Réuni à Istanbul jusqu'au 20 juillet, le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco va désigner les nouveaux sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial. Parmi les 29 candidatures, celle de l’œuvre architecturale de Le Corbusier proposée par la France avec six autres pays. Trois questions à Olivier Poisson, inspecteur général des patrimoines, conservateur général du patrimoine.

Dix-sept réalisations architecturales de Le Corbusier ont été proposées par la France et six autres pays à l'Unesco. Est-ce la première fois qu’une création du XXe siècle pourrait figurer sur la Liste du patrimoine mondial ?

Non, pas tout à fait. Il existe déjà quelques architectures du XXe siècle qui figurent sur la liste, par exemple l’école du Bauhaus en Allemagne, l’opéra de Sydney, en Australie, les maisons Art Nouveau conçues par Victor Horta à Bruxelles, les édifices de Gaudi à Barcelone ou le centre-ville du Havre reconstruit par Auguste Perret. Mais ce sont des éléments isolés, des maisons, des usines, ou même une ville, comme Brasilia, qui a été conçue d'un seul jet par Lucio Costa. L’œuvre de Le Corbusier est un bien en série qui reflète, sous différents aspects, la contribution d'un architecte de premier plan à un mouvement d'ensemble, le Mouvement Moderne, dont les principes ont changé l'architecture dans le monde entier au XXe siècle.

Grâce à cette candidature transnationale portée par la France, on peut vraiment mesurer l'impact d'une œuvre architecturale qui a profondément marqué le XXe siècle

Comment un bien en série peut-il refléter l'œuvre d'un homme, et d'un mouvement comme celui-là ?

La série, ce sont dix-sept édifices ou ensembles, réalisés tout au long de la carrière de Le Corbusier. Ils reflètent aussi bien l'évolution d'une pensée que son application aux sujets qui ont été les défis de l'architecture du XXe siècle : l'habitat individuel, ouvrier, collectif, les équipements, les usines, et même l'architecture sacrée. Dans cette série on trouve aussi bien des constructions véritablement expérimentales que des édifices dont la réussite a contribué à propager les idées de leur auteur. Il y a aussi de grands chefs d'œuvre, des espaces d'une qualité plastique inoubliable.

En quoi cette œuvre mérite-t-elle une reconnaissance mondiale ?

Le Corbusier, c'est un fait, est le premier, dans l'histoire de l’architecture, à avoir construit dans le monde entier. Son œuvre s'inscrit à l’échelle de la planète, et les édifices que nous avons proposés traduisent cette réalité : ils sont situés dans sept pays, sur trois continents (Allemagne, Argentine, Belgique, France, Inde, Japon et Suisse). Avec cette proposition qui, j’insiste particulièrement sur cette originalité, émane d’une candidature transnationale portée par la France, on peut vraiment mesurer l'impact d'une œuvre qui a profondément marqué le XXe siècle. En outre, si cette inscription a lieu, elle mettra l'idée même de Patrimoine mondial à l'échelle planétaire, par-delà des frontières étroites des États...

Candidature Le Corbusier : 17 édifices réalisés dans 7 pays

Allemagne

- Maisons de la Weissenhof-Siedlung, Stuttgart

Argentine

- Maison du docteur Curutchet à La Plata

Belgique

- Maison Guiette à Anvers

France

- Le Cabanon de Roquebrune

- Immeuble locatif Molitor à Boulogne-Billancourt

- Chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp

- Cité Frugès à Pessac

- le Couvent Sainte-Marie de la Tourette à Eveux

- Maison de la culture de Firminy

- Maisons La Roche et Jeanneret, Paris

- Villa Savoye et loge du jardinier, Poissy

- Cité radieuse à Marseille

- Manufacture à Saint-Dié, Saint-Dié-des-Vosges

Inde

- Palais de l'assemblée à Chandigargh

(ensemble de trois bâtiments du Capitole)

Japon

- Musée National des Beaux-Arts de l’Occident, Taito-Ku

Suisse

- Immeuble Clarté à Genève

- Petite villa au bord du lac Léman, Corseaux