Mesdames, Messieurs,Chers ami(e)s,

L’an dernier j’évoquais devant vous le frisson d’inquiétude qui parcourt les
comédiens le jour de la première d’une pièce importante. Je suis
aujourd’hui face à vous dans un tout autre état d’esprit : depuis plus d’un
an, depuis ma nomination rue de Valois, nous avons échangé, nous avons
dialogué, nous avons aussi appris à nous connaître. Consulter, écouter,
réfléchir, je l’ai fait pour répondre à cette exigence du philosophe Henri
Bergson : « Agir en homme de pensée, penser en homme d’action ».
Nourri par cette méthode, je peux désormais avancer devant vous des
priorités, une vision et une ambition.
Je suis donc particulièrement heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour
ce moment que je sais très attendu : la présentation du budget 2011 du
Ministère de la Culture et de la Communication.
C’est aussi l’occasion de dégager les orientations générales et les
grandes priorités que je donne à mon action à la tête du Ministère.
Notre pays connaît une crise profonde de ses finances publiques ;
rarement le contexte a été aussi dur, aussi exigeant pour la négociation du
budget du Ministère. Comme je l’ai dit au cours de l’été à nombre d’entre
vous, que j’ai rencontrés à l’occasion de mon « tour de France » des
festivals, je me suis engagé et battu pour maintenir notre ambition
culturelle et pour préserver cet « Etat culturel » parfois décrié ici, souvent
admiré en Europe et dans le monde.
Le résultat est là : le budget de la Culture et de la Communication pour
2011 est un bon budget, en hausse de 2,1 %, soit 154 millions d’euros de
plus que cette année. Le budget de la mission Culture augmente de 1,1 %
et celui des Médias, du livre et des industries culturelles de 2,8 % (y
compris les recettes de la contribution à l’audiovisuel public, exredevance).
C’est la traduction d’engagements clairs et d’une ambition
réaffirmée en faveur de notre patrimoine, de notre création et de nos
médias.
Alors que la plupart des pays européens ont choisi de tailler, parfois
massivement, dans les budgets de la Culture, la France a fait un choix
différent. Nous avons décidé de préserver et de sanctuariser les crédits de
ce Ministère. C’est un résultat dont je suis particulièrement fier pour ce
Ministère pour ses agents, pour ses opérateurs, pour ses établissements.
Comme l’a rappelé le Président de la République à l’occasion de
l’inauguration du Centre Pompidou-Metz en mai dernier, l’offre culturelle
est un élément déterminant de notre attractivité et de notre développement
économique. Elle est créatrice d’emploi, elle pérennise des savoir-faire et
une expertise sollicités par de nombreux partenaires.

Comme je l’ai rappelé la semaine dernière à l’occasion de la conférence de
presse aux cotés de la Secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, Nathalie
Kosciusko-Morizet, la culture est bien un investissement d’avenir.
Développer l’offre numérique légale, valoriser les contenus culturels
présents sur le net, favoriser la R&D, c’est créer une filière économique
culturelle, c’est développer l’emploi culturel de demain.
Dans cette période de transformations profondes, nous devons être
lucides : en cinquante ans, depuis la création du ministère de la Culture : la
société n’a pas cessé de se transformer, à un rythme sans cesse accru.
Nombre des outils conçus pendant les « Trente Glorieuses » ne
correspondent plus tout à fait à la réalité du pays. La « grande maison »
inventée par André Malraux a accompagné ce changement, ses
compétences et ses domaines d’intervention se sont élargis, amplifiés,
diversifiés pour s’ouvrir aux nouveaux médias et aux nouvelles
technologies. Dans ce nouveau paysage culturel mouvant, les défis sont
multiples : Comment répondre à l’individualisation de l’accès aux biens
culturels ? Comment prendre le tournant de la numérisation ? Comment
répondre à la fracture générationnelle et sociale afin de promouvoir une
culture mieux partagée ?
II est de ma responsabilité de répondre mais aussi d’anticiper ces
évolutions de nos modes de vie et de nos pratiques culturelles. Afin de
promouvoir ce que j’appelle la « Culture pour chacun », la mission qui est
la mienne au Ministère de la Culture et de la Communication consiste à
préserver et valoriser notre patrimoine, notre création artistique, nos
médias mais aussi à donner corps à ce que seront les industries
culturelles, les médias dans 20 ans, dans 30 ans voire plus. C’est pourquoi
j’ai défini les huit priorités qui mobiliseront le budget du ministère et
animeront mon action au cours de l’année à venir :
1. Mettre en valeur notre patrimoine avec un effort porté sur les régions.
2. Poursuivre les grands projets culturels et architecturaux, avec la création
et la rénovation de bâtiments à forte visibilité internationale
3. Préserver le dynamisme du secteur du spectacle vivant
4. Relever le défi de l’enseignement et de la transmission
5. Promouvoir la culture numérique
6. Soutenir les industries culturelles.
7. Pérenniser le soutien apporté à la presse.
8. Accompagner le secteur audiovisuel public.
Pour l’ensemble de ces priorités, une attention forte sera accordée à la
politique culturelle menée dans les régions ultra-marines, auxquelles je
tiens particulièrement.
