Société d'ethnologie française

Revue
ETHNOLOGIE FRANÇAISE



Numéro 2005/2 - Introduction du numéro

Evthymios Papataxiarchis
La Grèce face à l'altérité

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  • La Grèce face à l'altérité

    Les années quatre-vingt-dix

    Les années quatre-vingt-dix ont été une période d'activité intense dont l'origine se situe à n'en pas douter dans la chute du mur de Berlin et dans la reconstruction d'un système mondial en marche vers la « mondialisation ». L'accélération du processus d'unification qui a suivi Maastricht et la redéfinition des relations économiques et politiques au niveau périphérique, national et local n'ont pas eu les mêmes retombées dans tous les États membres de l'Union européenne. En dépit des fluctuations qui caractérisent son évolution, la Grèce pourrait être considérée comme l'un des pays qui ont tiré avantage de cette conjoncture : sur le plan économique, mais aussi institutionnel, le bilan s'est avéré positif, dans la mesure, notamment, où le pays a résolu certaines contradictions dans sa mise en conformité avec l'Europe et a amélioré son image à l'étranger.
    En Grèce, cette décennie a été marquée par l'émergence violente des nationalismes balkaniques et par un virage significatif de la scène politique interne en des directions qualifiées de « modernisatrices ». La crise balkanique du début de la décennie a pour un temps impliqué la Grèce en en faisant une partie du problème et en limitant les atouts géopolitiques qui, comparativement, émanaient de sa qualité d'État membre de l'Union européenne. Dans un climat d'insécurité et d'instabilité politique, la « question macédonienne » est revenue sur le devant de la scène , réveillant un discours nationaliste à travers lequel s'est exprimé le mécontentement des couches populaires victimes des effets négatifs des mutations économiques.
    Au milieu de la décennie, une fois que les tendances « modernisatrices » du PASOK (parti socialiste grec) se sont imposées, l'adaptation de la Grèce à l'« acquis européen » sur le plan institutionnel s'est accélérée et l'européanisation du pays s'est poursuivie. Les réformes ont concerné, entre autres, la consolidation de la « société civile » , combinée à une mise en pratique plus complète du discours sur les droits individuels, à la convergence administrative avec l'Union européenne et l'aide aux régions. Les limites de la « modernisation » sont apparues lors de la révision constitutionnelle de 2001, avec l'échec des projets de séparation de l'Église et de l'État et la réaffirmation de la vision du christianisme oriental orthodoxe comme « religion dominante ». La « sécularisation inachevée » s'est confirmée lors de la crise qui a affecté les relations de l'Église et de l'État au moment de l'interdiction officielle de l'inscription de la religion sur les cartes d'identité. Mais en dépit de blocages divers sur le plan institutionnel, le maintien d'indices élevés de croissance (en liaison avec l'afflux constant de fonds européens) et la stabilité politique ont contribué à renforcer la position de la Grèce dans le cadre européen et balkanique. À la fin de la décennie, le pays semblait bénéficier d'une orientation plus extravertie et considérer avec plus de confiance en soi son environnement international.
    Ces évolutions, et en particulier l'européanisation intervenue sur le plan des institutions, sont liées à des changements d'ordre culturel. Le plus important s'est situé dans les processus qui ont touché la société à sa base et ont érigé l'altérité culturelle en question majeure : cette période s'est caractérisée par une explosion de la différence culturelle, avec une intensité et une étendue jusque-là inconnues dans la société grecque. Naturellement, le phénomène est mondial et lié à la fin du bipolarisme, à la crise de l'État nation et à la mobilité accrue des populations à travers des frontières plus perméables. Mais en Grèce, pays jouissant d'une homogénéité culturelle relativement forte, il a pris des dimensions originales tant dans son étendue que dans ses répercussions.
