Après le point de vue du directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image sur le 9e art en milieu scolaire, le deuxième volet de notre série donne la parole à Marie Desplechin qui interviendra le 5 octobre aux Rencontres nationales de la Bande dessinée (2/2).

Vous êtes journaliste, scénariste, auteure de livres pour enfants et pour adultes. Quels rapports entretenez-vous avec la bande dessinée ?

J’en ai toujours lu, depuis l’enfance. Je crois me souvenir que ma mère a essayé de les interdire un temps à la maison - histoire de nous inciter à des lectures « plus nobles » -, mais mon père achetait souvent Pilote, Spirou, Tintin, qu’il était le premier à lire. Il aimait beaucoup Bicot Bicotin, le Sapeur Camembert et la Famille Fenouillard, qui étaient dans la bibliothèque. De toute façon, en admettant qu’il n’y en ait pas chez nous, on en trouvait partout ailleurs. C’était une période bénie, la fin des années soixante et les années soixante-dix, tellement effervescente. Ensuite, j’ai toujours lu de la BD, moins entre les années 80 et les années 2000, puis à nouveau ces dernières années. Ça a été un bonheur de voir tant de gens doués arriver, et s’approprier le genre pour développer de nouvelles approches de la narration et de la représentation du monde.
Vous soulignez régulièrement l’importance de transmettre la culture dans la joie, de donner goût à la lecture, qui, selon vous, apprend à vivre. Quelles perspectives offre, pour vous, la bande dessinée en tant que support d’enseignement ? Que s’agit-il d’apprendre, finalement ?

Je ne suis pas pédagogue, donc c’est difficile à dire. Mais je constate que si certaines personnes n’arrivent pas à lire de bd, pour d’autres la simultanéité de l’image et du texte est un encouragement et une facilité. Des enfants qui arrivent difficilement à entrer dans un texte « gris » lisent avec plaisir des bd, qui peuvent être excellentes en elles-mêmes, et, si c’est ce qu’on cherche, constituer un passage vers le livre. D’une part il s’agit toujours de lire et d’autre part on adopte la convention du récit, sa structure, sa temporalité… Se familiariser avec la mise en récit, la narration, la représentation ouvre à une infinité de possibilités, et d’apprentissages.

La BD fait partie de l'univers de la jeunesse, quoi qu'on en pense.

Vous qui aimez tant parler à la jeunesse, diriez-vous que les élèves d’aujourd’hui ont plus besoin du 9e art que ceux d’hier ? Pourquoi ? 

Je dirais plutôt les enfants que les élèves, et je ne sais pas s’ils en ont « plus besoin » qu’autrefois. La BD fait partie de leur univers, quoi qu’on en pense. Ils y trouvent le plaisir, les histoires, les modèles graphiques et les références qu’ils partageront avec leurs contemporains. C’est un fait, aux adultes de savoir s’ils l’ignorent - et après tout pourquoi pas - ou si une bd peut être un objet de lecture et même d’étude partagé.

Je ne sais pas si le neuvième art doit « servir » aux élèves. Je ne pense pas en tout cas qu’on puisse faire passer n’importe quelle pilule en la déguisant en petites cases dessinées. Le plaisir qu’on éprouve à la lecture d’une bd dépend de sa qualité, d’une manière ou d’une autre. Et cette qualité, qui relève du talent et de la liberté du ou des créateurs, se marie généralement assez mal avec les ambitions pédagogiques de l’institution. En revanche, il me semble assez judicieux que la lecture de certaines œuvres « classiques » ou contemporaines soit partagée avec des enfants, et même étudiée. À condition toutefois que le pédagogue aime lui-même ce qu’il propose au partage, bien sûr.


Dernier ouvrage jeunesse paru : « L'École de ma vie », illustré par Glen Chapron (L'École des loisirs)