C’est donc guidé par ces chantiers et ces objectifs prioritaires que je
souhaite vous présenter les grands chiffres du budget de mon Ministère
pour l’année 2011.
Dans le domaine des Patrimoines, le soutien de l’Etat est une fois encore
renouvelé avec plus de 868 Millions d’euros consacrés à ce secteur, soit
une augmentation de 1,6%. Mettre en valeur notre patrimoine, ce n’est pas
seulement nourrir le « culte des monuments » cher à Aloïs Riegl, entretenir
la religion des vieilles pierres, c’est aussi renforcer l’attractivité de nos
territoires. La notion de Patrimoines - au pluriel - est à cet égard
significative : le patrimoine n’est pas figé, il est ouvert sur les dynamiques
de la société, il se façonne et se construit dans le présent. De l’archéologie
à l’architecture en passant par les grands sites industriels, mais aussi la
langue française et les langues de France, les patrimoines sont une
richesse vivante. Par ailleurs, la valorisation de ces patrimoines est
créatrice d’emplois : elle valorise les métiers d’art et permet le
développement du tourisme culturel. C’est pourquoi un effort particulier est
réalisé au profit des crédits déconcentrés en régions.
Conformément au souhait du Président de la République, les moyens
alloués aux Monuments historiques sont maintenus au niveau du budget
de 2010, soit 375 Millions d’euros, incluant les 10 millions d’euros de taxe
sur les jeux en ligne affectés au Centre des Monuments nationaux (CMN).
L’effort réalisé en faveur des crédits d’entretien est consolidé. Il permettra
de poursuivre une véritable politique préventive. A terme, cet effort
constitue évidemment une source d’économie en matière de restauration :
« mieux vaut prévenir que guérir » et entretenir plus aujourd’hui, c’est
investir pour avoir moins à restaurer demain.
L’effort réalisé en 2010 en faveur des Monuments Historiques
n’appartenant pas à l’Etat était sans précédent. Il se poursuit en 2011 pour
atteindre 53 % de la dotation des crédits alloués aux Monuments
Historiques en général. C’est un signal à l’attention des collectivités
locales, c’est aussi un engagement permettant de soutenir le secteur des
entreprises qui opèrent dans le domaine des Monuments Historiques.
Le budget 2011 se caractérise également par le démarrage du « Plan
musées », que j’ai annoncé il y a quelques semaines. C’est une priorité
forte affichée par le ministère, qui mobilisera près de 70 millions d’euros
sur le projet de loi de finances 2011-2013. A l’aube du XXIe siècle, faciliter
cette rencontre et offrir à chacun, dans chaque territoire, une part d'un
patrimoine universel, doit être une ambition renouvelée pour mon ministère.
Ce plan entend assurer un rééquilibrage territorial, renforcer les projets les plus
aboutis – sur le plan du projet scientifique, de l’ambition culturelle et de
l’engagement des collectivités territoriales. Il concerne 79 établissements –
rénovations, extensions, constructions – répartis sur l’ensemble du territoire.
Dans ce dispositif, l’Etat joue pleinement son rôle d’incitateur : il s’agit de créer
un effet levier favorable au développement de l’attractivité des territoires.
Mais cette ambition pour les régions ne doit pas faire oublier notre engagement
en faveur des grands établissements publics, acteurs majeurs de la politique
patrimoniale à l’échelle nationale et internationale. En témoigne la construction
du MUCEM par l’architecture Rudy Ricciotti, mais aussi la rénovation du
musée Picasso.
Ces deux projets immobiliers sont emblématiques de la politique de grands
projets du ministère que je poursuis. Ils apportent ainsi leur contribution à
l'excellence architecturale de notre pays : ils sont une vitrine et un vecteur
de rayonnement pour la création contemporaine.
