Qu’est-ce qu’un Maître d’art ? À l’instar des Trésors Nationaux Vivants
du Japon, les Maîtres d’art sont porteurs de savoir-faire exceptionnels
qu’ils se doivent de transmettre. La nomination en qualité de Maître d'art
vise à soutenir le vaste champ des métiers d'art. Créé en 1994 par le
ministère de la Culture, le titre de Maître d’art a depuis été décerné à
cent sept professionnels d'excellence. Porteur d'un talent, d’une
expérience et d’une compétence rares, le Maître d'art s'engage à
transmettre ses connaissances et son tour de main à un élève qualifié
afin qu'il les perpétue.

Depuis 2010, le ministère de la Culture et de la Communication décerne
ce titre tous les ans afin de valoriser un patrimoine immatériel
d’exception et d’encourager sa transmission. Pour ce faire, le Maître
d’art reçoit une allocation annuelle de l'État, d'un montant de 16 000
euros, dans le but de proposer une formation de haut niveau pendant
trois ans à un élève.

Frédéric Mitterrand a distingué six professionnels d'excellence, dont le
brodeur François Lesage, nommé Maître d'art à titre honorifique pour
l'ensemble de sa carrière. Le remarquable savoir-faire et l' exceptionnel
talent de ces artisans concourent au rayonnement de pratiques
artistiques dans des domaines aussi variés que l'imprimerie, les arts
plastiques, le design, la céramique, la mode, le livre et l'édition. Cette
nouvelle promotion met également en lumière la riche collaboration
entre Maîtres d'art, artistes et designers contemporains.

Joël Bertin, fondeur de caractères typographiques
Dernier fondeur en activité en Europe, Joël Bertin est chef d’équipe au
sein de l’Atelier du Livre d’Art et de l’Estampe depuis 2003. De la refonte
des caractères de l’Imprimerie nationale, en passant par les services
photocomposition, prépresse et fabrication, il se forge une solide
expérience désormais reconnue à l’international. Il collabore en effet
avec des artistes du monde entier tels que Zanuzucchi, Ra Anan Levy
ou de nombreux éditeurs d'art comme Maeght, Editart-Genève, éditions
de la revue Conférence, Agencia Literaria Carmen Balcells ou encore
les éditions Traces. Joël Bertin a également développé de nouvelles
techniques innovantes, comme l'adaptation de certaines fondeuses au
point Didot ou encore la fonte de l'attache avec fente pour fermoir à la
japonaise pour le livre de Miquel Barcelo.

Gérard Borde, céramiste
Après des débuts prestigieux au sein de la Manufacture de Sèvres où il
participe à la production de sculptures d’artistes contemporains aussi
différents que François-Xavier Lalanne, Zao Wou Ki ou encore France
Franck, Gérard Borde crée, à Limoges, un atelier de recherche et
production céramique afin de développer du design d’objets. Itinérant, il
oscille désormais entre Limoges, où il occupe les fonctions de Directeur
technique du Centre de Recherche sur les Arts du Feu et de la Terre
(CRAFT), et Tarbes où il enseigne à l’Ecole Supérieure d’Art et de
Céramique. Il réalise et coordonne des projets contribuant à l’innovation
industrielle, cherchant constamment les limites du matériau céramique.
Sur plus de quatre vingt projets, citons Vitrail en lithophanie de porcelaine
réalisé en 2004 avec Philippe Favier. Entre création personnelle et
collaborations avec Marc Couturier, Martin Szekely ou encore Yann
Kersalé, Gérard Borde n’a de cesse de s’ouvrir vers de nouveaux projets
artistiques d’exception.

