisation de grands évènements fédérateurs comme
“ Le grand Ramdam ” doit servir cette ambition.
La diversité c’est aussi la promotion des cultures ultra-marines avec
l’année des Outre-mer français. Le ministère de la Culture et de la
Communication sera particulièrement engagé. Nous allons donc
mettre en oeuvre le plan d’action annoncé aux Antilles et en Guyane qui
s’appuie sur la formation, la construction d’équipements culturels
emblématiques, le développement de la lecture publique et la promotion
de la diversité linguistique. A cet égard, je porte une attention toute
particulière aux Etats généraux du multilinguisme, qui se tiendront à
Cayenne en 2011. L’effort budgétaire de 7 millions d’euros
supplémentaires pour l’outre-mer décidé en 2010 sera reconduit en 2011.
Afin de mieux répondre aux attentes de ces territoires, je me rendrai à
Mayotte et à la Réunion au printemps 2011 et probablement en Nouvelle
Calédonie à la fin de l’été 2011.
II En 2011, je porterai également une grande ambition pour nos
politiques patrimoniales.
Nous avons, dans ce domaine, beaucoup accompli lors de l’année
qui vient de s’écouler. Je pense notamment au maintien des crédits
des monuments historiques, à l’attention portée au patrimoine privé,
ou encore au “ plan Musées ”.
Mettre en valeur notre patrimoine, ce n’est pas seulement nourrir le
“ culte des monuments ”, entretenir la religion des vieilles pierres,
c’est aussi renforcer l’attractivité de nos territoires et de nos
établissements. La notion de Patrimoines - au pluriel - est à cet égard
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significative : le patrimoine n’est pas figé, il est ouvert sur les dynamiques
de la société, il se façonne et se construit dans le présent. C’est dans
cette démarche que s’inscrit la charte que j’ai signée l’an dernier avec la
secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno pour mieux inscrire la mise
en valeur des sites français du Patrimoine mondial dans une logique de
développement durable.
A cet égard je me permets de souligner que l'intégration de l'architecture
au ministère est désormais acquise Je veux être le Ministre des
architectes, dès leur “ naissance ” si j’ose dire et tout au long de leur
carrière. J’entends notamment être attentif au poids économique de la
profession dans le secteur de la construction, mais aussi favoriser la
connaissance de l’architecture et sa diffusion. Je me suis personnellement
engagé pour installer au Palais de Tokyo l'Atelier international du Grand
Paris, dont le comité scientifique se compose des architectes-urbanistes
de la consultation internationale. Il sont désormais force de propositions et
de synthèse sur les grands problèmes soulevés par le Grand Paris et
permettent d’éclairer les choix des acteurs du développement de la
Région-Capitale. Cela participe de mon ambition pour une
“ intelligence du paysage ” tournée à la fois vers le patrimoine à
léguer et le futur à inventer.
Parmi les 10 musées les plus visités au monde, 4 sont des musées
français. Je voudrais à cet égard souligner quelques chiffres de
fréquentation remarquable : plus de 8,5 millions au Louvre, plus de trois
millions de visiteurs au musée d’Orsay, plus de 1,3 million de visiteurs au
quai Branly. Je veux aussi signaler le succès historique de la rétrospective
Monet au Grand Palais avec plus de 900 000 visiteurs Je ne doute pas
que la fusion récente RMN/Grand Palais permettra de favoriser encore
plus le rayonnement international de cet établissement. Tous ces signaux
sont plus que positifs et traduisent la très bonne santé de nos grands
établissements publics. Cette dynamique, j’ai décidé de l’amplifier et c’est
la raison de l’importance, par exemple que j’attache au projet de
rénovation du musée Picasso – dont le programme est désormais validé.
Mais le paysage français des musées, c’est aussi la formidable
“ mosaïque ” des 1200 musées de France présents en région, qui sont
autant de territoires méconnus et de lieux où sommeillent des trésors :
c’est le sens du “ plan Musées ” que j’ai annoncé à la fin de l’année 2010 :
il permettra sur trois ans d’accompagner les travaux et la rénovation de 79
musées en région.