La Maison de l’Histoire de France, annoncée par le Président de la République
à Lascaux le 9 septembre dernier s’inscrit dans cette ambition. C’est un grand
projet qui permet d’apporter un nouveau souffle à 9 musées nationaux dont les
collections sont exceptionnelles. Ce réseau sera ouvert à la communauté des
chercheurs, à la communauté des historiens, il sera ouvert aux nombreux
musées d’histoire présents en région mais aussi aux musées européens
(Berlin, Turin). La Maison de l’Histoire de France sera mise en place dans le
courant de l’année 2011 ; elle s’installera auprès des Archives nationales à
Paris, confirmant le rôle central de ces dernières dans la mémoire de la nation
et dans le développement de la recherche historique.
Je veux m’attarder un instant sur les Archives nationales car beaucoup de
contre-vérités ont été dites ces derniers jours à ce sujet. Sur le programme
Patrimoines, le budget 2011 permet d’achever la construction du nouveau
Centre des archives de Pierrefitte. Le bâtiment dessiné par Massimiliano
Fuksas sera livré, comme prévu, à la fin de l’année 2011. Je souhaite, à cet
égard insister sur l’effort exceptionnel fait par le ministère sur le budget 2011
pour ce projet en crédits d’investissements (50 M€ en 2011 pour achever un
projet d’un coût total de 244 M€). S’agissant des emplois, je confirme que la
cible d’un effectif de 515 à l’ouverture du site de Pierrefitte début 2013 sera
atteinte. Je rappelle que les archives partaient d’un effectif de 370 emplois
fin 2006 ! J’ai eu l’occasion d’annoncer aux syndicats des archives, je le
confirme aujourd’hui, la mise en place d’un plan de recrutement qui
permettra d’atteindre l’effectif de 515 à l’ouverture de Pierrefitte. Dans le
contexte actuel de la RGPP et du non remplacement d’1 fonctionnaire sur
2 partant à la retraite, il s’agit là d’un signal fort pour le secteur des
archives dans son entier. J’ajoute que le budget de fonctionnement des
archives sera également fortement augmenté.
Le centre de Pierrefitte sera le plus vaste et le plus moderne d’Europe, il
proposera sur 62 000 m2 plus de 320 km linéaires d’archives et une salle de
lecture de 350 places pour les documents postérieurs à 1790.
C’est ce grand projet pour les Archives à Pierrefitte, priorité de mon budget
pour 2011, qui permet que le site parisien des archives – dans le quadrilatère
de Rohan-Soubise – accueille la Maison de l’histoire de France après le
déménagement d’une partie des fonds d’archives à Pierrefitte programmé en
2013.
Tant le projet de Pierrefitte que la maison de l’Histoire de France expriment
donc une grande ambition pour nos archives, ces fonds où reposent le passé
de tous – célébrités comme anonymes – ces fonds où se côtoient les
chercheurs expérimentés et les «historiens du dimanche » (Philippe Ariès).
C’est la manifestation d’un engagement profond en faveur de notre mémoire
collective ; c’est aussi la volonté de mettre en lumière le travail réalisé, souvent
dans l’ombre, par les conservateurs des archives.
Le secteur de la création n’a pas été oublié. Il bénéficie d’un budget de 736
millions d’euros, soit une hausse de 1,7 %, qui permet notamment la
pérennité des budgets pour le spectacle vivant en région et le lancement
des travaux de rénovation du Palais de Tokyo.
Le spectacle vivant en régions bénéficiera d’un budget de 276 millions
d’euros, soit une enveloppe préservée par rapport à 2010. Je me suis
beaucoup engagé pour garantir cette priorité, dans un contexte difficile en
matière de finances publiques et de réorganisation du rôle de l’Etat.
Contrairement à ce que j’entends parfois, il n’y a donc aucun
désengagement de l’Etat. Nous maintenons notre soutien en faveur de la
création et de l’émergence de jeunes créateurs. Nous garantissons
également le soutien aux grandes institutions dédiées à la création et à la
diffusion de la danse, de la musique, du théâtre, des arts de la rue et du
cirque.
Conformément aux conclusions des Entretiens de Valois, le ministère
poursuit la réforme du secteur du spectacle vivant. Ce dossier avance : le
nouveau cahier des charges des missions et des labels est prêt à être mis
en oeuvre en 2011. Une circulaire d’application est en cours de diffusion.
L’année 2011 sera également caractérisée par la mise en oeuvre de la
réforme des aides destinés aux équipes artistiques, avec de nouvelles
modalités de fonctionnement pour les Comités d’experts. Cette stabilisation
des crédits exige de la part des opérateurs et des établissements
responsabilité et dialogue : les attentes des publics ont changé, les formes
du spectacle vivant ont évolué. Dans un contexte marqué par le métissage
des formes, dans un paysage européen en pleine évolution, ne pas
transformer le panorama de la création aujourd’hui, ce serait mettre en péril
les formes d’expression de demain.