François Lesage, brodeur
Héritier d’une longue tradition de brodeurs pour la haute couture et le prêt
à porter, il fait ses premières armes pour les collections singulières d’Elsa
Schiaparelli. Après un apprentissage au sein de l'atelier familial, il
s’envole pour les États-Unis pour ouvrir un atelier sur l’avenue la plus
célèbre de l’Ouest américain, Sunset Boulevard, où le savoir-faire et la
virtuosité qu’il a acquis en France lui ouvrent rapidement les portes des
studios d'Hollywood. Mais le décès de son père met fin à cette aventure,
et en 1949, il reprend son atelier.
Au cours des années soixante, son talent novateur s’épanouit et
s’émancipe du poids de la tradition. Il expérimente des matériaux
nouveaux, des traitements de matières audacieuses et compte parmi sa
clientèle de grands noms de la mode tels que Lanvin, Givenchy, Dior,
Chanel, Grès, Patou, Yves Saint Laurent. C’est au cours des annéesquatre-
vingt qu’il rencontre Christian Lacroix, puis, dix ans plus tard,
Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier pour lesquels sa maison produira
des chefs d’oeuvre. Son ambition ne s'arrête pas là. En 1992, il fonde une
école de broderie pour transmettre et perpétuer son art, où viennent se
former des étudiants et des amateurs de broderie du monde entier. En
2002, sa maison entre dans la galaxie Chanel, et il devient pour Karl
Lagerfeld un partenaire irremplaçable, il dira : « Je ne conçois pas de
mode sans broderie, ni de broderie sans Lesage. »
Créateur inspiré et interprète des plus célèbres couturiers, il a réalisé la
plus grande collection de broderie pour la couture dans le monde.

Laurent Nogues, créateur graphique en gaufrage, dorure et
incrustation
À peine diplômé de l’Ensaama, Laurent Nogues fonde sa société
Créanog en 1994, inscrivant son entreprise dans l’héritage spirituel des
Créations Fournier, longtemps dirigées par son père. Aux savoir-faire
exceptionnels dans le domaine du gaufrage, du marquage à chaud et de
l’incrustation sur papier, il apporte la dimension supplémentaire de la
création graphique qui lui ouvre les portes des clients les plus
prestigieux : Christian Dior Parfums, Chanel, la Monnaie de Paris,
Cognac Lheraud. Laurent Nogues fonde, par la suite, un pôle de gestion
de fabrication qui permet de proposer une offre beaucoup plus globale. Il
va alors créer pour Frédéric Malle, Thierry Mugler, Cartier, sans oublier
Yves Saint Laurent, maison pour laquelle il imagine des coffrets de Noël
en 2006, ou encore les Cognacs Hennessy en 2010 avec la conception
de l’identité graphique du Château de Bagnolet.

Yves Parisse, tailleur, graveur sur cristal (maison Baccarat)
Yves Parisse entre dans la prestigieuse maison Baccarat, en 1975,
comme apprenti, puis gravit un à un tous les échelons pour accéder à la
responsabilité de chef de l'atelier de taille gravure et grosse décoration.
Son métier consiste à intervenir après le travail du verrier pour décorer à
la main des verres, des vases, des carafes, des bijoux, des lustres... Il
crée des motifs linéaires, géométriques, des facettes, des biseaux, tout
en creusant le verre pour obtenir un décor ou créer une nouvelle forme.
Dans le cadre de son atelier, Yves Parisse occupe une place particulière
et centrale car tous les travaux d'exception y sont exécutés, y compris la
lustrerie. Il définit, en lien avec le bureau d'étude, les conditions de
fabrication de chaque objet afin de respecter l'esprit voulu par chacun des
artistes contemporains et des designers avec lesquels il collabore :
Philippe Starck, Elie Top, James Hayon, ou encore Ora Ito.

Michaël Woolworth, lithographe, éditeur d’art
La spécialité de Michaël Woolworth se concentre sur les techniques
d’impression sur des presses manuelles (lithographie sur pierre, bois
gravé, monotype, linogravure, eau-forte) et sur une activité éditoriale,
mettant son savoir-faire au service d’artistes contemporains. Il débute aux
côtés de Franck Bordas et collabore avec des artistes de renom, dont
Jean Dubuffet, pour réaliser, outre une vingtaine de planches, ses
Exercices lithographiques. L’expérience de ses collaborations avec Daniel
Pommereulle, Jorge Camacho et bien d’autres artistes le conduit à de
nouvelles pratiques comme le bois gravé, la linogravure, la gravure au
carborundum et le monotype, grâce à la presse à gravure. L'activité
éditoriale de Michaël Woolworth et la mise en place d'expositions, pour
défendre et diffuser l'art de l'estampe contemporaine, s'est
considérablement accrue ces dernières années : par exemple au château
de Chambord, des expositions monographiques sur Marc
Desgrandchamps, Jean-Michel Othoniel ou Djamel Tatah ont été
présentées pour montrer leurs collaborations avec l'atelier.

A l'occasion de ces nominations, des pièces uniques des nouveaux
Maîtres d'art seront présentées au public, du 23 novembre au 15 janvier
2012, dans les espaces d'exposition du ministère de la Culture et de la
Communication (Galeries du Palais Royal).