    Nous songeons ici essentiellement à deux aspects. Le premier a été l'importance recouvrée par les identités régionales ou ethniques en Grèce et leur mise en avant dans le cadre de revendications qui, en certains cas, ont été légitimées par un discours international émergent sur les « droits de l'homme ». Ces identités ont un fond historique, au sens où elles sont le lointain écho de failles passées de la société grecque - l'incorporation des Nouveaux Pays (1912-1922) et la gestion de leurs populations (slavophones en Macédoine, Turcs et Pomaks en Thrace) ou la guerre civile -, ou sont moins profondes, lorsqu'elles concernent des populations qui, bien que déclarées historiquement « intégrées » au sein de l'État grec du fait de leur participation sans réserve à une identité nationale commune (Arvanites), expriment depuis quelque temps des revendications politiques en termes culturels. En tout cas, elles sont liées à une tradition d'anti-étatisme, c'est-à-dire à des revendications qui, sur le plan historique, sont avancées par les populations socialement, économiquement et politiquement marginales et qui puisent leur légitimité dans une référence au déficit démocratique de la Grèce d'après la guerre civile.
    La seconde évolution, indubitablement majeure, concerne l'afflux en masse d'immigrés en provenance des pays balkaniques voisins principalement (Albanie, Bulgarie, Roumanie), d'Europe de l'Est (anciennes républiques soviétiques, Pologne), d'Asie et d'Afrique. La position géographique de la Grèce, frontière de l'Union européenne du côté des Balkans, de l'Asie et de l'Afrique, et antichambre des métropoles européennes, fait d'elle une destination privilégiée de l'émigration. Naguère encore pays d'émigration, la Grèce des années quatre-vingt-dix est devenue au contraire, dans l'Union européenne, l'un des premiers pays d'accueil. La présence d'un nombre considérable d'immigrés en Grèce (6 à 8 % de la population totale) au début de la décennie actuelle n'est pas seulement un formidable défi sur le plan de la dynamique sociale, politique ou économique : c'est sans aucun doute une force particulièrement importante de mutation de la société grecque.
    En d'autres termes, au cours de la période qui nous occupe, la Grèce s'est trouvée confrontée à l'altérité culturelle : des formes anciennes d'altérité se sont politisées et des formes nouvelles se sont installées dans l'espace grec. Ces évolutions ont fortement influencé la mise en forme de la discipline compétente en la matière, l'anthropologie. Tout d'abord, elles ont suscité une demande en ce domaine et ont contribué à son développement institutionnel au sein de l'Université grecque, au détriment du folklore « laographie ». Ensuite, combinées aux changements plus larges survenus dans l'anthropologie euro-américaine, elles ont poussé au tournant théorique et méthodologique de l'ethnographie grecque. L'abandon des visions globalisantes qui avaient autrefois montré la Grèce sous les traits d'une société homogène, méditerranéenne, radicalement différente des sociétés du Nord de l'Europe et la mise en oeuvre d'approches plus réactives aux réalités ont permis l'étude des changements culturels et l'essor des caractéristiques européennes de la Grèce actuelle : modernité, multiplicité des discours sur le moi individuel et collectif, urbanisation généralisé. Comme je le montre dans ma propre contribution dans ce volume, l'ethnographie grecque des années quatre-vingt-dix se caractérise par la multiplicité théorique et thématique.
    En tant que bilan de la recherche ethnographique des anthropologues grecs professionnellement installés dans l'espace grec, cet ouvrage participe au « moment pluraliste » de l'ethnographie grecque. C'est à la fois un commentaire ethnographique des années quatre-vingt-dix et un portrait de l'anthropologie grecque de cette période. Il observe au premier chef la manière dont l'altérité culturelle a été négociée sur le plan social et politique dans le cadre de l'existence quotidienne, et les répercussions de ce phénomène sur toute une variété de contextes caractéristiques de la période que nous traversons. Certains des événements sociaux, politiques et culturels qui accompagnent le surgissement de la différence culturelle au sein de la société grecque sont ici analysés du point de vue ethnographique. En d'autres termes, ce sont certains nouveaux foyers de différenciation culturelle qui sont répertoriés, à côté de la présentation des forces d'inertie culturelle par rapport au modèle dominant d'identité collective et ethnique.