Dans le domaine des arts plastiques, je souhaite souligner le chantier de
rénovation des espaces inférieurs du Palais de Tokyo, qui bénéficiera de
près de 15 millions d’euros en 2011. Il est un élément central de l’offre
culturelle nationale dans le domaine des arts plastiques. Les nouveaux
espaces qui ouvriront au printemps 2012 permettront de présenter la
création artistique dans toute son amplitude, des talents émergents aux
artistes plus confirmés, notamment de la scène française. Parallèlement, je
souhaite engager une véritable réflexion sur notre politique de promotion
de l’art contemporain en région, dans le cadre du dialogue renouvelé que
j’entends mettre en oeuvre avec les collectivités locales.
Je souhaite également renforcer la place et l’attractivité de Paris sur le
marché de l’art, comme le souhaitent beaucoup d’acteurs de la création
contemporaine. Pour la dimension internationale – dimension essentielle
dans un monde ouvert et connecté par de multiples réseaux - le budget du
Ministère de la Culture et de la Communication est mis au service de
l’accueil des cultures étrangères en France, de la promotion de notre
expertise auprès des professionnels de la Culture, enfin du soutien aux
créateurs et aux industries culturelles à l’international. Le Ministère
contribuera ainsi à l’organisation de l’année du Mexique en France, à
l’année Liszt, au festival culturel estonien. Je souhaite m’engager
pleinement dans cette stratégie de rayonnement, aux côtés du Ministère
des Affaires étrangères et de l’Institut français, actuellement en phase de
constitution.
Ce partenariat repensé et modernisé exige de poursuivre le chantier
prioritaire de la transmission des savoirs et de la « culture pour chacun ».
Je pense en premier lieu à l’éducation culturelle et artistique. La réussite de
ce projet repose sur l’assimilation des outils facilitant l’accès à la culture
dès le plus jeune âge, c’est-à-dire au sein même du système scolaire. Des
pas très importants ont déjà été faits en partenariat avec Luc CHATEL,
mon collègue de l’Education nationale. La diffusion d’un enseignement
d’histoire des arts à tous les niveaux scolaires est aujourd’hui bien avancé :
depuis 2008 en primaire, depuis 2009 au collège, et enfin depuis la rentrée
au lycée. Je souhaite que le caractère obligatoire de cette nouvelle
discipline soit confirmé chaque année davantage. Car nous devons avoir à
l’esprit qu’il ne peut y avoir de démocratisation culturelle sans agir sur les
conditions d’appropriation des oeuvres par le public, par tous les publics.
Je souhaite également rassurer les établissements d’enseignement
supérieur qui dépendent du Ministère : le budget qui leur est consacré est
en hausse de 3% soit 225,5 M , Nos écoles € d’architecture, le
Conservatoire national supérieur de Paris, celui de Lyon, la Fémis, les
Beaux-Arts, la Villa d’Arson, l’Ecole du Louvre, pour citer quelques
exemples, sont des écoles dont l’excellence est reconnue et qui forment
quelque 36 000 étudiants dont le taux d’insertion professionnelle à trois ans
du diplôme est de plus de 75 %. Je veux rassurer leurs directeurs et leurs
enseignants : leurs emplois seront sanctuarisés, la règle du nonremplacement
d’un fonctionnaire sur deux ne les concernera pas.
Cette priorité attachée à l’enseignement supérieur et à l’éducation
artistique et culturelle appartient à une politique globale de transmission
des savoirs et d’accessibilité renforcée, notamment à destination des
publics les plus éloignés de l’offre culturelle : les quartiers, les personnes
handicapées, les territoires ruraux. J’annoncerai dans les prochaines
semaines un Plan culture en milieu rural, fruit d’une large concertation
entre les collectivités locales, les associations et les professionnels de la
culture. C’est toute l’ambition que je porte de la Culture pour chacun, une
offre respectueuse de la diversité de la société française, une offre
accessible à chacun et en tout lieu, une offre adaptée aux nouveaux
modes de consommation permettant de réduire la fracture entre les
générations et de renforcer le « vivre ensemble ». Les crédits pour
l’éducation artistique et culturelle et l’accès à la culture seront augmentés
de 3 M€ pour atteindre 77 M€, ce qui nous permet de préserver tous les
dispositifs en faveur des publics spécifiques, d’accélérer la numérisation
des contenus culturels mais aussi de lancer de nouveaux appels à projets.
