J’apprends avec une très vive émotion la disparition d’Annie Girardot.C’est un moment douloureux pour le cinéma qui perd l’une de sesgrandes étoiles, mais aussi pour le public, avec qui elle entretenait unelongue et chaleureuse complicité.

L’admirable combat qu’elle menait contre la maladie en continuant à
jouer (tourné en Russie, le film « Les brasseurs d’affaires » marquait ses
50 ans de carrière), nous l’aura montrée fidèle jusqu’au bout à son amour
du cinéma. Elle fut une immense comédienne, bien sûr, mais aussi une
dame au grand coeur, une femme engagée et volontaire à tous les âges
de sa vie et de sa carrière.
Inoubliable Nadia dans « Rocco et ses frères », l’un de ses plus grands
rôles en 1960, bouleversante Gabrielle Russier dans « Mourir d’aimer »,
elle s’était dédiée, à sa manière franche et originale, tour à tour
bouffonne et dramatique, à la cause du féminisme : « La proie pour
l’ombre » d’Alexandre Astruc, « Vivre pour vivre » de Lelouch, « Elle
cause plus, elle flingue » d’Audiard, et tant d’autres comédies devenues
des morceaux d’anthologie. Annie Girardot incarnait un type d’héroïne
moderne, fonceuse et frondeuse, qui séduisait autant qu’elle fascinait.
Assez osée pour rechercher les métiers et les rôles les plus durs -
chauffeur de taxi, médecin, commissaire de police – elle touchait encore
à la parfaite vérité du jeu d’actrice en mère abusive dans « La Pianiste »
de Michael Haneke en 2001. Avec sa gouaille généreuse, sa simplicité
communicative et sa voix si caractéristique, elle était une actrice
extraordinairement populaire.
Trois César, plus de 150 films, un rôle fétiche interprété au théâtre
pendant près de trente ans, « Madame Marguerite » : la grande carrière
d’Annie Girardot est semée de lauriers, de bonheurs mais aussi de
moments de fragilité et d’émotion. Sa déclaration d’amour au cinéma,
lors de la cérémonie des César en 1996, l’ovation dont elle fut suivie,
resteront une manifestation inoubliable de son extraordinaire et généreux
charisme. Elle a brûlé les planches comme elle a brûlé la vie : avec
l’humanité et la profondeur dramatique qui plaisaient tant au public.