    Entre l'Europe et la société locale : la reproduction de l'idéologie nationale

    La politique d'intégration nationale adoptée par l'État grec au cours des presque deux siècles qui ont suivi son indépendance reposait sur les principes du romantisme national et avait pour but de constituer une société culturellement homogène (conforme à la conception qui identifie le peuple à la nation). Prenant pour axe l'éducation et des institutions telles les écoles, les musées ou les associations, placées sous la haute surveillance des « sciences nationales » - l'archéologie, l'histoire et la laographie -, l'État, de concert avec l'Église, parvint à contrôler les « effets secondaires » culturels provoqués par les ajouts successifs d'ensembles de populations fréquemment hétérogènes au « corps national », ajouts qui finalement ne perturbèrent pas mais au contraire reproduisaient, grâce aussi, entre autres, à une répression systématique, l'image d'une société homogène sur le plan ethnique et religieux. Jusqu'à une époque récente, la Grèce s'enorgueillissait du degré élevé d'homogénéité de sa population. Toutefois, la mise en oeuvre réussie de cette politique eut pour coût la production d'un climat diffus d'ethnocentrisme et de dédain (pour ne pas dire de mépris) envers l'altérité culturelle.
    Les travaux groupés dans la première partie de cette livraison examinent les formes de constitution et de reproduction du discours nationaliste sur le plan local, national et européen. Comment les mécanismes historiques de l'idéologie nationale fonctionnent-ils dans la conjoncture des années quatre-vingt-dix ? Et comment l'unification européenne et la concurrence économique des États membres influent-elles sur la logique nationaliste ?
    Les musées ont été, historiquement parlant, le lieu fondamental de la mémoire collective de la nation. Dans le cas des trois grands « musées nationaux » - le Musée archéologique, le Musée byzantin et le musée d'Art populaire - les témoignages de civilisation matérielle qui sont exposés symbolisent les différentes phases de l'histoire grecque : Antiquité classique, Byzance et temps modernes. Comme le montrent I. Toundassaki et R. Caftanzoglou, ces trois musées illustrent par des objets le récit d'un temps national unique et apportent l'élément de « preuve » nécessaire pour fonder la théorie de la « continuité trois fois millénaire » ininterrompue de l'hellénisme. En d'autres termes, ils sont indissociablement liés à l'idéologie nationale, qu'ils servent par la dévalorisation systématique de l'altérité culturelle, en passant sous silence les créations culturelles qui n'entrent pas dans le moule de l'identité nationale homogène. L'orientation nettement ethnocentrique, axée sur la connaissance de la patrie, des grands musées semble être en harmonie avec les conceptions culturelles de leur public actuel. Les musées restent des vecteurs de l'idéologie nationale.
    D'un autre côté, les associations locales ont été des mécanismes d'articulation du local au sein du national, surtout dans le contexte, en vigueur dans l'après-guerre, de migration intérieure, de l'espace rural vers les grandes villes. Avec l'inversion du courant de migration intérieure, les associations ne sont pas devenues obsolètes, mais ont acquis des fonctions nouvelles. Dans les années quatre-vingt-dix, comme le montre P. Panopoulos, elles regagnent leurs lieux natals, assumant l'organisation de performances importantes : bals, kermesses, etc. Ainsi ramènent-elles les pratiques performatives locales à ce que P. Panopoulos définit comme un « décadrage culturel » (et une folklorisation généralisée). Par ailleurs, elles s'organisent autour de nouvelles conventions qui constituent des inversions des modes historiquement établis de performance. Par exemple, l'accent est mis à présent sur l'individualité alors que l'argent acquiert un poids symbolique plus grand sur la scène publique. Parallèlement, le discours sur la particularité locale n'est pas abandonné : au milieu des frictions, il est « décoloré », homogénéisé et standardisé à l'échelle nationale. Ainsi, alors que les associations avaient par le passé introduit la différence culturelle au sein de l'espace urbain, marquant la constitution culturelle de la ville, au cours des années quatre-vingt-dix, elles réintroduisent dans les sociétés locales le modèle d'une sociabilité urbaine relativement uniforme, formelle. Autrement dit, elles contribuent à la reconstitution de l'espace rural en « pays campagnard ».
    On pourrait supposer que l'Union européenne est un cadre de dépassement institutionnel des logiques les plus traditionnelles, les plus ethnocentriques. La réalité est plus complexe. E. Petridou montre comment l'État grec promeut ses produits agricoles en Europe en termes de « revendications nationales ». Cela est rendu possible par la législation européenne sur les Appellations d'Origine Protégée (AOP), qui autorise la défense de certains produits sur le critère de leur origine locale et une protection en proportion. Dans le cas de la « bataille de la feta », l'État grec et les médias ont identifié le lieu de production de la feta à l'ensemble du territoire grec et ont permis sa corrélation métaphorique avec la nation grecque. Si bien que pendant la crise balkanique et à travers la mise en relation symbolique de la feta avec le nom de Macédoine et les marbres d'Elgin, cette revendication économique s'est métamorphosée en un nouveau combat national. En d'autres termes, l'utilisation métaphorique de la nation a additionné, en dépit de leurs différences substantielles, les diverses mobilisations particulières, faisant de l'Europe un champ de reproduction du discours nationaliste sur les fondements authentiques et essentiels de l'identité grecque.

