Monsieur l’Assesseur à la Culture de la ville de Turin, Fiornezo AlfieriMonsieur l’Assesseur à la Culture de la région Piémont, Michele CoppolaMonsieur le Préfet,Monsieur l’Ambassadeur, cher Jean-Marc de la Sablière,Madame la Consule générale de France, chère Véronique Vouland-AneiniMonsieur le Président de l’Alliance française, cher Alain Elkann,Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration,Monsieur le Secrétaire général de la Fondation Alliance française, Jean-Claude JacqMesdames et Messieurs, chers amis,

Je reviens avec grand plaisir à Turin, dans cette capitale du Piémont qui a
vu naître tant de grands artistes et tant de grands projets culturels : Cesare
Pavese, Primo Levi, mais aussi l’Arte Povera, Giuseppe Penone – que j’ai
eu le plaisir de décorer il y a quelques semaines, Michelangelo Pistoletto,
et vous-même Monsieur le Président, cher Alain Elkann, qui avez publié
dans notre langue les portraits délicats de Piazza Carignano mais aussi Le
Père français, hommage sensible à votre père, lui qui fut à l’origine de tant
d’initiatives culturelles entre l’Italie et la France. Votre belle région, le
Piémont, et votre ville sont un laboratoire culturel, un foyer de création et
d’expérimentation majeur en Europe.
Turin est aussi la porte d’entrée naturelle de la France. Une fois les Alpes
franchis, nombre de voyageurs se sont retrouvés dans cette Outre-mont
avec le sentiment de rencontrer un paysage qui ne leur est pas totalement
étranger, à l’image de Stendhal dans son Voyage en Italie. Les liens
historiques, culturels et linguistiques de la France et du Piémont ont en
effet façonné une relation singulière, faite d’attraction et de réciprocité. Des
souveraines de la Cour de Savoie, à l’image de Christine de France, fille
d’Henri IV – votre Madama Cristina – aux émigrants piémontais partis vers
la France au début du XXe siècle, à l’image d’Aldo Platini venu s’installer
en Lorraine après la Grande Guerre, les relations personnelles et les liens
d’affection qui unissent la France et le Piémont ne se sont jamais
démentis.
Aujourd’hui l’intensité des relations économiques et les grands projets
permettant de relier la France et l’Italie mobilisent encore cette vision
partagée, ouverte sur l’Europe et sur les larges horizons. Pour entretenir
cette perspective commune, la langue et la culture sont assurément des
instruments de premier ordre : c’est toute l’ambition de notre diplomatie
culturelle et de notre action de rayonnement dans le monde, c’est depuis
plus d’un siècle la mission de l’Alliance française forte d’un réseau mondial
et d’une expérience confirmée au service de la diffusion de la langue et de
la culture française.
Je ne doute pas que l’Alliance française de Turin, créée au début de
l’année 2010, tête de réseau d’un ensemble riche de 50 établissements
répartis dans toute la péninsule, saura cueillir cet héritage et le transmettre,
en lien avec le Service culturel de l’Ambassade de France et le futur Institut
français, auquel mon Ministère entend apporter son appui et son expertise.
Je me félicite à cet égard de la convention triennale 2011-2013 signée
vendredi dernier entre le ministère des Affaires étrangères et la Fondation
Alliance française, qui renforce le partenariat scellé entre les alliances
françaises et les Instituts français - amenés à être l’appellation unique des
anciens centres et instituts culturels dans le monde.
Fenêtres sur la France, sur sa langue, sur sa littérature, sur sa création, les
Alliances françaises jouent un rôle de premier ordre dans le rayonnement
de notre langue et de notre culture dans le monde. Elles jouent un rôle de
passeur car il n’y a rien de tel que d’entendre le « bruissement de la
langue » - pour reprendre Roland Barthes – afin de se familiariser avec un
paysage culturel. Elles sont aussi des lieux d’échanges et de coopération
avec les institutions et les acteurs culturels locaux, dont beaucoup sont
présents aujourd’hui.
Grand ville universitaire, avec plus de 100 000 étudiants, Turin abrite le
siège de l’Université franco-italienne, traduction de l’importance de la
relation bilatérale dans le domaine de la formation de haut niveau et dans
le domaine de la recherche. Turin est aussi un lieu d’excellence dans le
domaine du Livre, avec la Fiera del Libro dirigée par Ernesto Ferrero –
brillant traducteur du Voyage au Bout de la nuit de Céline – dans le
domaine de l’art contemporain – avec la présence de collections de très
haut niveau au Castello di Rivoli et dans les fondations Merz et Sandretto
Rebaudengo, sans oublier l’activité des galeristes et des acteurs
émergents. Qui peut oublier les rétrospectives consacrées au cours des
dernières années à Philippe Pareno, à Adel Abdessemed ou bien les Luci
d’artista avec la belle installation de Daniel Buren devant le Palazzo di
Città ? Au cours des dernières années, Turin a accueilli avec engouement
et passion la nouvelle scène française des arts visuels.
