Du développement du pass Culture à la poursuite de Mondes nouveaux, en passant par le volet culturel de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, tout sur l'année culturelle.

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Placée sous le signe de créateurs de génie, d’un côté, percutée par l’actualité, de l’autre, l’année 2022 aura tenu toutes ses promesses. Avec, entre ces deux extrémités, la poursuite de politiques volontaristes, comme l’accès de tous à l’offre culturelle, la relance des activités culturelles, notamment des salles de cinéma, ou le développement du pass Culture, et l’organisation d’événements d’envergure, comme la programmation culturelle de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne ou le 40e anniversaire de la Fête de la musique.

L’année 2022 n'aura pas été épargnée, à l'instar des années précédentes, par l'actualité la plus brûlante. La guerre en Ukraine, avec ses déplacements d’artistes, d’intellectuels et de journalistes qui ont été accueillis sur le territoire français, a suscité depuis le 24 février – date du début de l’invasion russe – un véritable élan de solidarité. L’enjeu ? Rien de moins que « la préservation de la culture ukrainienne », selon Rima Abdul Malak, ministre de la Culture.

Débutée sous les auspices du quatrième centenaire de la mort de Molière, poursuivie avec les anniversaires de Proust et de Picasso, prolongée par la disparition de Pierre Soulages et celle de Jean-Luc Godard, cette année restera également marquée par la vitalité des célébrations de ces monstres sacrés de la culture française. Une vitalité non pas tournée vers le passé, mais au contraire particulièrement dynamique et inspirante pour les jeunes générations de créateurs.

Réinventer la place de la culture dans le projet européen

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Premier grand rendez-vous de l’année, la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, qui s’est tenue du 1er janvier au 30 juin 2022, a été une occasion unique de faire connaître, grâce à un agenda culturel d’une grande densité, la richesse et la diversité des savoir-faire français.

Tout au long du premier semestre, les événements se sont succédé, qui ont montré la vitalité du projet européen en France, notamment auprès de la jeunesse (ce fut le cas de la manifestation Eurofabrique, qui a mobilisé 400 étudiants de l’enseignement supérieur culture français et européen autour de l’identité de l’Europe de demain, ou celui de l’Orchestre Demos Europe, qui a réuni une formation orchestrale de 120 jeunes musiciens issus des Vingt-Sept pays de l’Union européenne) et dans une démarche participative (comme « Danse l’Europe ! », le projet de chorégraphie participative imaginée par Angelin Preljocaj, qui a fédéré des citoyens issus de tous les pays l’Union européenne). Une incontestable réussite.

Autre rendez-vous clé : la Saison croisée France-Portugal, qui a mobilisé les ressources culturelles des deux pays, a tenu toutes ses promesses. D’expositions prestigieuses, comme celle sur la Renaissance portugaise au musée du Louvre, aux créations les plus pointues, comme celles des Français Joël Pommerat, Boris Charmatz et Sylvain Creuzevault présentées à Porto et Lisbonne, et du Forum Océan au Forum Égalité, cette saison aura bien contribué, selon les mots d’Emmanuel Demarcy-Mota, son président, à « réinventer le dialogue ».

Réinventer la place des territoires

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Réinventer le dialogue, cela signifie aussi s’adresser à tous, et notamment à ceux qui sont éloignés de l’offre culturelle. Pour cela, le ministère de la Culture s’est mobilisé, en faisant – entre autres – le pari des territoires à travers plusieurs initiatives inédites, dont, en premier lieu, la désignation, sur le modèle des Capitales culturelle européennes, de la Capitale française de la culture. Pendant une année, Villeurbanne, premier lauréat du label, a présenté une programmation originale, faisant la part belle à la scène locale : de Valère Novarina, l’un des auteurs les plus exigeants du théâtre contemporain, à un hommage à Charb et au dessin de presse, en passant par des coups de projecteur sur la scène locale de la marionnette, de l’art contemporain et de la danse. En 2023, devrait être rendue publique la désignation de la prochaine capitale.

