Après un dessin de Degas en mai dernier, Audrey Azoulay a poursuivi le 28 novembre l'accélération des démarches de restitution en remettant à ses héritiers un "Portrait d’homme" du XVIe siècle spolié par le régime nazi.

Une « dépossession » : c’est ainsi que la ministre de la Culture et de la Communication a résumé l’histoire d’un tableau appartenant à Henry et Herta Bromberg, un couple d’Allemands ayant fui les persécutions pendant la Seconde Guerre mondiale. Spolié à Paris par les nazis, le tableau – un « Portrait homme » du XVIe siècle attribué à l’atelier de Joos van Cleeve, un maître de l’école flamande – avait été retrouvé en 1945 par les Alliés qui, constatant que la spoliation avait eu lieu à Paris, le renvoyèrent en France, où il avait rejoint plusieurs milliers d’œuvres classées « Musées nationaux récupération » (MNR).

Aujourd'hui, l’histoire s’écrit dans l’autre sens en restituant aux descendants des familles les oeuvres dont elles ont été dépossédées

Aujourd’hui, « l’histoire s’écrit dans l’autre sens », s’est réjouie Audrey Azoulay lundi 28 novembre, lors de la cérémonie de restitution du tableau à Christophe Bromberg et Henrietta Schubert, ayants-droits en ligne directe de ses propriétaires légitimes. Il n’en reste pas moins que cette restitution, qui a donné à la France l’occasion de « réconcilier son éthique et sa pratique », est, selon la ministre, « très tardive » et, plus encore, particulièrement « incomplète ». C’est pourquoi la ministre de la Culture et de la Communication a décidé de mettre en place une démarche « volontariste » et « proactive » en matière de restitution. « Il n’était plus possible d’attendre uniquement des ayants-droits qu’ils viennent demander la restitution qui leur est due », a-t-elle insisté.

Premier élément : identifier les ayants-droits. « Je veux saluer le travail réalisé par Généalogistes de France, qui s’est chargé gracieusement, dans le cadre d’un partenariat citoyen inédit conclu en juin 2015, de ces recherches pour six premiers dossiers ». Il existe aussi des moyens pour mettre œuvre cette démarche : « le travail sur les sources et la recherche de provenance ; le travail de récolement à renforcer par les responsables des musées de  France ; le travail sur les cartels dont nous avons demandé qu’ils précisent la spécificité de ces œuvres ». Second élément : la formation. En mobilisant les établissements de l’enseignement supérieur culture, dont l’École du Louvre, l’Institut national du patrimoine et l’Institut national de l’histoire de l’art, la ministre vise notamment à « tracer les œuvres » et à « travailler sur la spoliation des bibliothèques ».

"Portrait d'homme", destin d'une œuvre

"Quelle histoire pourrait nous raconter le seul et unique témoin, le personnage de ce tableau ?" A défaut de pouvoir apporter une réponse à cette question, la ministre de la Culture et de la Communication a brossé, lundi 28 novembre, le destin exceptionnel de ce "Portait d'homme". "C’est une peinture sur bois attribuée à l’école de Joos van Cleve, un peintre flamand de l'École d'Anvers de la première moitié du XVIe siècle, dont on peut admirer le portrait de François Ier au musée Carnavalet ou celui de Henry VIII à Hampton Court Palace à Londres.  Cette œuvre est mentionnée pour la première fois dans la collection du consul Weber à Hambourg au début du XXe siècle. Elle passe ensuite dans la collection des Bromberg (...). En 1938, Henry et Herta Bromberg décident de fuir l’Allemagne pour les États-Unis via la Suisse et la France. (...)  Lors de leur passage à Paris, en 1938, le couple vend plusieurs peintures à la galerie Kleinberger. Le tableau semble ensuite être passé par plusieurs marchands et collectionneurs, avant d’être acquis en février 1941 par Maria Dietrich, marchande d’art de Munich. Celle-ci le revend dès le mois de mars suivant, avec une plus-value confortable, à la Chancellerie du Reich pour le musée voulu par Hitler à Linz.  C’est le temps de la rapacité, le temps de la cupidité, le temps des intermédiaires ambigus, des transactions douteuses, qui font ainsi passer cette toile – en très peu de temps – du salon de l’amateur éclairé jusqu’aux réserves du futur musée d’Hitler. (...) Retrouvé en 1945 par les Alliés, le portrait, acheté à Paris, est renvoyé en France en 1949 puis retenu pour être inscrit parmi les œuvres dites « Musées nationaux récupération ». Attribué en 1950 au département des peintures du musée du Louvre, il est ensuite déposé au musée des Beaux-Arts de Chambéry en 1960".