Plusieurs grands projets patrimoniaux marqueront l’année 2011. Le
Musée d'arts et de civilisations de la Méditerranée (MUCEM) est le projet
culturel emblématique de la coopération entre les “ deux rives ” de la
Méditerranée. Ancré au coeur de Marseille-Provence-Capitale
européenne de la Culture en 2013, le MuCEM bénéficiera d’un
magnifique bâtiment dessiné par Rudy Ricciotti et de la “ nouvelle vie ” du
Fort Saint Jean autour d’une exposition-promenade et d’un jardin
méditerranéen de 15 000 m2 en libre accès pour tous les Marseillais. Qu’il
s’agisse de la promenade paysagère ou du contenu culturel du Fort, je
me suis personnellement très impliqué sur le sujet. Avant la fin de l’année,
l’établissement public sera créé, le projet muséographique validé, les
premiers espaces du Fort Saint Jean accessibles. A l’ère de ce que Marc
Augé appelle les “ non lieux ” et de l’uniformisation des pratiques et des
lieux de loisirs, je suis persuadé que le Ministère de la Culture et de la
Communication doit porter une grande ambition pour la préservation et la
valorisation des paysages.
J’ai décidé l’ouverture du jardin des Archives, qui s’inscrit pleinement dans
cette ambition, pour juin 2011. L'aménagement de ce nouveau lieu de
rencontre entre histoire et création sera confié à un paysagiste de
renom, Louis Benech.
Je sais qu’un conflit long, trop long, a mobilisé une partie du personnel
des Archives nationales. J’ai reçu les personnels, j’ai écouté et entendu
leurs attentes, j’ai garanti en terme de financement et d’emplois l’avenir
des Archives nationales. Mon directeur de cabinet et moi-même avons
beaucoup oeuvré pour rassurer les agents sur tous ces points.
En outre, je me réjouis de la livraison du gros oeuvre du bâtiment de
Pierrefitte dessiné par Massimiliano Fuksas. 2011 marquera la fin de la
construction de ce site, dont nous devons être fiers. Avec 66 000 m², ce
sera le centre le plus vaste et le plus moderne d’Europe : il fait entrer les
archives nationales de notre pays dans le 21e siècle et dans le Grand
Paris. Qui peut donc faire croire que je serais le “ fossoyeur des archives ”
alors même que j’ai particulièrement oeuvré pour obtenir la poursuite de
ce chantier. Je crois vraiment être le protecteur des Archives nationales et
de leur mission au service de la mémoire de notre pays.
Enfin, je voudrais évoquer le Centre national de Conservation des
Patrimoines à Cergy Pontoise, tout à la fois réserves pour les musées
nationaux, mais aussi centre de formation aux métiers des patrimoines, et
centre de restauration et de recherche. Cela fait partie des chantiers sur
lesquels nous avons, avec l’ensemble des acteurs du Ministère et les
collectivités concernés, beaucoup travaillé. En 2011, nous pourrons en
décider les contours précis. C’est vers ce type d’établissement qu’il faut
tendre, c’est ce type d’approche pluridisciplinaire que j’entends
promouvoir.
Car aujourd’hui le patrimoine, tout comme l’histoire, ne sont pas à mes
yeux des “ valeurs refuges ” : dans une société de l’hyper-présent, ils
constituent un bien commun qui donne le sens et la profondeur dont nous
avons besoin. Aujourd’hui, le devoir d’histoire nous oblige : Sans
patrimoine et sans histoire, un pays s’abîme dans l’oubli de lui-même. Ce
combat je le fais mien, notamment à travers le projet de Maison de
l’Histoire de France, dont je souhaite que le Comité d’orientation
scientifique installé il y a peu définisse librement et sereinement le
discours et les contenus. Je me suis vous le savez personnellement
investi sur ce dossier et ce Comité est le fruit d’une très large consultation
que j’ai conduite au cours des derniers mois.