Pour toucher les publics éloignés de l’offre culturelle, toutes les possibilités sont exploitées. A commencer par l’implantation de structures labellisées par le ministère de la Culture qui développent un projet ambitieux en milieu rural, dans des zones péri-urbaines ou dans des territoires industriels. Autre initiative innovante : le dispositif interministériel « Action cœur de ville », dont l’objectif est de réhabiliter les centres des villes moyennes. L’exemple d’Autun, ville dotée d’un riche patrimoine culturel insuffisamment exploité, est à noter.

Les musées de France mènent une politique particulièrement intéressante en direction des territoires. C’est le dispositif plébiscité des expositions d’intérêt national en régions, qui associe des présentations originales à des actions innovantes de médiation. Cette année, c’était notamment le cas avec l’exposition « Dubuffet en Auvergne » au musée de Clermont-Ferrand. La mutualisation entre collections est également un axe important pour les musées. A ce titre, le partenariat entre le musée du Louvre et le musée de Rennes, qui a acquis une œuvre du sculpteur Coysevox, classée « œuvre d’intérêt patrimonial majeur » revêt un caractère emblématique, appelé à se poursuivre.

Côté création, plusieurs actions sont particulièrement remarquables, comme le travail de fond mené par les Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) dans les territoires ou la place de plus en plus importante prise par France Design Week, le rendez-vous incontournable pour faire « rayonner » et « résonner » le design dans les territoires. A suivre.

A noter : le ministère de la Culture, en participant pour la première fois au Salon des maires et des collectivités, s'inscrit dans une démarche particulièrement volontariste en s'adressant directement à tous les professionnels des territoires. L'objectif ? Leur présenter l’étendue et la variété de ses propositions et de ses partenariats. Une expérience à renouveler et à approfondir.

Réinventer la place de la jeunesse dans la culture

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On le sait bien, la construction des inégalités culturelles commence dès l'enfance. Et cela dans tous les domaines : lecture, goût, livre, langue, dessin… Raison de plus pour les combattre par tous les moyens en réinventant la place de la jeunesse – ce devrait être la première – dans l’art et la culture.  

Premier moyen, le pass Culture. Destinée à favoriser l’accès des jeunes aux biens et services culturels, cette initiative majeure se poursuit – et s’est amplifiée cette année – avec l’accès au pass Culture pour les jeunes de 15 à 17 ans. Une réussite, qui a fêté son million d’utilisateurs. Et ce n’est pas fini.

Autre moyen : l’extension des principes de l’éducation artistique et culturelle, dont la généralisation du programme « 100% EAC » se poursuit à d’autres domaines que le seul domaine scolaire. Parmi de nombreuses initiatives, plusieurs d’entre elles visent à impliquer élèves et enseignants dans un projet de création culturelle. C’est le cas à Narbonne, où les élèves sont devenus des médiateurs d’un soir du musée archéologique Via Narbo, dans le cadre de l’opération « La classe, l’œuvre » qui se tient pendant la « Nuit européenne des musées ». C’est le cas aussi d’une initiative remarquable, « Artiste intervenant en milieu scolaire », qui réunit, autour d’un même projet, élèves, artistes, enseignants et parents.

Pour sa troisième édition, « L’Été culturel » continue d’offrir une alternative culturelle et sociale inédite à tous ceux qui ne partent pas en vacances. Parmi de nombreuses propositions, retenons une rencontre privilégiée avec des artistes. « Chaillot colo », une initiative du Théâtre national de la danse, situé à Chaillot, repose sur un principe équivalent, à savoir permettre à des jeunes éloignés de l’offre culturelle de faire une double rencontre à l’occasion de vacances scolaires : celle d’un projet culturel et celle d’une immersion sociale. Un grand pas vers la maturité.