    Les politiques de la différence : entre la « minoritisation » et le particularisme militant

    La crise balkanique a affecté la Grèce à plusieurs titres. Sur le plan politique, elle a remis au premier plan des questions historiques non résolues entre la Grèce et des pays limitrophes : Albanie, FYROM (Ancienne République Yougoslave de Macédoine) et, à un moindre degré, Turquie. Les bouleversements survenus dans les Balkans ont eu en Grèce, et notamment dans les couches de population qui se reconnaissaient un quelconque type de connexion avec les États balkaniques voisins, c'est-à-dire les musulmans, turcophones ou slavophones (Pomaks) de Thrace, les Arvanites et les habitants slavophones du Nord-Ouest de la Macédoine, un retentissement qui a varié en fonction de la teneur des relations interétatiques correspondantes ou des stratégies relativement autonomes de ces groupes. Parallèlement, la crise balkanique s'est accompagnée de vastes mouvements de populations. Plus spécialement, elle a ouvert les portes à l'afflux massif et souvent illégal de main-d'oeuvre, en provenance tout d'abord d'Albanie puis d'autres pays balkaniques.
    S'il est vrai que la crise balkanique a libéré des forces de différenciation (et de conflit) culturelle, cela n'apparaît nulle part plus clairement que dans les processus de « minoritisation » (minoritization) qui ont eu pour point de départ la création de la FYROM. Au début des années quatre-vingt-dix, une petite partie des habitants slavophones de la Macédoine grecque, ceux qu'on a pu dire « indigènes », se mirent à faire valoir leur identité particulière de groupe culturellement distinct par rapport à la population hellénophone dominante et à revendiquer leur reconnaissance comme « minorité ». En dépit du peu d'écho qu'elle rencontra en Macédoine du Nord-Est, cette mobilisation bénéficia d'appuis puissants non seulement chez les Macédoniens de la diaspora, en Australie ou au Canada, où se déclencha une espèce de guerre culturelle informelle originale entre les différents groupes d'immigrés, mais aussi en Macédoine yougoslave où étaient établis des slavophones exilés depuis la guerre civile grecque.
    Comme l'ont montré des études ethnographiques des processus de constitution des minorités dans les Balkans et en Grèce, la promotion agressive de l'identité minoritaire se fait en termes essentialistes. Aussi les revendications minoritaires ont-elles produit des réactions inspirées de la même logique et ont-elles contribué à revigorer le nationalisme. L'implication du nom « Macédoine » et d'autres symboles de l'histoire grecque ancienne, y compris la dynastie des rois macédoniens, dans la généalogie mythique du nationalisme macédonien a été interprétée par le nationalisme grec comme une menace contre l'intégrité de la nation. La fameuse bataille sur le nom de la Macédoine n'a pas seulement rendu la Grèce - ne serait-ce que pour quelque temps - partie prenante de la crise balkanique : elle a créé en même temps un climat d'insécurité nationale, a alimenté les logiques essentialistes sur d'autres terrains de la vie sociale et a donc freiné les processus de modernisation.
    La crise balkanique a aussi eu des retombées intéressantes dans le cas des populations albanophones de Grèce. Les Arvanites grecs ont une longue tradition d'incorporation à l'État grec. Jamais jusqu'alors il ne s'était posé la question sérieuse de leur différenciation par rapport à la majorité hellénophone de la population. Mais l'afflux massif d'immigrés en provenance d'Albanie eut un impact, et ce de manière diverse, sur les différentes catégories d'Arvanites grecs. Pour ceux de l'Attique, l'arrivée des immigrés albanais suscita des réactions de distanciation des groupes anciennement établis par rapport aux nouveaux venus. La réaction des Arvanites du Nord du Péloponnèse semble avoir été inverse. Comme le montre A. Athanassopoulou, l'arrivée des Albanais non seulement provoqua des réactions favorables en termes d'accueil et d'incorporation partielle des immigrés, mais contribua aussi à la reconstitution de la mythologie ethnique locale : l'Albanie occupait désormais la place de plus ancien foyer ancestral de la société locale.