III. Je souhaite porter une ambition artistique et culturelle forte pour
le spectacle vivant et la création
La dernière étude réalisée par l’Office nationale de Diffusion
artistique (ONDA) nous le montre : le spectacle vivant est l’un des
secteurs les plus dynamiques de notre pays, un secteur où spectacles et
compagnies s’exportent remarquablement. La vitalité des musiques
actuelles que j’ai pu constater au MIDEM le week-end dernier mais aussi
les productions françaises – je pense notamment aux arts de la rue, aux
arts du cirque, au jazz et aux musiques du monde - qui sont notamment
promues par le réseau culturel français à l’étranger le démontrent
amplement. Mais je sais que subsistent des fragilités en ce qui concerne
les marges artistiques. Les conférences régionales du spectacle
vivant, qui se sont poursuivies tout au long de l’année 2010, ont permis
de partager des diagnostics et d’approfondir la réflexion sur les enjeux
des années à venir. Nous devons maintenant aller de l’avant et
construire : je souhaite que 2011 soit une année de réalisations et
d’objectifs renouvelés.
C’est pourquoi j’entends conduire au cours de l’année qui vient une étude
approfondie sur la question des financements et des ressources – audelà
des subventions qui relèvent du budget du ministère -
nécessaires au développement de ce secteur. Le modèle vertueux du
CNC, qui a permis de stimuler la création cinématographique et de
favoriser sa diffusion, tout en structurant et en responsabilisant les
professionnels, doit éclairer cette réflexion.
Je n’oublie pas le domaine des arts plastiques et le chantier de
rénovation du Palais de Tokyo qui donnera naissance à une sorte de
factory à la française, au service des artistes, pour mieux faire face au
défi de la globalisation des arts plastiques.
Il apportera une nouvelle dynamique à l’égard du marché de l’art, sujet
sur lequel je me suis beaucoup engagé au cours des derniers mois, en
travaillant avec le réseau des galeristes et en organisant une importante
table ronde à l’occasion de la FIAC. Répondre à ce défi cela passe par
l’ensemble de la mobilisation des acteurs, notamment les FRAC, sur
lesquels il faut que nous engagions une réflexion à l’occasion de leurs
trente ans, mais aussi de notre réseau d’influence internationale.
Au-delà des grands événements attendus en 2011 – notamment Anish
Kapoor à Monumenta - je veux faire jouer tous les leviers pour aider les
jeunes talents et les jeunes créateurs, notamment à travers le soutien
apporté aux lieux de travail et de résidence. Je l’ai fait, il y a quelques
jours, dans le domaine de la mode avec l’initiative “ Jeunes talents ”
conduite avec le magazine Elle. Je souhaite poursuivre cette démarche
dans le domaine de la création, des arts visuels, des métiers d’art, du
design afin de tirer profit de l’excellence de nos formations dans ces
secteurs pointus où la French touch a plus que jamais un sens. C’est le
sens du fonds d'avance négocié avec l’Institut de financement du cinéma
et des industries culturelles (IFCIC) et la fondation Pierre Bergé-Yves
Saint Laurent pour les galeries d'art, qui consacre l’entrée de ces acteurs
du marché de l’art dans le champ des industries culturelles.
Favoriser cette créativité passe également par la réforme des
enseignements artistiques et je porte une attention toute particulière à la
transition vers le standard européen LMD et à la constitution de nouveaux
pôles de formation (EPCC).
La création visuelle, c’est aussi le continent immense des jeux
vidéos. Je souhaite que mon ministère renforce son action en faveur de
ce secteur très créatif, dont la filière doit être encouragée et consolidée.
Une réflexion de fond sera menée sur le statut juridique du jeu vidéo, qui
est aujourd’hui incertain et mal défini. J’ai demandé qu’on étudie la mise
en place d’un fonds de garantie pour le jeu vidéo, comme il en existe pour
le cinéma. Il permettra d’accompagner les investissements, notamment
des petites entreprises indépendantes.
