Chère Yvette Chauviré,

Votre vie est une partition dansée. Votre nom se confond avec l’histoire de
la danse, avec sa légende pour ainsi dire. Vos interprétations, notamment
de Gisèle et du Lac des Cygnes, vos créations, et votre implication dans
l’enseignement témoignent de votre fidélité pour le ballet. Vous avez
incarné la danse, vous l’avez magnifié par votre volonté, par votre beauté
et par votre grâce.

Langage corporel universel, la danse est votre univers depuis votre plus
tendre enfance. Étoile parmi les étoiles, vous êtes considérée comme la
plus grande ballerine française, l’une des rares danseuses étoiles à avoir
reçu le titre de « prima bellerina assoluta ».

Votre carrière exceptionnelle vous a valu d’être remarquée par les plus
grands chorégraphes. Après avoir intégré le Corps de ballet de la
compagnie de l’Opéra en 1934, vous avez eu le bonheur de jouer avec
Rudolf Noureïev dans Giselle (1949), avant qu'il ne vous confie le rôle de la
Comtesse dans Raymonda. Vous avez également créé les ballets de
Serge Lifar tant à l’Opéra de Paris qu’à Monte Carlo. Votre technique, votre
aisance et votre grâce ont été maintes fois applaudies en France et à
l’étranger. Votre vie a été traversée par les plus grands rôles du répertoire
que vous avez proposés sur les plus grandes scènes : le London Festival
Ballet, la Scala de Milan, le nouveau Ballet de Monte-Carlo, le ballet du
Bolchoï.

J'ai appris avec plaisir que vous aviez joué dans différents films,
embrassant une carrière cinématographique rare pour une danseuse
étoile. C'est d'abord Jean-Benoît Lévy qui vous choisit pour son magnifique
film, La mort du Cygne en 1937, puis la comédie de Maurice Tourneur,
Pêchés de jeunesse. Je me souviens vous avoir vu dans le merveilleux
Carrousel Fantastique d'Ettore Giannini en 1954.

Votre amour de la danse s’est accompli dans la transmission de cet art, en
étant notamment professeur de la magnifique Marie-Claude Pietragalla, de
la lumineuse Sylvie Guillem. Très vite, vous devenez conseillère technique
et artistique à l'Opéra de Paris où vous donnez des cours de style. Vous
avez fondé une école française à l’Académie de danse de Kyoto au Japon,
et vous avez dirigé l’Académie Internationale de danse. Vous n’avez pas
seulement été une étoile filante mais avez laissé une trace profonde dans
la mémoire du ballet.

Votre renommée est telle que vous êtes un exemple pour toutes les
ballerines en devenir. Un film, Yvette Chauviré, une étoile pour l'exemple
vous a ainsi été consacré et rend compte de votre immense talent, ce
talent que vous n'avez eu de cesse de développer. Cette vie si riche et si
extraordinaire, vous nous l'avez laissé dans une très belle autobiographie,
co-écrite avec le sculpteur Gérard Mannoni.

Soucieuse de former, soucieuse de faire mieux connaître les acquis de
votre exceptionnelle carrière, vous avez offert en 2008 au département
des Arts du spectacle des documents inédits sur votre relation à la danse
et à la mise en scène ainsi qu’un grand nombre de costumes et
accessoires. Vous avez ainsi concilié l’exigence et la transmission de l’art
du ballet, dont vous êtes l’une des figures les plus solaires et les plus
rayonnantes du siècle passé.

Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons Grand Officier de la Légion d’honneur.