D’importantes manifestations prévues en 2011 comme « L’année de
l’Outre Mer » participeront de cette ambition en faveur de la diversité et du
dialogue entre les cultures du monde. Autre illustration de cette orientation
forte, des Etats généraux du multilinguisme se tiendront à Cayenne à la fin
de l’année 2011.
Nos industries culturelles sont aujourd’hui placées devant le défi de la
concurrence mondiale et devant les enjeux technologiques liés au
développement de la numérisation et de la circulation des contenus et des
oeuvres sur internet. C’est un continent immense, ce doit être aujourd’hui la
« nouvelle frontière » de notre action permettant de construire l’économie
de la culture de demain.
J’entends réaffirmer, dans ce budget 2011, un puissant soutien aux
industries culturelles.
Les priorités accordées au cinéma et à l’audiovisuel sont réaffirmées en
2011.
Dans le domaine du cinéma, j’ai conduit personnellement une bataille pour
préserver les financements de la filière économique du cinéma, dans le
cadre de la discussion budgétaire sur les niches fiscales. L’arbitrage du
Président de la République traduit une exigence forte : la préservation du
système français de financement de la création cinématographique et
audiovisuelle, qui est partie prenante de l’exception culturelle française en
Europe.
Les soutiens mis en oeuvre par le CNC progressent en 2011. Les moyens
alloués au fonds de soutien atteindront 750 millions d’euros
La numérisation des salles de cinéma constitue un autre chantier
stratégique et prioritaire. Un effort financier sans précédent de 125 M€ sur
trois ans sera consenti par les pouvoirs publics dans le cadre du plan de
modernisation de notre parc en faveur de l'équipement des salles et des
circuits itinérants. L'aide au numérique s'ajoutera, bien sûr, au maintien des
dispositifs d'aide à l'exploitation existants : aides automatiques et sélectives
à l'investissement et au fonctionnement dont le montant dépasse 80 M€
annuels. C'est bien plutôt l'expression d'une volonté politique qui
reconnaît le rôle du cinéma dans la culture de notre pays, telle qu'elle s'est
forgée au cours de l'histoire.
Les dispositifs fiscaux viennent compléter les soutiens directs du CNC : le
crédit d’impôt international en faveur des tournages étrangers - instrument
incitant les productions internationales à réaliser leurs tournages et leurs
prestations techniques dans notre pays - les crédits d’impôt cinéma,
audiovisuel et jeux vidéo seront pérennisés.
Le chantier de la numérisation du patrimoine français de films est
également engagé. Il s’agit de rendre les chefs-d'oeuvre du cinéma
accessibles sur les nouveaux réseaux et dans les salles numérisées, sur
tous les supports du futur : projection numérique, DVD Haute définition,
VOD, etc. À cette fin, il est prévu, comme je l’ai confirmé il y a quelques
jours, d'avoir recours aux « Investissements d'avenir », pour venir en appui
des investissement privés des détenteurs de catalogue. Cette numérisation
va concerner plus de 3 000 titres de longs métrage et, je l’espère, le
continent immense du cinéma muet.
La politique du livre et de la lecture, maillon primordial de la politique
culturelle, doit être soutenue tout le long de la chaîne du livre.
L’action en faveur du développement de la lecture est essentielle. C’est
pourquoi j’ai annoncé en mars dernier 14 propositions pour le
développement de la lecture en direction des partenaires : collectivités
territoriales, associations. Ces propositions s’inscrivent dans une
dynamique pluri-annuelle et elles donneront lieu en 2011 notamment à un
nouveau projet pour la Bibliothèque publique d’information, à la signature
de Contrats Territoire-Lecture avec plusieurs collectivités territoriales, à des
contrats numériques pour les bibliothèques territoriales et à l’accroissement
des moyens accordés aux associations qui oeuvrent au développement de
la lecture.
J’ai eu l’occasion d’évoquer assez longuement la question de l’édition et du
tournant numérique à l’occasion de la conférence de presse consacrée aux
« investissements d’avenir ». Je serai donc bref. Dans le domaine de l’écrit,
au regard de la stratégie de numérisation lancée par Google, l’objectif est
de faire une proposition nationale, légale et concertée. Ce projet unique en
Europe consiste à numériser les livres indisponibles du XXe siècle sous
droits, à partir d’un consortium associant partenaires publics – je pense
bien entendu à la BNF, déjà engagé dans un important programme de
numérisation - auteurs et éditeurs. A terme, ce sont près de 400 000 livres
qui seront numérisés et auxquels nous donnerons une nouvelle vie. Avec
environ 70 000 livres numérique sur les 600 000 livres en version papier,
l’offre française est encore embryonnaire, mais elle est appelée à se
développer : elle est à même de créer une filière économique et une
expertise française. Dans ce domaine, je fais partie des convaincus : le
livre numérique est la aujourd’hui la « nouvelle frontière » de l’édition et
qu’il sera demain un univers commun.