IV L’ambition numérique doit être placée au service de la diversité
culturelle
Pour ma part, je suis convaincu que la création et la diffusion des
oeuvres relèvent du domaine des “ investissements d’avenir ”. La
révolution numérique nous offre une chance historique d’en démultiplier
les effets, par les opportunités qu’elle offre de rapprocher la création de
ses publics. On pourrait en dire autant de la musique en ligne pour les
concerts, de la vidéo à la demande pour les salles de cinéma – plus
fréquentées que jamais en 2010, avec plus de 206 millions d’entrées.
J’ai mis en place deux plans ambitieux : le premier concerne la
numérisation du parc de salles, qui va mobiliser 125 millions d'euros
de subventions du Centre national du cinéma et de l'image animée
sur trois ans. Toutes les salles de cinéma, y compris celles situées en
milieu rural jusqu'aux circuits itinérants, pourront ainsi se numériser et
bénéficier des avantages du numérique.
Le CNC rénové et modernisé dans ses structures et aussi dans son
financement doit voir désormais ses recettes consolidées et ses besoins
de financement évalués pour les années à venir. Il doit maintenant mieux
accompagner la numérisation de toute la filière du cinéma et de
l’audiovisuel et développer ses intervention dans les contenus destinés à
Internet et vers le jeu vidéo.
Ce sera la tâche d'une mission que je lance, en accord avec Christine
Lagarde et François Baroin et qui sera conduite par l'Inspection générale
des finances et l'Inspection générale des affaires culturelles.
C’est la logique qui préside à l’adoption du décret SMAD ainsi que la
proposition de loi sur le Livre numérique qui a été votée au Sénat. Il s’agit
bien de placer le numérique au service de la diversité de l’offre culturelle.
De manière plus générale, pour aider les créateurs et les entreprises
des industries culturelles à relever le défi du marché global, j’ai obtenu
l’an dernier que leurs projets puissent bénéficier d’un montant de 750 M€
au titre des investissements d’avenir. Ce programme est aujourd’hui
bien engagé et j’y ai veillé étroitement sur chaque projet important, en lien
avec René Ricol. L’un des premiers projets aidés dans le domaine culturel
par le Fonds pour la société numérique (FSN) devrait concerner la
numérisation des livres indisponibles du XXe siècle. Ainsi l’ensemble
de ces savoirs, pour l’instant perdu, redeviendra accessible à tous. Audelà
c’est tout notre patrimoine écrit, en particulier grâce à la BNF, qui
devrait être rapidement numérisé et mis en ligne. Le deuxième projet
permettra de numériser et d’offrir en ligne plus de 3 000 longs métrages
– c’est presque un doublement de l’offre légale de films. D’autres projets
qui concernent la photographie mais également la presse, à travers la
mise en place d’un kiosque numérique de la presse, relèvent pleinement,
eux-aussi, de la logique des investissements d’avenir.
Vous l’avez compris, je souhaite faire en sorte que le numérique soit
une solution et non un obstacle pour la création et la diversité culturelle.
Si l’on veut, pour reprendre les termes du Président de la République,
contribuer à “ civiliser internet ”, il nous faut endiguer les effets parfois
destructeurs de la révolution numérique. Je pense à la rémunération des
créateurs qui subissent de plein fouet le prix du piratage de leurs oeuvres,
autrement dit l’expropriation de leurs droits. Nous avons beaucoup oeuvre
dans ce domaine et je souhaite que 2011 soit l’année des réalisations.
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La mise en place de l’Hadopi a été un acte fondateur. J’ai veillé à
la mise en oeuvre des préconisations de la mission “ Création et
Internet ”, au premier rang desquelles la Carte musique, et les 13
engagements que j’ai pris avec les acteurs de la filière. Nous nous
sommes ainsi dotés des outils qui, très bientôt je l’espère, permettront à
toute la filière musicale de “ sortir la tête de l’eau ”.