Réinventer les réponses à la transition écologique

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Cette année aura vu aussi la montée en puissance d’une perspective à la fois urgente et durable : la transition climatique. Face à cette situation, la mobilisation du monde de la culture, qui a débuté depuis plusieurs années, s’est accompagnée en 2022 de multiples initiatives. Un exemple ? Le lancement de deux outils qui entendent mesurer l’empreinte carbone des festivals et autres événements musicaux. Les deux sociétés qui ont créé ces outils sont lauréates des services numériques innovants lancés par le ministère de la Culture.

La transition climatique était également très présente à l’occasion de deux des manifestations nationales les plus populaires : les Journées européennes du patrimoine et les Rendez-vous aux jardins. A travers toute la France, nombre d’initiatives ont fleuri, plus passionnantes les unes que les autres : de l’Opéra de Lille au château d'Espeyran, en passant par de nombreux lieux qui ont sanctuarisé une ressource plus précieuse que jamais, l’eau, ou donné une nouvelle vie aux friches industrielles. Sans compter les apports considérables de la recherche scientifique pour accompagner la transition climatique dans les patrimoines.

Réinventer la place de la création

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Et si la création artistique était le seul moyen de « redonner du sens » à nos existences, durement éprouvées par la répétition des crises successives ? C’est le pari de « Mondes nouveaux », ce programme initialement prévu pour permettre à 430 créateurs et créatrices de « réenchanter le monde », puis reconduit cette année, face au succès rencontré, pour une période de trois ans.

Pour retrouver un peu d’oxygène, une respiration, quoi de mieux en effet que de se plonger dans ces créations venues d’ailleurs, qui sollicitent notre présent mais aussi notre avenir, voire notre impensé ? Plongeons-nous par exemple – entre cent autres propositions disruptives – dans le regard de ces trois artistes qui ont repoussé les champs du possible de la transition climatique. Le résultat est éblouissant.

Ce formidable élan de la création artistique, on le retrouve aussi dans la créativité du photojournalisme, mise en avant par la commande publique de la Bibliothèque nationale de France, « Radioscopie de la France », ou dans la vitalité débordante de « 100% l’expo », qui présente à La Villette de jeunes talents récemment issus de l’enseignement supérieur culture. Ces formations offrent un véritable parcours d’excellence, ce dont témoignent trois jeunes gens que nous avons suivi au début de leur parcours professionnel.

Réinventer la place de la lecture

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Pendant une année, la lecture, devenue « grande cause nationale », a donné lieu à ces centaines d’événements et manifestations, avec comme unique objectif : faire lire plus et mieux. C’était – entre autres – le lancement, le 10 mars dernier, d’une manifestation inédite destinée à consacrer où que ce soit, dans les entreprises, dans les écoles, dans les administrations ou… chez soi, un quart d’heure de son temps à la lecture. Face au formidable élan suscitée par la première édition, celle-ci sera reconduite en mars 2023.

A l’issue de cette année, les initiatives en faveur de la lecture, non seulement n’ont pas ralenti, mais se sont même accélérées. Et se sont spécialement attachées à développer l’offre de lecture pour ceux qui en sont éloignés, comme les détenus. Pour cette population, le ministère de la Culture et le ministère de la Justice viennent de lancer, avec le concours de l’académie Goncourt, une très belle initiative : le Goncourt des détenus, qui vient de décerner la première édition de son prix à Sarah Jollien-Fardel pour Sa préférée. A l’occasion d’une visite au centre pénitentiaire d’Osny, dans le Val d’Oise, nous avons suivi Brigitte Giraud, lauréate du prix Goncourt 2022, lors d’une rencontre avec les détenus-jurés. Un reportage exceptionnel.

Être éloigné de la lecture, cela signifie souvent être éloigné des lieux de lecture. Pour remédier à cette situation, et être plus à l’écoute de chacune des catégories d’utilisateurs, les bibliothécaires réfléchissent à l’évolution de leurs métiers. Il en ressort un formidable élan en faveur du décloisonnement et de l’ouverture à d’autres pratiques. L’enjeu est bien sûr de ménager l’accès aux livres et à la lecture non seulement aux jeunes et aux familles mais encore aux publics placés sous main de justice, en établissements de santé ou médico-social, ou en situation de handicap.

