Les Américains Marlène et Spencer Hays viennent de donner à la France une collection de près de 600 œuvres d’art du XIXe siècle et du XXe siècle. Retour sur cette donation exceptionnelle avec Guy Cogeval, président de l'établissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie.

 

Samedi 22 octobre, Marlène et Spencer Hays ont signé au Palais de l’Élysée l’acte de donation de 187 œuvres d’art à l’État français, premier volet d’une donation qui comprendra au total quelque 600 œuvres d’art. « Cette donation exceptionnelle par sa taille et sa cohérence est la plus importante que les musées français aient reçue d’un donateur étranger depuis 1945 », a souligné la ministre de la Culture et de la Communication. Elle comprend des œuvres d’artistes de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, allant de Vuillard, Bonnard, Maurice Denis (les peintres Nabis représentent plus d’un tiers de la donation) à Degas, Odilon Redon, Caillebote, Corot, Derain ou Modigliani.

Marlène et Spencer Hays ont fait don à la France d’une collection de 600 œuvres d’art du XIXe siècle et du XXe siècle. Du jamais vu depuis 1945… Quels éléments ont été déterminants au cours de cette donation exceptionnelle ?

Il faut savoir que c'est l'aboutissement d'un relation longue. J'ai rencontré Marlène et Spencer Hays à New York en 2001, alors que j'étais directeur du musée des Beaux-Arts de Montréal. C'était la veille des attentats contre les tours jumelles. Je travaillais alors sur le catalogue raisonné d'Edouard Vuillard. Nous avons développé une relation d'estime mutuelle, d'amitié et partagions le goût des Nabis...  En 2013, j'ai souhaité organiser au musée d'Orsay une exposition de leur collection pour montrer au public français et international ce goût pour l'art français, cette "passion française". Cette exposition a convaincu le couple de collectionneurs que c'est ici et nulle part ailleurs que leurs œuvres devaient être présentées car chacune entrait en résonance avec la collection d'Orsay. Enfin, le principe d'inaliénabilité des collections publiques a été décisif. Cette disposition du droit français n'existe pas aux Etats-Unis et il leur importait particulièrement que la pérennité de leur collection soit garantie.

Pour préserver la cohérence de la collection Hays, où et comment allez-vous redéployer la donation ? 

Cette collection sera présentée de manière permanente et fera donc l'objet d'un aménagement spécifique. Pour cela, les services de la documentation du musée et la bibliothèque vont déménager dans un bâtiment à proximité du musée, actuellement occupé par la documentation française. C'était une condition indispensable. 900 m2 de surface seront ainsi libérés pour permettre de déployer la donation lorsqu'elle intégrera le musée dans un espace spécifique. Nous avons déjà un cas similaire avec la donation Philippe Meyer, donation exposée depuis 2009 dans un espace dédié, depuis le décès du donateur.

Dans son discours, le Président de la République a souligné que, outre la donation de leur collection, Marlène et Spencer Hays faisaient « un autre don, tout aussi précieux : celui de l'accès de tous à la culture ». En quoi cette dimension a-t-elle été importante à leurs yeux ?

C'est une collection privée qui deviendra publique. Marlène et Spencer Hays ont fait le choix du partage de leur collection avec le grand public. C'est d'ailleurs cette idée qui guide le travail de tout conservateur. Marlène et Spencer Hays savent qu'au musée d'Orsay, cette collection sera étudiée, expliquée et appréciée pour ce qu'elle est.

Marlène et Spencer Hays veulent partager leur collection avec le plus grand nombre

De véritables « trésors » : c’est, selon le Président de la République, ce que recèlent les 187 numéros de la donation Hays. Comme – entre autres – ce paravent japonisant, œuvre de jeunesse de Pierre Bonnard, ou le septième panneau de la série des Jardins publics d’Édouard Vuillard, qui rejoindra les collections du musée d’Orsay. Les peintres du mouvement Nabi, auxquels le couple Hays voue une véritable passion, représentent d’ailleurs plus du tiers de cette première donation. Leurs œuvres vont constituer un enrichissement très important du fonds du musée d’Orsay consacré à ce mouvement artistique. Outre l'importance de cette donation, le Président de la République retient autre chose dans le geste de Marlène et Spencer Hays : l’amour du partage. « Il y a un don encore plus précieux, celui du geste que nous attendons tous et que nous devons partager : l'accès de tous à l’art et à la culture », a ajouté le Président de la République, avant d’élever les donateurs au rang de Commandeurs de la Légion d’honneur.