Aujourd’hui pourtant, loin de l’échec annoncé par certains, et de la
catastrophe technologique prophétisée, l’Hadopi est une institution en
ordre de marche. Elle adresse d’ores et déjà des recommandations : plus
de 100 000 internautes ont été “ rappelés à la loi ” en quelques
semaines.
C’est une institution qui monte en puissance rapidement, c’est une
institution qui invente jour après jour la “ pédagogie de la
responsabilité ” à l’ère numérique voulue par le législateur.
La Carte musique a été elle aussi l’un des chantiers majeurs de
l’année écoulée. Il s’agit à mes yeux d’une mesure essentielle de soutien
et d’accompagnement de la filière musicale vers le numérique. Elle
contribuera, j’en ai la conviction, et les professionnels le confirment tous, à
réhabituer les jeunes amateurs de musique à se tourner vers une
offre légale désormais abondante et attractive. Avec 50 000 cartes
vendues, nous avons la confirmation que la carte musique fonctionne. Ce
résultat est cependant en dessous de nos espérances. Aussi j’ai demandé
à mes services de travailler très rapidement à l’amélioration du site
internet, afin de le rendre plus simple et plus ergonomique. Je vais
engager une vaste campagne de communication, des actions de
sensibilisation dans les établissements scolaires et de nouvelles facilités
d’accès, notamment pour les téléphones portables.
Dans le domaine de l’information et des médias, l’ambition de la diversité
des expressions et le maintien du pluralisme guide également mon action
pour l’année à venir. A l’issue d’une large concertation avec la profession,
j’ai annoncé la transformation du système des aides à la presse afin
d’assurer dans la durée la pérennité et la stabilité économique des titres.
L’un des enjeux actuels est celui de la diffusion. C’est pourquoi je
préciserai dans les prochaines semaines les contours d’un plan de
soutien conséquent aux diffuseurs de presse. Je souhaite travailler
dans les meilleurs délais avec la profession et j’envisage de mettre en
place - dans un périmètre qu’il convient encore de finaliser – pour 2011
une aide exceptionnelle aux diffuseurs. Dans la perspective de cette
mesure d’urgence à laquelle nous devrions consacrer un minimum de 10
millions d’euros, je souhaite porter une attention toute particulière aux
kiosquiers et aux diffuseurs, durement touchés par les grèves de
décembre.
C’est ce principe d’équité territoriale qui me guide également dans le
passage au tout numérique pour la télévision, qui marque l’année 2011.
Bien que notre culture des écrans voie ses supports se démultiplier, la
télévision reste le média de masse de référence, qui touche tous les
foyers et toutes les générations. La mutation technologique qui s’opère
actuellement est aussi importante que le passage du noir et blanc à la
couleur ; elle va multiplier l’offre de programmes et va nous permettre de
tirer le meilleur profit de la convergence des médias. Dans cette phase de
transition, il est essentiel que personne ne soit laissé au bord du chemin ;
je pense en particulier aux personnes âgées, aux foyers modestes, aux
zones rurales éloignées. L’année 2011 est une année charnière en France
et en Outre-mer et je serai particulièrement attentif à ce que nous
réussissions pleinement cette transition.
La télévision c’est aussi, bien sûr, un acteur essentiel de notre projection
à l’international. Je pense d’abord à l’Europe et à la nouvelle équipe qui
va prendre la tête d’ARTE, ce fleuron qui doit continuer à jouer son rôle
d’aiguillon et de découvreur de talents, autour de Véronique Cayla. Je
pense à la poursuite de la réforme de l’Audiovisuel extérieur de la France
(AEF) qui doit faire l’objet de toutes nos attentions pour garantir le climat
de sérénité et de professionnalisme qu’elle requiert. Je pense enfin à la
nécessité de repenser les relations entres créateurs, producteurs et
diffuseurs, afin que les fictions françaises gagnent un public plus large et
puissent mieux s’exporter.
