Pour leur deuxième projet scientifique, culturel et éducatif, les Archives nationales mettent l’accent sur le numérique et sur l’éducation à la citoyenneté. Entretien avec Françoise Banat-Berger, directrice des Archives nationales.

Les Archives nationales viennent de publier leur nouveauprojet scientifique, culturel et éducatif(PSCE)pour la période 2017-2020. Comment se situe-il par rapport au projet de la période 2013-2016 ?

Le premier projet scientifique, culturel et éducatif  (PSCE) des Archives nationales s'inscrivait dans un contexte particulier, celui de leur installation en 2013 dans leur nouveau bâtiment de Pierrefitte-sur-Seine. Il s'agissait alors de profondément moderniser et repenser l'institution avec un fonctionnement sur trois sites ; imaginer ce que voulait dire l'immersion d'un grand établissement national dans ce territoire de la Seine-Saint-Denis en plaçant les publics au cœur des actions ; élargir les partenariats scientifiques et culturels, afin de développer et rendre plus visible la programmation scientifique, autour de la valorisation de nos corpus archivistiques, grâce à la proximité de l’université Paris 8 et à la grande transformation en cours de l'enseignement supérieur et de la recherche.  Le nouveau PSCE, qui vient de recevoir la validation du Conseil supérieur des Archives, marquera une transition, puisque le sinistre survenu sur le site de Fontainebleau va entraîner sa fermeture d'ici quatre ans, avec donc, à terme, une institution fonctionnant sur deux sites, celui de Pierrefitte, qui continuera à se développer, et le site historique de Paris, lui-même transformé et rénové dans le cadre du projet CAMUS et du schéma directeur immobilier des Archives nationales. Ce sont donc des enjeux structurels autour desquels s'articulent par ailleurs nos enjeux stratégiques et scientifiques.

Aujourd'hui, l'action éducative des Archives nationales touche 13 000 jeunes, de l’école maternelle jusqu’à l’université. Demain, il s'agit d'amplifier le mouvement, notamment en utilisant la création artistique pour médiatiser nos ressources archivistiques

En quoi le numérique occupe-t-il une place toute particulière dans ce nouveau PSCE ?

Le numérique est le fil rouge de ce nouveau PSCE, autour du grand projet de construction de la plate-forme d'archivage électronique ADAMANT, arrimée au programme interministériel VITAM. Nous recevons de plus en plus de données nativement numériques (archives photographiques, audiovisuelles, fichiers bureautiques, messageries, applications de gestion, données statistiques). Nous conservons ainsi actuellement 35 TO de données numériques, sans compter les 40 TO d'archives papier numérisées, avec une amplification très nette depuis trois ans. ADAMANT nous permettra de conserver et de donner un accès pérenne à des ressources éminemment fragiles, les données numériques. Nous développerons également pour les usagers et les internautes un accès sécurisé à ces données en préservant leur intégrité et en s'inscrivant pleinement dans la politique d'ouverture des données publiques. Il s’agit d’un enjeu crucial. Le numérique, c'est également s'inscrire dans le Web de données et le champ des humanités numériques, en permettant des liens via nos référentiels, avec les ressources d'autres institutions culturelles, en France, via notamment le portail FranceArchives, et à l'étranger. Le numérique, enfin, est également au cœur de nos préoccupations, qu'il s'agisse d'élargir et d’accroître le périmètre de nos ressources papiers et analogiques numérisées ; ou bien de développer davantage nos médiations numériques pour nos expositions ou nos ressources pédagogiques ; ou enfin de développer les usages participatifs avec nos usagers pour enrichir les inventaires en ligne, car nos ressources sont à la fois énormes et précieuses.

Parmi vos projets d’action, on note un effort important en faveur de l’éducation à la citoyenneté. Dans ce domaine, en effet, en tant que dépositaires de la mémoire de la France, les Archives nationales ont un rôle majeur à jouer. En quoi consiste-t-il ?

On en a un bel exemple avec les documents fondamentaux présentés par les Archives nationales,  lors des journées européennes du patrimoine en 2016 sur le thème de la citoyenneté, et présentés actuellement pour la journée internationale des archives du 9 juin, depuis la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, jusqu’à la loi d’abolition de la peine de mort en passant par l’ordonnance de 1944 donnant le droit de vote aux femmes… C’est également tout le travail mené par le service éducatif des Archives nationales ainsi que par la chargée du développement des actions artistiques notamment sur le site de Pierrefitte. L’action du service éducatif aux Archives nationales est ancienne puisque celui-ci a été créé par Régine Pernoud dans les années 1950. Cette offre n’a cessé de se développer depuis 2013, avec notamment l’objectif de toucher les jeunes publics du territoire autour de Pierrefitte. C’est aujourd’hui chose faite avec près de 13 000 jeunes, de l’école maternelle jusqu’à l’université, répartis entre Paris et Pierrefitte, qui sont accueillis par le service pour participer à plus de 50 ateliers différents. Durant ces dernières années, se sont  développées des offres d’ateliers et de visites multilingues ; ont été créés de magnifiques ateliers concerts avec, depuis trois ans, une action sur les musiques et la Seconde guerre mondiale dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation ; des ateliers sont axés sur « l’espace proche » des élèves et la transformation du territoire de la Seine-Saint-Denis grâce aux approches géographiques, ou bien encore sur les thématiques de la citoyenneté, du droit de vote, de la laïcité, du discours et de la représentation politiques. Il s’agit, plus globalement, d’utiliser la création artistique pour médiatiser nos ressources archivistiques, notamment en direction des publics dits éloignés de la culture, ou empêchés, en utilisant plusieurs dispositifs, dont bien évidemment « C’est mon patrimoine ».