    La comparaison des processus de différenciation culturelle entre Macédoniens et Arvanites est particulièrement éclairante quant aux facteurs qui interviennent aux différents niveaux et types de politisation de la différence culturelle. Dans les deux cas, la gestion d'une différenciation culturelle en cours semble dépendre du contenu de la relation (d'opposition) de ces populations avec l'État grec. Nombre de Macédoniens appartenant à la minorité se rangèrent pendant la Résistance et la guerre civile aux côtés du Parti communiste grec et virent leur conscience minoritaire s'élaborer alors qu'ils étaient en exil (en Europe de l'Est), loin de l'État grec et dans des conditions de total détachement par rapport à lui. Ainsi l'opposition politique à l'État fut-elle le catalyseur de la mutation de leur identité ethnique en identité minoritaire.
    C'est là aussi la clé de la compréhension des différences entre Arvanites du Nord du Péloponnèse et Arvanites d'Attique. L'histoire politique des premiers, contrairement à celle des seconds, présente certaines similitudes avec le cas des Macédoniens slavophones. La présence forte du Parti communiste grec dans la région et une longue tradition d'anti-étatisme semblent composer son arrière-plan historique. Mais dans leur cas, la différenciation culturelle n'évolue pas en « minoritisation » mais se borne au cadre d'un localisme compétitif assez répandu.
    Il est intéressant que les premières fissures dans la logique essentialiste selon laquelle se déroule l'opposition des groupes ethniques avec l'État grec s'observent là où l'identité minoritaire est institutionnalisée, c'est-à-dire en Thrace. L'amélioration constante des relations gréco-turques et la réorientation de la politique extérieure grecque après la crise en mer Égée en 1996 ont créé un cadre particulièrement favorable à la mise en oeuvre « par en haut » de politiques libérales en matière d'éducation, de déplacement et de propriété, imprégnées des principes de l'Union européenne. Les tergiversations des politiques changeantes de l'État grec entre le nationalisme historiquement établi et les orientations libérales modernes, combinées aux stratégies des élites locales , ont transformé la région la plus multiethnique de Grèce en un terrain relativement mouvant et complexes. D'un côté, les positions des membres de la minorité se sont différenciées, et de l'autre, elles ont contribué à un remaniement de sa constitution hiérarchique et ont accru la capacité de négociation des catégories ethniques les plus marginales (Pomakophones, Roms).
    La différenciation des stratégies que les membres de la « minorité musulmane » adoptent au niveau de l'enseignement secondaire et post-secondaire est significative. E. Plexousaki compare en profondeur les cas de trois familles ayant des expériences différentes de l'émigration, qui envisagent de manière différente les possibilités accrues de participation au système éducatif offert à la majorité. À côté de la position « traditionnelle » qui rattache l'identité minoritaire au centre national sis hors de Grèce, Istanbul, et n'exploite pas les nouvelles possibilités, E. Plexousaki commente l'apparition de nouvelles stratégies qui se développent aux extrémités du champ minoritaire. Dans les couches sociales et ethniques les plus défavorisées (musulmans slavophones, par exemple), l'élargissement de la possibilité de bénéficier d'une éducation grecque est utilisé comme moyen de dépasser ou d'abandonner l'identité minoritaire. Inversement, certains membres de l'élite turcophone utilisent les nouvelles possibilités sur le plan éducatif pour remanier l'identité minoritaire en un sens européen. L'accès accru à l'éducation grecque est employé à fonder une nouvelle version européenne de l'identité minoritaire, qui allie la conscience ethnique turque à la qualité de citoyen grec.
    D'un autre côté, F. Tsibiridou enregistre les réactions des musulmans pomakophones, qui supportent le poids d'hétérodéterminations multiples, dans la mesure où leurs caractéristiques ethniques ont été exposées par le passé aux conceptions paternalistes des trois États balkaniques limitrophes. À la multiplication des discours hégémoniques formulés à leur égard, qui accompagne la libéralisation de l'espace minoritaire, les Pomaks opposent historiquement leur silence et plus récemment un répertoire de pratiques performatives qui impliquent divers facteurs, y compris l'ethnographe. F. Tsibiridou décrit les kermesses « traditionnelles » et les contre-kermesses qui se multiplient tandis que règne un climat plus libéral, terrain particulièrement changeant et dynamique d'oppositions autour de l'élaboration du sens de l'identité minoritaire. Plus spécialement, elle montre les heurts politiques sur la question de l'emploi du déterminatif « Pomak » et les structures de pouvoir qui posent des limites aux mouvements d'autodétermination des musulmans slavophones.

