Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Député, Monsieur leMinistre,Monsieur le Vice-Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, déléguéà la culture,Monsieur le Maire d’Arles, Vice-président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône,Monsieur le Président des Rencontres d’Arles, Monsieur le Ministre,Monsieur le Directeur des Rencontres,Chers amis de la Fondation LUMA, chère Maja HOFFMANN,Mesdames et Messieurs,Chers amis,

Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous ici aujourd’hui, en Arles, et
d’abord pour une raison personnelle. C’est que ces nouvelles Rencontres sont
un peu pour moi comme un anniversaire, celui de mon tout premier déplacement
en tant que ministre de la Culture et de la Communication. J’en suis forcément
un peu ému. Mais plus profondément, par-delà le jeu des dates et des retours du
calendrier, je suis ému et heureux d’être parmi vous parce qu’à mes yeux, Arles
est l’un des lieux de France qui correspond le mieux à ma conception de la
culture, de ce que j’appelle, vous le savez, « la culture pour chacun ».
Pourquoi cet idéal de la « culture pour chacun » se sent-il tellement chez lui en
Arles ?
Eh bien je crois d’abord que c’est parce qu’il n’y a peut-être pas de ville dans
notre pays qui sache mieux associer et articuler de manière aussi intelligente le
patrimoine le plus riche et la création la plus innovante. Or, cet entrelacement
heureux de l’héritage et de l’imagination est l’un des défis de « la culture pour
chacun », dans la mesure où chacune des passerelles entre le passé et l’avenir
est aussi un chemin vers le public. « La culture pour chacun », c’est tout sauf
une forme de schizophrénie culturelle qui se solderait par deux intimidations en
miroir : celle du tout-ancien et celle du trop-moderne.
Et justement, aucune ville mieux qu’Arles n’est à la fois un écrin patrimonial hors
pair et en même temps sait faire aussi bien dialoguer les strates
impressionnantes de son devenir historique – l’héritage romain, la profondeur
des méditations médiévales dont les pierres gardent la mémoire, la beauté
poignante et paradoxale de l’âge industriel – avec la modernité qu’incarne par
excellence l’art photographique, dans la mesure où il a été le premier à donner
une place aussi importante à la technique et même à la technologie.

Or, la photographie est, depuis quelques années de surcroît, en en pleine
expansion et révolution, en vertu précisément de son inscription
nécessaire et porteuse dans l’espace évolutif des nouvelles technologies.
Par là, elle rencontre un autre enjeu prioritaire de ma « mandature », le
numérique, qui constitue une véritable révolution pour tous nos secteurs
de la culture et de la communication, et qui est l’un des grands vecteurs
de la « culture pour chacun » en vertu de son extraordinaire puissance de
créativité et de renouvellement, comme de son potentiel exceptionnel en
termes de diffusion des images, des savoirs et des oeuvres.
« Culture pour chacun » car, par le numérique plus encore qu’autrefois –
même si l’argentique et le polaroïd portaient déjà en eux cette popularité –
la photographie est art particulièrement ouvert à la pratique amateur et
participe de cette conviction que la culture doit avoir non seulement des
croyants – qui fréquentent avec ferveur ses grand-messes –, mais aussi
ses pratiquants, plus humbles peut-être, mais qui sont les relais des
innovations et le terreau de la sensibilité artistique. Il y a sans doute aussi,
à un certain niveau, une évidence du voir dont bénéficie la photographie
comme art et comme pratique, même si cette évidence n’occulte pas, bien
sûr, les subtilités qui innervent et structurent plus ou moins secrètement la
belle surface de l’image de la « pellicule » et de ses avatars numériques ;
tant il est vrai, que comme le disait NIETZSCHE, « rien n’est plus profond
que la peau ».
« Culture pour chacun », enfin, parce que ces Rencontres sont
exemplaires d’une manifestation « capitale » qui ne se passe pas dans la
capitale… Et qui, pourtant, n’a pas eu besoin d’un programme spécifique
de délocalisation… Il s’agit bien d’une entreprise locale dont le succès
national et même mondial est tellement acquis qu’il n’est même plus
nécessaire de préciser dans le nom qu’il s’agit des Rencontres
« internationales » de la photographie : chacun sait qu’un « colloque
international », c’est un lieu où l’on rencontre un ou deux amis belges ou
un « Américain à Paris », et 99% de Français… – je plaisante
naturellement ! Bref, les Rencontres d’Arles sont un modèle de réussite
d’une opération culturelle internationale en région, une émanation et une
construction des artistes, des édiles et des habitants qui rencontre l’intérêt
de chacun et s’est acquis, en plus de quarante ans, le soutien de l’Etat et
l’attention des plus grands mécènes. A cet égard, je tiens bien sûr à
remercier très chaleureusement mon amie Maja HOFFMANN et sa
Fondation LUMA, qui a su mettre sa passion et sa générosité au service
de ces Rencontres auxquelles elle croit plus que tout autre, et faire appel
aux meilleurs pour donner un nouveau visage à ces Ateliers qui sont un
peu le laboratoire du photographe de demain. Je vois, en outre, que la
photographie est, grâce à vous, en train de réussir sa mutation et d’entrer
de plain-pied dans l’ère des grands pôles qui est précisément la forme par
excellence que prend actuellement la dimension internationale. Elle
transforme l’essai de la pluridisciplinarité en s’ouvrant sur les autres
domaines, notamment de l’édition et en bénéficiant pleinement de son
ancrage dans la ville de la traduction et de la maison la plus ouverte peutêtre
aux littératures du monde entier, je veux bien sûr parler des éditions
Actes Sud.
Alors, je ne vais pas détailler le très riche programme de ces Rencontres
que nous nous avons le plaisir d’ouvrir ensemble aujourd’hui. Je sais
qu’elles sont placées sous le signe de la profusion et de la promenade, six
déambulations – plus artistiques que monastiques ! – qui nous invitent,
dans une liberté toute vacancière et presque buissonnière, à une
rencontre de la photographie dans tous ses états.

Nous avons eu déjà, aujourd’hui, la joie de découvrir quelques-unes de
ces merveilleuses images qui surgissent et vous tirent par la manche
presque à chaque coin de rue. Cette profusion, cette exigence et cette
inventivité sont à la mesure de cet événement unique au monde.
Et c’est bien parce que je considère la photographie comme l’un des
grands enjeux de patrimoine et de création que j’ai confié à un membre de
mon cabinet de suivre personnellement la « Mission de la photographie »
que j’ai créée en mars dernier et dont je réserve la primeur à la fraîcheur
de demain matin, à l’occasion de ma conférence de presse. J’espère, en
maintenant un peu le « suspense », donner un peu de « piquant » à mon
discours et éviter, autant que possible de me montrer trop « lourd » en
étant trop long…
Voilà. Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite à tous et à
chacun de magnifiques promenades et d’excellentes Rencontres.