Pour sa 6e édition, le Festival de l’histoire de l’art qui débute demain au château de Fontainebleau, s’est choisi pour thème le Rire et pour pays invité, l’Espagne. Annick Lemoine, sa nouvelle directrice scientifique, revient sur le programme.

Quelles seront les innovations de cette 6e édition du festival de l’histoire de l'art ?

À mon arrivée, seul était constitué le choix du thème du festival – le rire – et du pays invité – l’Espagne. J’ai beaucoup de chance : je trouve un festival stabilisé par cinq années d’expérience, un festival bien installé dans le paysage national et international. On peut dès lors se permettre de proposer des innovations qui vont le faire grandir et évoluer. Comme troisième axe majeur après le thème et le pays, j’ai ainsi créé un « Forum de l’actualité » qui embrasse toute l’actualité de l’histoire de l’art : l’actualité des musées, du patrimoine, de la recherche, de l’édition d’art, des expositions, de la restauration. Le festival ne peut pas ne pas être en prise avec l’actualité, même la plus brûlante. Jusqu’à la dernière minute, on doit pouvoir réagir aux actualités les plus récentes. Par exemple, il y aura un débat contradictoire autour du tableau du Caravage récemment découvert à Toulouse. Un chercheur plaidera pour son authenticité, un autre, contre.

Quelles autres grandes innovations apportez-vous au festival ?

Fidèles à la vocation de carrefour du festival – carrefour des publics et des savoirs – mais aussi d’événement convivial et ouvert, nous voulons favoriser au maximum les rencontres. Rencontres entre les jeunes et les artistes d’aujourd’hui, présents au festival ; rencontres professionnelles ; rencontres entre les intervenants et le public. Les Rencontres professionnelles des métiers de l’histoire de l’art constituent une grande première dans ce domaine. Elles seront conduites par des représentants de ces très nombreux métiers, et auront lieu dans un espace nouveau : une grande tente offerte par l’association des amis du festival. C’est là, aussi, que le public pourra retrouver les intervenants après chaque conférence et poursuivre la discussion dans un lieu moins intimidant. Cette formule devrait permettre de répondre à l’appétit du public. Cette année, une Appli mobile du festival aidera chacun à se repérer.

Comment le rire est-il restitué dans l’art ?

La question de la dérision existe depuis toujours, c’est un ressort des arts depuis l’Antiquité. Depuis la figure du satyre à Sparte jusqu’au dessin de presse d’aujourd’hui. Léonard de Vinci a rempli des carnets de petits dessins très drôles. Une conférence en témoignera, avec un spécialiste du génial inventeur et un spécialiste du Bernin. Peu de gens savent que, dans la Rome baroque, Gian Lorenzo Bernini dessinait des portraits-charges de tous ses contemporains ! Le rire est lié à la culture du pays. Il y a le fameux humour anglais (un conférencier parlera du peintre Hogarth), l’humour dans l’art japonais appelé warai, il y a le rire belge, le rire français, volontiers potache… Il y a le rire de Goya, le rire sans joie de l’ivrogne d’Ornans, peint par Courbet et analysé par Frédérique Desbuissons, les rires et sourires gothiques ressuscités par Jean Wirth…

Entretien entre l'artiste espagnol Miquel Barceló et Pierre Rosenberg, conférence inaugurale du Festival de l'histoire de l'art - édition 2016

Présentez-nous l’Espagne, pays invité.

C’est Miquel Barcelo, figure majeure de la scène artistique espagnole, parrain de cette 6e édition, qui le fera le mieux en présentant, vendredi, sa conférence inaugurale. Par un autre hasard heureux, deux expositions lui sont consacrées en ce moment à Paris – au musée Picasso et à la Bibliothèque nationale de France. Le festival offre un panorama de l’art espagnol : le patrimoine archéologique, l’âge d’or de la peinture avec Vélasquez, Goya, Le Greco, l’art contemporain, le cinéma. Nous cherchons aussi à nous confronter avec l’histoire de l’art de ce pays. Quelles sont ses politiques muséales ? Les nouveaux champs de la recherche ? Comment y enseigne-t-on l’histoire de l’art ? Plusieurs conférences témoigneront du rôle capital que jouent les musées dans la redynamisation des régions : la Casa Velasquez, équivalent de notre Villa Médicis à Rome, le nouveau Patrimonio Nacional en charge des collections royales, équivalent de notre Centre des monuments nationaux…

Le festival de l'histoire de l'art, côté recherche 

Cette scientifique canadienne a intégré voici deux ans l’Institut national d’histoire de l’art à Paris. Elle y dirige le Département des études et recherches, dans lequel s’inscrit le Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau. « Le festival permet à l’Inha d’avoir des antennes vers un public plus large que son public naturel. Les conférenciers scientifiques que nous invitons sont de bons vulgarisateurs qui font passer une recherche de pointe auprès du grand public ». Elle salue l’envolée du Forum de l’actualité, section moteur du festival. « Cette année, on apprendra que le Louvre se donne comme un grand centre de recherche. L’an passé, on a vu se manifester la passion du public pour la sauvegarde du patrimoine. Au seuil des destructions de Palmyre, lors d’une table ronde « Patrimoine en danger », Alain Schnapp, ancien directeur général de l’Inha, alertait déjà sur le fait que, derrière chaque site menacé, il y a des vies menacées ».Johanne Lamoureux apporte son « regard étranger » sur le festival.« Cette initiative comble un besoin du côté des chercheurs. La programmation est cohérente et riche scientifiquement ». Du côté des pratiques culturelles françaises, elle constate la présence d’une forte conscience du patrimoine, dans une ville – Paris – où le patrimoine est partout. « Les gens sont curieux et fiers de cette présence. Cet amour est inséré dans tous les formats, jusque dans les émissions culinaires où il fait partie du pain quotidien ».