    Les immigrés : les stratégies d'assimilation et leurs limites

    Si, dans la négociation des formes historiques d'altérité culturelle, le rôle de l'État et des relations interétatiques semble avoir été important, cela vaut moins dans le cas des nouvelles formes d'altérité qui apparaissent à travers l'émigration. Une grande partie des immigrés proviennent de pays non limitrophes de la Grèce et leur présence n'est donc pas directement impliquée dans les politiques d'identité nationale dans l'espace balkanique. Mais ceux qui viennent de la région balkanique en général (l'Albanie essentiellement) et de la mer Noire sont confrontés à des politiques indirectes et mal élaborées.
    Pendant longtemps, l'État grec a envisagé l'afflux massif d'immigrés avec embarras. Derrière l'absence de politique en matière d'immigration se sont rapidement révélées deux positions qui se rattachent aux versions correspondantes de l'identité nationale grecque. D'un côté se sont exprimés le « gréco-centrisme » et le nationalisme xénophobe historiquement dominants, introvertis, qui limitent l'identité nationale aux bornes de l'État grec. Et à côté de cette version étroite et particularisante, s'est développée une stratégie plus extravertie, qui représente une mutation de conceptions plus anciennes concernant un « hellénisme oecuménique », c'est-à-dire les « Grecs » comme étant une vaste catégorie qui embrasse non seulement ceux qui vivent dans l'espace grec mais aussi ceux qui vivent en dehors de la Grèce, ceux que l'on appelle les « homogeneis » (Grecs d'origine).
    L'hellénisme oecuménique a été utilisé par l'État grec comme cadre de classification des immigrés qui provenaient de pays où sont attestées dans l'histoire des populations hellénophones. C'est ainsi que le critère ethnique est devenu un élément constitutif d'une politique d'immigration en cours d'élaboration, dans la mesure où il distinguait une catégorie d'immigrés, « les Grecs d'origine rapatriés », en leur accordant des droits d'insertion plus complets dans le pays d'accueil. La notion de « Grec d'origine rapatrié » n'a pas seulement fonctionné « d'en haut », comme principe de classification, mais aussi « d'en bas », comme critère d'autodétermination de ces immigrés qui, dans des conditions de grande mobilité, d'instabilité culturelle et d'indéfinition des catégories ethniques particulières, ont lié leur insertion à la redéfinition de leur identité. Il semble que les politiques de l'État grec concernant les Grecs d'origine aient trouvé une vaste audience, principalement dans le groupe nombreux d'immigrés venus de l'ex-Union soviétique et d'Albanie, les « Russopontiaques » et les « Épirotes du Nord ».
    La mise en oeuvre d'un régime législatif spécial pour les « rapatriés » de l'ex-Union soviétique a commencé dans les années quatre-vingt, mais a pris des dimensions massives après 1989. Comme l'a montré E. Voutira [1997], jusqu'au début de la présente décennie, avaient droit à la nationalité hellénique uniquement ceux qui avaient l'avis conforme de l'autorité consulaire, alors que depuis peu est appliquée une procédure plus « libérale » qui pose comme condition de la nationalité grecque l'existence d'une conscience nationale grecque, c'est-à-dire finalement d'une autodéfinition. Ces politiques ont contribué à fabriquer une catégorie ethniquement peu claire de population immigrée en provenance des anciennes républiques soviétiques, les « Russopontiaques ». La fabrication de cette catégorie d'immigrés comme une espèce de « minorité nationale » (constituée a posteriori) de l'ex-Union soviétique a fonctionné à plusieurs niveaux. Pour l'État grec, elle a été un instrument de politique de colonisation agraire, en particulier dans les régions non privilégiées et « nationalement sensibles » du Nord de la Grèce. Aux immigrés, elle a apporté un moyen d'intégration plus complète, avantageuse, à la société grecque (indépendamment du fait que cette perspective ait heurté les réflexes xénophobes des populations locales), mais aussi de consolidation de leur place aussi bien dans le pays de provenance (voir les retraites) que dans l'Union européenne. En tout cas, elle a posé comme condition d'insertion des immigrés la participation au corps national homogène. C'est donc un aspect d'une politique d'assimilation culturelle qui a contribué indirectement à reproduire des versions modernes du nationalisme grec.
    On peut faire des remarques similaires pour une autre catégorie peu claire de « Grecs d'origine » venus d'Albanie, les « Épirotes du Nord ». Bien qu'il s'agisse ici de la « minorité grecque » institutionnellement reconnue d'Albanie, cette expression est souvent utilisée de manière souple pour couvrir une gamme assez large d'immigrés venus d'Albanie. L'obscurité des critères et des procédures d'identification, combinée à la constitution de réseaux de clientèle autour des associations qui gèrent les attestations nécessaires, a permis à de nombreux « non ayants droit » de revendiquer leur insertion comme « Épirotes du Nord » et de profiter de tous les avantages qu'entraîne la situation de familiarité accrue avec la population d'accueil occasionnée par cette classification. C'est un facteur qui renforce les perspectives d'intégration des immigrés venus d'Albanie dans la société grecque et qui peut-être, en fin de compte, contribue à la manifestation du sens élevé d'adaptation qui caractérise cette catégorie d'immigrés.
    En tout cas, la corrélation de la notion d'« origine grecque » avec la conception, la classification et l'institutionnalisation des questions qui découlent de l'immigration vers la Grèce fonctionne comme un aspect fondamental d'une politique d'accueil et d'insertion des immigrés en termes d'assimilation. Au fond, en d'autres termes, elle considère comme un principe donné l'existence d'une société nationalement homogène et pose comme condition d'insertion des immigrés leur incorporation au « corps » de la nation.