Dans cette perspective, le rôle du Centre National du Livre est réaffirmé
dans le budget 2011 : il permettra aux éditeurs, quelle que soit leur taille,
de bénéficier d’une nouvelle politique numérique et poursuivra son action
vis-à-vis des libraires traditionnels et des libraires en ligne.
Le soutien à la librairie, vecteur essentiel de la diversité éditoriale repose
notamment sur la création du label « librairie indépendante de référence ».
406 librairies ont jusqu’alors été labellisées et constituent autant de lieux de
contacts et de rencontres entres auteurs.
Enfin, je veux réaffirmer mon attachement au prix unique du livre, loi de
régulation fondamentale, qui a permis de préserver dans notre pays la
diversité éditoriale et les librairies qui la font vivre. Le vote d’une
proposition de loi sur le prix unique du Livre numérique à l’initiative du
Sénat est un sujet d’actualité sur lequel les directions de mon Ministère
travaillent en lien avec les Parlementaires.
La loi dite HADOPI illustre notre volonté de régulation des marchés,
notamment sur Internet. D’autres pays européens (le Royaume Uni, la
Suède) sont désormais prêts à adopter ce dispositif pédagogique, qui
repose sur une réponse graduée, sur des messages d’avertissements
adressés aux internautes. Il ne s’agit pas de surveiller et punir mais bien de
contrôler et de garantir, en d’autres termes de « civiliser » internet. Dotée
d’un budget de 12 millions d’euros en 2011, la Haute Autorité est
désormais une réalité, elle est en ordre de marche, sous la conduite de sa
Présidente, Marie-Françoise Marais. Les crédits alloués lui permettront de
favoriser le développement de l’offre légale, de garantir la protection des
oeuvres contre le téléchargement illégal mais aussi d’observer les usages
licites et illicites.
La culture est en effet pleinement inscrite dans l’économie mondiale et je
veillerai aussi à réguler et soutenir le marché des médias, à favoriser la
création, à protéger la notion d’oeuvre.
Il s’agit de favoriser l’épanouissement de nos medias et de nos productions
culturelles dans le cadre d’une offre diversifiée et pluraliste.
Dans le sillage des états généraux de la presse de 2009, il a été décidé de
confirmer l’aide exceptionnelle en faveur de la presse.
Avec un budget de 420,5 millions d’euros, l’Etat confirme ses engagements
contractuels à l’égard du secteur. Il n’y a aucun désengagement. Nous
entendons accompagner les mutations d’un secteur profondément touché
par la crise. Par cet effort financier qui rest exceptionnel malgré le contexte
économique le gouvernement veut plus que jamais garantir le pluralisme
des idées, la vitalité du débat démocratique mais aussi la qualité des
contenus et la spécificité du métier de journaliste.
Au cours des dernières années, le gouvernement a pleinement joué son
rôle de pilote du changement : il a identifié, avec les professionnels, les
grands enjeux industriels du secteur. Je pense à la distribution de la
presse, à la révolution numérique. Le budget 2011 confirme l’engagement
en faveur de l’innovation et de l’investissement, grâce notamment au fonds
d’aide aux services de presse en ligne. Je rappelle qu’il est doté du même
montant que celui affecté au développement industriel et au plan massif
d’aide au développement du portage.
La contribution massive destinée à repenser les modèles économiques de
la presse à l’issue des Etats généraux n’a cependant pas affecté le
dispositif des aides. Il l’a en revanche rendu plus complexe, moins lisible.
Présenté le 8 septembre dernier le rapport Cardoso invite à une remise à
plat de la philosophie du système des aides à la presse. Il confirme
l’engagement profond de l’Etat en faveur du pluralisme des opinions dans
la longue durée. Il ne s’agit en aucun cas d’un désengagement de l’Etat,
bien au contraire. Le vrai problème n’est pas tant le montant des aides que
leur destination. Ce vers quoi nous devons nous projeter, c’est une
intervention de l’Etat qui puisse pleinement jouer son rôle de levier. Ce
vers quoi nous devons aller, ce sont des entreprises d’information fortes,
indépendantes, capables d’enrichir durablement le débat public. Nos
priorités sont et resteront les mêmes avant ou après Cardoso : garantir la
liberté de la presse et assurer sa transition vers un modèle d’avenir.