Avec l’auditorium de la RAI et celui du Lingotto, l’offre en matière de
répertoire symphonique est tout à fait exceptionnelle. Par ailleurs, les
théâtres et opérateurs du spectacle vivant ont toujours développé une
attention particulière à l’égard de la création française, à l’image du festival
Torino Danza dans le domaine de la danse, du Festival delle Colline dans
le domaine de la dramaturgie contemporaine, du festival Teatro a Corte
dans le domaine des arts de la rue. Je ne voudrais pas oublier le 7e art,
avec le Museo nazionale del Cinema et son directeur, Alberto Barbera,
membre du jury du dernier Festival de Cannes.
Je sais que des partenariats ont été noués au cours des années
précédentes avec le Service culturel de l’Ambassade de France : je ne
doute pas que l’Alliance française saura elle-aussi être un pont et un trait
d’union pour répondre à la « demande de France ». En Piémont plus
qu’ailleurs en Italie, la langue française est la langue du voisin, la langue
qui offre d’autres possibles pour les jeunes en terme d’emplois et de loisirs.
Les coopérations transfrontalières qui se sont développées au cours des
dernières années, avec l’appui de l’Union européenne, témoignent de ce
lien singulier et puissant entre la France et le Piémont. De nombreux
projets ont vu le jour dans le domaine de la coopération linguistique – à
l’image de « l’Ecole du voisin » entre le Piémont et le rectorat de Grenoble
– mais aussi dans le domaine de la coopération culturelle. Je pense
notamment au très beau projet transfrontalier Carta bianca entre la Scène
nationale Malraux de Chambéry et le Festival delle Colline torinesi : faire
circuler les artistes, créer des réseaux, coproduire, ce sont les outils d’une
relation plus forte et plus aboutie en Europe, au service de la connaissance
mutuelle. Vous pouvez compter sur l’engagement de l’expertise de
services de mon Ministère, et notamment de l’ONDA [Office national de
diffusion artistique], pour développer ces réseaux européens ; qui sont au
coeur de notre ambition pour une Europe de la culture. Je suis certain que
le nouveau cadre de l’Euro-région Alpes Méditerranée contribuera
fortement à ce renforcement des liens et des coopérations dans tous les
domaines, notamment culturels.
Je veux enfin évoquer les coopérations prochaines et notamment la
perspective du 150e anniversaire de la proclamation de l’Unité italienne à
Turin en 2011. Je sais que vous y attachez une très grande importance,
cher Alain Elkann, et je ne doute pas que vous saurez trouver les
manifestations et les événements adéquats pour célébrer l’amitié et les
liens puissants entre nos deux peuples. Depuis le soutien militaire et
diplomatique apporté par Napoléon III au projet cavourien jusqu’aux liens
tissés par l’’immigration italienne en France, une relation singulière, faite de
proximité et de complicité, s’est instaurée entre la France et l’Italie. Que
l’on songe à Yves Montand, à François Cavanna, à Sylvie Testud ou
encore à Michel Platini, la « part d’Italie » qui sommeille chez nombre de
nos compatriotes est fortement présente : elle est inséparable d’une
relation singulière à la langue, à l’univers esthétique, à la mémoire des
lieux.
Je ne doute pas que nous saurons trouver les moyens de célébrer la
vitalité et l’actualité de cette relation à l’occasion des grandes
manifestations qui ponctueront cette année de commémorations à Turin,
mais aussi ailleurs. Je suis en effet persuadé que cette relation doit se
nourrir de la réciprocité : les jeunes auteurs de langue italienne sont
connus et traduits en français, les dramaturges – je pense à Ascanio
Celestini, à Emma Dante, à Pippo del Bono – sont représentés,
d’importants projets engagent nos deux Ministères, à l’image de la
Bibliothèque numérique européenne Europeana. Ils sont un des éléments
majeurs de la relation de confiance et de proximité entre nos cultures et
nos artistes.
Cela passe bien entendu par la compréhension et la connaissance de la
langue de l’autre. Je souhaite donc que l’Alliance française de Turin soit
l’un des maillons de cette longue chaîne. Forte d’un Conseil
d’administration de très haute qualité, soutenu par un réseau mondial à
l’expertise reconnue, inscrite dans un quartier en pleine transformation et
en devenir [San Salvario], elle est aujourd’hui un « coin de France » dans
Turin, elle sera demain un acteur culturel majeur dans la relation entre le
Piémont et la France.
Dans L’art de vivre, le grand écrivain piémontais Cesare Pavese,
merveilleux conteur de ces paysages du Piémont pré-alpin où coulent les
torrents et où les arbres s’effeuillent une fois le rigoureux hiver advenu,
affirme : « On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants ».
Je suis certain que les Turinois qui aiment la France et la langue française
se souviendront dans les années à venir de cet instant qui nous rassemble.
Je vous remercie.