    Anthropologues : les nouvelles méthodologies des approches interculturelles

    Les résultats des politiques d'homogénéisation culturelle qu'a appliquées l'État grec au cours du XXe siècle semblent disposer d'une grande résistance au temps. Comme nous l'avons vu, ils restent particulièrement manifestes dans la manière avec laquelle est envisagée toute promotion de l'altérité culturelle par des groupes minoritaires et immigrés. L'intolérance envers l'altérité culturelle de l'autre continue à caractériser l'État grec en dépit de toutes les ouvertures vers des politiques plus libérales. La même intolérance semble caractériser la société, particulièrement dans la mesure où l'identité est conçue en termes d'essence et où la connexion sociale avec « l'autre » suppose la similitude ou, comme dans le cas de l'hospitalité, son détachement de toute exigence d'action active et de promotion de la différence.
    Néanmoins, il est peut-être trop tôt encore pour enregistrer dans leur pleine étendue les conséquences culturelles de l'entrée en masse de ces populations hétérogènes dans la société grecque. Inversement, les retombées méthodologiques nées de la perturbation des limites qui séparent le soi de « l'autre » sur les outils conceptuels et la méthodologie des sciences sociales sont plus manifestes. Comme le montrent les travaux de la troisième partie, les ethnographes, qui sont peut-être les premiers parmi les scientifiques sociaux grecs à s'occuper des nouvelles formes d'altérité culturelle et de la politisation des anciennes formes, ont été contraints de réviser leur méthodologie et d'adopter des approches plus réflexives, en reconnaissant les prolongements épistémologiques de leur implication indiscutable dans les politiques d'identité qui composent, souvent de manière conflictuelle, le champ particulièrement complexe et polyvalent de leur observation.
    La réflexion est particulièrement intense chez les ethnographes qui effectuent des travaux de recherche dans des régions, principalement de Grèce du Nord, où l'on observe une longue tradition de mélanges culturels et de conflits politiques autour de l'identité. En Thrace occidentale, les manifestations « traditionnelles » des musulmans slavophones impliquent aussi en pratique l'ethnographe / documentariste, qui est originaire de la même région. Parlant de la « politique du silence » des Pomaks, F. Tsibiridou « s'auto-ethnographie » et nous permet d'évaluer les conséquences épistémologiques de sa participation au tournage d'un documentaire qui d'ailleurs semble être lié à son travail ethnographique. D'un autre côté, à Florina, épicentre d'un mouvement minoritaire et objet d'un grand intérêt ethnographique, l'anthropologue établi là pour des raisons professionnelles devient le témoin d'une activité ethnographique digne d'être notée. Comme le montre G. Agelopoulos, dans des conditions de vaste mobilisation politique, accompagnée d'une présence anthropologique non moins intense, les limites qui séparent les versions locales des versions anthropologiques de la connaissance deviennent difficiles à discerner. De plus, dans de telles conditions, on assiste à une inversion originale de la hiérarchie épistémologique puisque l'anthropologie est guidée en une certaine mesure par les activistes minoritaires et sert sélectivement de moyen de promotion et de négociation de leur altérité.
    Enfin, pour comble, A. Bakalaki nous invite à une vigilance méthodologique en montrant la double dimension de la réalité culturelle dans la Grèce moderne, qui combine la reconnaissance de la différence à la préférence axiologique pour la similitude. A. Bakalaki commente la gestion poétique de la similitude en exploitant des images de « l'importation » de la modernité en Grèce au XIXe siècle mais aussi des fragments ethnographiques plus modernes sur les pratiques de l'échange positif (philanthropie) et négatif (vol). Selon l'auteur, l'imitation de celui qui est considéré comme supérieur est un signe de reconnaissance diachronique fondamental des conceptions culturelles dominantes en Grèce. L'imitation est avancée par les Grecs modernes comme un principe universel par lequel ils interprètent non seulement leur propre comportement mais aussi celui des autres, comme les immigrés contemporains. Ce principe légitime des prétentions aux symboles de la supériorité sociale tout en permettant de ramener le soi à un modèle enviable, et classe donc hiérarchiquement le soi face à l'autre imité. Par exemple, le stéréotype de l'immigré albanais illégal, « affamé », agit comme confirmation de la supériorité grecque. Si le vol est un acte d'association à l'identité du propriétaire initial des biens volés, le stéréotype de l'immigré démuni met en évidence le niveau de vie supérieur des Grecs modernes. La « poétique de la similitude » est un commentaire indigène des réussites de la Grèce d'après la dictature des colonels, qui est désormais considérée (et qui est) partie intégrante du « monde développé ». C'est en même temps aussi une reconnaissance des grandes inégalités qui s'installent au sein de la société grecque moderne.
    L'explosion de la différence culturelle qui a marqué de manières diverses et variées la décennie écoulée a été un défi de premier ordre tant pour la société grecque que pour la discipline compétente en la matière, l'anthropologie sociale. Malgré le matériel ethnographique intéressant qu'apporte ce volume, il est peut-être encore trop tôt pour se faire une idée globale de l'intensité, de la teneur et de la « profondeur » des processus de changement culturel qui ont eu pour point de départ la récente politisation des identités nationales ou régionales ou la présence dans l'espace grec de populations de provenances diverses, culturellement hétérogènes. En revanche, comme le montrent plusieurs contributions à ce volume, on peut parler avec une certitude plus grande de la manière dont l'anthropologie s'élabore au sein de ces conditions nouvelles. Dans la mesure où elle participe au tournant réflexif et acquiert une vigilance méthodologique accrue, l'anthropologie change de place sur le terrain général des sciences sociales, développant une relation privilégiée avec l'histoire. Et bien plus, le fait que ces phénomènes de différenciation culturelle dominent sur le plan de l'intérêt ethnographique génère des conditions favorables pour ceux qui s'intéressent à reproduire l'identité interculturelle de l'anthropologie grecque actuelle. La curiosité anthropologique envers les nouvelles formes d'altérité culturelle dans la société grecque facilite la recherche ethnographique en termes de distance culturelle et donc la mise en oeuvre d'un regard « extérieur ». Autrement dit, elle permet de compenser les inconvénients qui découlent de l'identification de l'ethnographie grecque avec la recherche « à domicile » et le fait que les anthropologues grecs concentrent de manière exclusive leurs efforts sur l'étude ethnographique de la société grecque. C'est là le grand défi que devra relever à l'avenir l'anthropologie grecque.