Cette ambition en faveur d’une démocratie vivante et pluraliste, c’est aussi
celle qui détermine le soutien renouvelé à l’audiovisuel public, dont le
budget progresse de 3,4% en 2011 pour atteindre près de 4 milliards
d’euros, en additionnant le budget général et les ressources de la
contribution à l’audiovisuel public (ex redevance).
La réforme de la télévision publique décidée par le Président de la
République s’est traduite par la loi du 5 mars 2009. La suppression
progressive de la publicité sur France Télévisions et la rénovation de son
organisation, donnent au groupe les moyens de son ambition éditoriale.
Cette loi transforme également profondément le modèle économique du
groupe France Télévisions, lui permettant une approche stratégique plus
fine. La télévision publique, forte de ses valeurs, doit à présent développer
une offre de programmation ambitieuse, en termes de culture, de
connaissance et de création permettant un rajeunissement des publics.
« Etrange lucarne » à ses origines, elle est aujourd’hui un sismographe des
tendances et des évolutions de la société et à cet égard porteuse d’une
mission de citoyenneté et d’une certaine idée du « vivre ensemble ».
Le projet de loi de finances prévoit donc une dotation de 2,1 milliards
d’euros, issue de l’ex-redevance audiovisuelle), en progression de 2,6%. A
cela s’ajoute une dotation de 0,4 milliards d’euros, issue du budget général,
qui complète le financement des missions de service public du groupe. Le
montant global de ressource publique qu’il est proposé d’accorder à France
Télévisions en 2011 est donc de 2,5 milliards d’euros.
C’est une dotation révisée eu égard au plan d’affaires 2009/2012, du fait du
dynamisme des recettes commerciales. Toutefois, elle ne remet nullement
en cause l’objectif d’un résultat équilibré en 2011 ainsi que les ambitions
éditoriales et technologiques du Groupe, notamment le haut niveau
d’investissement dans le domaine de la création audiovisuelle et
cinématographique française et européenne.
Outre France Télévisions, les dotations 2011 destinées aux autres
organismes de l’audiovisuel public sont en progression. Elles permettent de
financer leurs orientations stratégiques tout en respectant les contrats
d’objectifs et de moyens signés avec l’Etat :
ARTE France (+9,9 millions d’euros, +4,1%) : Il s’agit de favoriser un effort
soutenu en faveur de l’extension de la diffusion de la chaîne Cette
progression doit aussi lui permettre de jouer pleinement son rôle de
diffusion de la culture et de financement d’un cinéma plus exigeant.
Radio France (+22,7 millions d’euros, +3,9%,) : Cette progression,
conforme au COM 2010-2014 signé en juillet dernier, vise à appuyer le
renforcement de l’offre des antennes – notamment France Bleu et le Mouv’
– mais aussi à permettre le développement des nouvelles technologies,
notamment le podcast, auquel les auditeurs des différentes stations ont
massivement recours.
L’INA (+4,6 millions d’euros, +5,4%) : conformément au COM 2010-2014, il
s’agit de favoriser la poursuite du plan de sauvegarde et de numérisation,
de permettre la mise en oeuvre du dépôt légal du web et de garantir le
développement d’INA Sup, pôle d’excellence en matière d’enseignement
supérieur et de recherche dans le domaine de l’image.
Je veux enfin évoquer les crédits alloués à la société en charge de
l’Audiovisuel extérieur de la France. Ils sont en hausse de 5,3%, soit une
augmentation de 16,8 millions d’euros. L’augmentation des ressources
publiques inscrite au budget pour la société AEF témoigne du soutien de
l’Etat à la stratégie proposée.
RFI, France 24 et TV5 Monde, sont désormais engagés dans une
dynamique commune et dans une ambition partagée. Je pense par
exemple à la rédaction arabe, qui travaille désormais en commun avec
celle de France 24 et fait bénéficier la télévision internationale d’information
en continu de son expertise et de ses talents
Elles sont une fenêtre sur la France et sur sa culture presque partout dans
le monde ; ce sont aussi des « regards français » qui proposent des clefs
pour comprendre les dynamiques du monde contemporain.
Le passage à la télévision numérique terrestre (TNT) est l’un des défis
majeurs que nous avons à relever au cours de l’année 2011 : c’est une
véritable « révolution de l’image» qui attend les téléspectateurs. C’est un
défi exaltant, c’est une chance exceptionnelle, notamment en termes de
qualité d’image et de vision.
