Le 25 mars 1957, six pays — l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas — signaient à Rome deux traités : le premier créant la Communauté économique européenne (CEE), le second la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Le début d’une grande aventure. Premier volet de notre série sur la culture et la construction européenne (1/3).

 

Drapeau UE

Une longue histoire et une même culture en partage

L’histoire de l’Union européenne et de ses vingt-huit pays a commencé là, il y a 60 ans avec ce double traité de Rome qui n’instituait alors qu’une coopération à caractère purement économique. Ce n’en était pas moins la naissance d’une alliance qui, au fil des traités, allait s’élargir et rendre possible un travail d’harmonisation des législations s’étendant à bien d’autres domaines, dont celui, primordial, de la culture : l’Union européenne est avant tout l’union de peuples qui dans leur diversité ont en partage une longue histoire et une même culture.  Celle-ci joue et jouera plus que jamais un rôle majeur dans la consolidation de l’Union, tant il est vrai, a rappelé à maintes reprises Jacques Delors, grand Européen s’il en est, qu’ « on ne tombe pas amoureux d’un marché unique ».

La culture  joue et jouera plus que jamais un rôle majeur dans la consolidation de l’Union européenne

L’exception culturelle, une idée française qui gagne dans l’Union européenne

La culture est aussi une économie, mais elle n’est pas une économie comme une autre. Et parce qu’elle est au fondement de l’identité  européenne et des nations qui la composent, elle ne saurait être soumise exclusivement aux lois du marché. C’est précisément pourquoi la France, avec d’autres États-membres s’est battue depuis plus de trois décennies pour défendre l’exception culturelle dans les enceintes internationales de l’OMC et l’ONU.
Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, dès 1989, l’adoption de la directive Télévision Sans Frontières - TSF (devenue « services de médias audiovisuels » – SMA – en 2007), a su concilier la diffusion des œuvres et la promotion de la diversité culturelle, fondée sur un ancrage dans les différentes cultures et langues de l’Union européenne.

Droit d’auteur et régulation audiovisuelle

En janvier 2017,  lors de ses vœux aux professionnel de la culture et de la communication, Audrey Azoulay rappelait que l’Union européenne est à la fois une réalité et un idéal qu’il faut sans cesse défendre et consolider, particulièrement dans les domaines culturels. « Je pense, précisait la ministre, aux droits d’auteur ou à la régulation audiovisuelle. La France va continuer à se tenir aux avant-postes de ces discussions, défendant la création et les auteurs. C’est ce que nous avons fait en 2013, quand la France était au début bien seule pour défendre l’exclusion de l’audiovisuel et du cinéma du mandat de discussion d’un accord commercial avec les États-Unis, avant d’être rejointe par les autres Etats membres. »
Mais beaucoup reste à faire. « Le grand défi de la période à venir », selon Audrey Azoulay, sera de mettre en place une régulation de l’activité des grandes plateformes numériques, « qui captent l’essentiel de la valeur, grâce à leur pouvoir réel d’innovation et leur capacité à rendre exclusive la relation avec leur public. »
Fin 2016, lors de la présentation par la Présidence du Conseil de l’Union européenne du rapport de progrès concernant la révision de la directive sur les services de médias audiovisuels, Audrey Azoulay avait salué l’inclusion du principe du pays ciblé dans cette régulation concernant les contributions financières. Mais pour encore mieux promouvoir les œuvres européennes, il faudra aussi soumettre au même niveau d’exigence tous les acteurs qui commercialisent leurs offres à destination du public français quel que soit leur territoire d’implantation.

Promouvoir le patrimoine européen

Cette ambition - promouvoir le patrimoine de l'Europe - est un autre volet de l'action de l'Union européenne en faveur de la culture. Lancé en 2013 par la Commission européenne, le label "Patrimoine européen" (European Heritage Label) a été attribué à 29 sites en Europe, dont 3 en France, l'abbaye de Cluny et la maison de Robert Schumann (2014) ainsi que le quartier européen de Strasbourg (2015). Les sites labellisés incarnent particulièrement des thématiques nationales et européennes. D'autre part, deux villes choisies chaque année pour devenir "Capitales européennes de la culture", célèbrent, une année durant, les arts et la culture à travers de nombreux événements. Après notamment Marseille en 2013, dernière ville française à avoir été désignée capitale européenne de la culture, Paphos (Chypre) et Aarhus (Danemark) sont à l'honneur en 2017. Autre événement visant à promouvoir le patrimoine européen, les Journées européennes du patrimoine, lancées en 1985 par le Conseil de l'Europe à partir d'une initiative du ministère de la Culture et de la Communication français, permettent chaque année à plus de 20 millions de personnes dans 50 pays de découvrir ou redécouvrir des sites patrimoniaux remarquables.