La lecture, ce peut être aussi un passeport pour s’ouvrir à d’autres domaines littéraires. C’est pourquoi la traduction revêt un rôle si important, que le ministère de la Culture a voulu sanctuariser en distinguant, avec la Société des Gens de lettres (SGDL), l’œuvre d’un traducteur. Lauréat de ce prix en 2022, Robert Amutio, immense traducteur de Roberto Bolano, nous a accordé à cette occasion un entretien passionnant.

Réinventer les usages de la langue

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Explorer d’autres réalités que la sienne, d’autres cultures, d’autres langues, c’est aussi l’une des missions – et des plus exaltantes – du ministère de la Culture. Le lancement, au premier semestre 2023, de la Cité internationale de la langue française et de la francophonie, qui va s’installer au château de Villers-Cotterêts, va permettre, de mieux connaître le français, langue de la République – dont une initiative originale, le Labo mobile Écouter Parler, recense les pratiques orales – mais aussi de s’ouvrir davantage à d’autres espaces, ceux de la Francophonie, notamment.

Certaines de ces cultures et de ces langues sont aussi présentes sur le territoire français, consacrant le multilinguisme. C’est le cas de certaines langues africaines, dont la vitalité sans précédent s’exprime dans la littérature et les spectacles, qui connaissent un important renouveau.

Interroger son identité à travers le prisme du cinéma hollywoodien, langage international s’il en est, c’est ce que fait – non sans distance et humour – la Franco-Algérienne Zineb Sédira, une artiste reconnue sur la scène internationale, qui a été choisie par la France pour la représenter à la dernière Biennale de Venise d’art contemporain.

Un imaginaire commun et une féconde alchimie, c'est le trait d'union qui rassemble la France et l'Afrique autour de projets culturels communs. En l'occurrence, il s'agit d'une magnifique exposition Picasso à Dakar préparée de concert par les institutions sénégalaises avec le concours d'institutions françaises. Après la mythique exposition Picasso à Dakar de 1972, cette exposition explore les rapports passionnants entre le maître catalan et l'art africain. Cette coopération nouvelle avec l'Afrique, c'est aussi les restitutions au Bénin de biens culturels pillés pendant la période coloniale.

Réinventer la relation entre sport et culture

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A l’approche des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, le ministère de la Culture est partenaire de l'Olympiade culturelle, une grande programmation artistique, placée sous la houlette d’une directrice artistique, la chorégraphe Dominique Hervieu. Le but ? « Rassembler le monde du sport et de la culture pour faire rayonner notre créativité et notre patrimoine », a assuré Rima Abdul Malak, en dévoilant plusieurs projets soutenus par le ministère de la Culture.

Réunir le monde du sport et celui de la culture, c’est aussi l’ambition d’un de ces projet, Archi-Folies, qui va mobiliser les écoles nationales d’architecture et les fédérations sportives. L’objectif, c’est de concevoir en commun des équipements durables – les Pavillons où seront abrités les fédérations sportives – qui seront installés sur le site de La Villette pendant la compétition, puis seront réinstallés sur le territoire d’implantation des différentes écoles. A suivre.

L’année culturelle 2022, c’est aussi…

La découverte de la Grotte de la Licorne en Nouvelle-Aquitaine, le 30e anniversaire du label « Scènes nationales », la signature d’un « pacte de visibilité » pour mettre en valeur la création théâtrale dans les Outre-mer, le succès du cycle d’expositions « Les Essentiels » aux Archives nationales, la restauration du « Cyclop » de Jean Tinguely, les 97 projets architecturaux qui ont été choisis dans le cadre de l'appel à manifestation Engagés pour la qualité du logement de demain, la table-ronde « Les archives en toutes lettres : l’intelligence artificielle au service des sources » la 5e édition du Forum de la mode consacrée aux nouveaux métiers du secteur, la table-ronde sur les enjeux des chapiteaux de cirque, la 3e édition du Parlement de la photographie