Quand je pense par exemple au succès des séries télévisées, ce
nouveau genre narratif dans lequel les producteurs et scénaristes français
doivent pouvoir trouver toute leur place, je prends la mesure de ce que la
notion de “ diversité culturelle ” implique pour les acteurs privés, pour les
créateurs mais aussi pour la puissance publique. Cette promotion passe
par un renforcement des outils juridiques dont nous disposons et par une
stabilisation des normes internationales, à propos de laquelle il convient
de faire entendre notre voix. Dans notre travail quotidien, notre dialogue
avec Bruxelles et les institutions communautaires est constant. Je me
réjouis d’avoir engagé un dialogue très constructif avec la vice-présidente
de la Commission en charge du numérique, Nelly Kroes et avec la
Commissaire Vassiliou. Je ne parle pas simplement de la question des
aides d’Etat et de la concurrence, mais aussi du projet d’une TVA à prix
réduit sur les biens et services culturels en ligne. La mission confiée à
Jacques Toubon va pouvoir concrétiser cet objectif qui nécessite un travail
de persuasion et de conviction de nos partenaires européens. En Europe,
la fiscalité et le droit doivent s’adapter au plus vite aux évolutions
technologiques par lesquelles nous ne devons pas nous laisser dépasser.
Au niveau européen comme au niveau international, en lien avec mes
collègues du gouvernement, je veux placer la promotion de la diversité
culturelle au coeur de notre action et de notre positionnement, tant en
termes de droit commercial que de droit de la propriété intellectuelle. Elle
doit pouvoir s’appuyer sur des actions de valorisation qui doivent éviter
l’écueil des postures défensives : je pense notamment à la langue
française et à la promotion de la diversité linguistique. Et je me réjouis de
vous annoncer la mise en place prochaine, avec le CNL, la Délégation
générale à la langue française, le CNRS et l’Institut français, d’un
programme de traduction massif vers l’anglais de la production française
dans le domaine des sciences humaines, afin que les débat d’idées
internationaux puissent continuer à s’écrire au pluriel, car comme le disait
Jean-Jacques Rousseau dans une formule de l’Emile que le Président
Abdou Diouf apprécie particulièrement, “ Les têtes se forment sur les
langages, les pensées prennent la teinte des idiomes ”.
Si nous ne voulons pas que promotion de la diversité culturelle se résume
à un vain mot ou à un appel éphémère aux bonnes volontés, nous nous
devons d’engager au plus haut niveau la discussion sur l’avenir du droit
d’auteur. C’est le sens de la demande que m’a faite le Président de la
République pour organiser un sommet ministériel sur cette question à
l’occasion de la présidence française du G20. En effet, pour l’invention
des modèles économiques de demain, la France se doit non seulement
d’être présente, mais également d’être exemplaire sur les valeurs qu’elle
veut promouvoir et sur lesquelles elle s’est engagée. Je ne crois pas à un
“ bug made in France ”, je ne crois pas aux capitulations. Face à la
numérisation sauvage des livres, face à la mise en péril de la
rémunération de tous les créateurs, il est urgent de mobiliser tous nos
partenaires sans délais et je compte m’y impliquer personnellement.
Dans la grande transformation que connaissent les modèles économiques
de la culture et de la communication, la préservation du dynamisme et de
l’inventivité de nos entrepreneurs passe aussi par le dialogue et le travail
de prospective. Je pense à l’étude mené par le Département d’Etudes et
de Prospective de mon ministère dans le programme Culture et médias
2030. Je pense également au dialogue avec la société civile et les acteurs
du secteur privé que nous menons au sein du Forum d’Avignon. Je pense
enfin au Groupe d’intérêt scientifique (GIS) que je vais très prochainement
installer sur Culture, médias et numérique. Sur tous ces points, se tourner
vers l’avenir c’est savoir anticiper, c’est se donner les moyens de choisir
entre ce que nous désirons et ce que nous ne pouvons pas subir. Je
vous remercie.