D’ici le 30 novembre 2011, la diffusion analogique hertzienne traditionnelle
laissera progressivement place à la TNT sur l’ensemble du pays. Les
bénéfices de ce passage à la télévision tout numérique sont multiples : il
permettra tout d’abord d’achever la couverture du territoire par la TNT, et
de multiplier ainsi par 3, avec 18 chaînes nationales gratuites, l’offre de
services de télévision diffusés par voie hertzienne terrestre.
Pour la majorité de nos concitoyens qui reçoivent la télévision par une
antenne classique et souhaitent continuer à bénéficier de la télévision
gratuite, l’opération d’équipement pour recevoir les chaînes de la TNT est
dans la majorité des cas simple et peu coûteuse. Les téléspectateurs les
plus âgés et les foyers les plus modestes seront accompagnés dans cette
mutation équivalente au passage à la couleur.
Pour accompagner cette transition historique, le Ministère de la Culture et
de la Communication engagera, en 2011, un effort considérable de 131
millions d’euros, ce qui porte à 333 millions la somme consacrée en 3 ans
à ce « saut technologique ». Ces sommes financeront une campagne
nationale d’information au bénéfice de l’ensemble de la population, un
fonds d’aide au bénéfice des foyers les plus démunis ainsi que les frais de
fonctionnement du Groupement d’intérêt public (GIP) « France télé
numérique ».
Vous savez la place très particulière que les radios associatives occupent
dans le paysage radiophonique français. Seul média audiovisuel de
proximité qui couvre l’ensemble du territoire national, elles s’adressent en
priorité à des populations isolées ; elles ont une mission d’intégration
sociale et sont au coeur du « vivre ensemble ».
Le Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale (FSER), dont les
aides bénéficient à plus de 600 radios, bénéficiera de 29 millions d’euros,
soit de 2 millions d’euros de plus qu’en 2009.
Cette nette progression permettra de tenir compte de l’augmentation du
nombre de radios associatives autorisées par le Conseil supérieur de
l’audiovisuel (CSA) en FM.
Comme vous le voyez, les chantiers que je conduis au Ministère de la
Culture et de la Communication ne manquent pas : il sont divers, ils sont
intimement liés à l’attractivité et au développement de notre économie, ils
ont prise sur les défis de l’économie mondiale et de l’ère numérique. Plus
que jamais, ce ministère doit être le garant de « l’exception française » et
d’une certaine idée de l’oeuvre, de l’auteur et des métiers de la culture.
Toute mon ambition consiste à préserver son périmètre d’action, mais
aussi à favoriser l’ouverture de nouveaux « territoires » pour nos artistes et
nos créateurs, en d’autre terme anticiper ce que deviendra la Culture
française au XXIe siècle. C’est tout l’enjeu des investissements d’avenir et
de mon choix résolu en faveur de la numérisation. Il s’agit bien de projeter
nos créateurs et nos industries culturelles vers l’horizon mondial, vers
l’économie d’aujourd’hui et les marchés de demain.
Cependant, ne nous y trompons pas, rien ne remplacera le contact visuel,
sensible, charnel avec un tableau, avec une symphonie, avec un corps en
mouvement sur une scène de théâtre. Je crois à la puissance d’évocation
des lieux qui furent habités par l’histoire, par les illustres comme par les
sans grades, par les grands hommes comme par le peuple. Je crois à la
sauvagerie indomptable de la création artistique, à l’instant suspendu
pendant lequel le rideau s’ouvre et la lumière s’efface. Je crois également
que l’écran individuel – aussi pratique et tactile soit-il - ne remplacera
jamais la puissance poétique de l’image projetée sur le grand écran d’une
salle de cinéma, l’émotion collective qu’elle provoque et le frisson qu’elle
suscite.
C’est fort de cette conception exigeante que j’entends défendre l’action de
ce Ministère : ce budget 2011 le manifeste. Si les pratiques culturelles
internationales se diversifient et s’appuient sur des réseaux de moins en
moins institutionnels, je suis persuadé que le modèle français de
développement culturel reste pertinent, à condition de se transformer et de
miser sur l’innovation et la création. C’est toute l’ambition qui guide mon
action rue de Valois afin de faire du « petit ministère » créé par Malraux il y
a un peu plus de 50 ans le conservatoire par excellence de la Mémoire,
d’un rapport au monde où, pour reprendre la formule de Malraux, « l’art est
un anti-destin » - mais aussi le grand Ministère ouvert à la nouvelle
création, à l’innovation et au dialogue entre les cultures.
Je vous remercie.