     

    . Sur le renforcement de la position de la Grèce dans l'Union européenne pendant cette période, voir : [Ioakimidis, 2002 ; Tsoukalis, 2003]. Sur la stabilisation de l'économie grecque dans sa marche vers l'Union économique et monétaire, voir : [Iordanoglou et Bellas, 2003 : 225-243]. Il est intéressant de comparer certains bilans récents [Contogeorgis, 2003, par exemple] avec d'autres qui décrivent la situation difficile de la Grèce en Europe à la fin de la « décennie populiste » des années quatre-vingt [Constas et Stavrou, 1995 ; Featherstone et Ifantis, 1996], par exemple.
    . Le terme « modernisme » a servi de leitmotiv idéologique sous le gouvernement du PASOK à partir de 1996. Voir : [Mouzelis, 1996].
    . Pour un recensement des événements, voir : [Veremis, 1997]. Voir aussi : [Cowan, 2000 ; Danforth, 1995 ; Karakasidou, 1993].
    . L'harmonisation comprenait aussi la normalisation des problèmes en suspens entre l'État grec et l'Union européenne sur les questions de citoyenneté et d'exercice de la liberté religieuse. Voir : [Pollis, 1992, 1999 ; Stavros, 1999]. Sur les résistances à l'européanisation, voir : [Tsoukalas, 2003].
    . Cet objectif a été atteint principalement par l'institution d'autorités administratives indépendantes, tel « l'Avocat du Citoyen » [Sotiropoulos, 2000]. Pour un bilan des pratiques volontaires et de la relation entre société civile et État dans la Grèce contemporaine, voir : [Lyrintzis, 2002 ; Sotiropoulos, 2004].
    . Sur la participation de la Grèce à l'intégration administrative européenne, voir : [Spanou, 2003]. Sur la question, plus spécialement, de l'aide institutionnelle aux régions par la loi dite « Capodistrias », voir : [Hlepas, 2003].
    . Cf. : [Sotirelis, 1999 ; Alivizatos, 1999a].
    . Sur la relation entre changement culturel et changement politique en Grèce après 1974, voir : [Diamandouros, 1994].
    . La bibliographie anthropologique extrêmement abondante sur la question des identités collectives en Grèce est présentée en détail dans ma contribution à ce volume.
    . Sur la question plus générale de l'utilisation du discours sur les droits de l'homme, voir : [Cowan, Dembour et Wilson, 2001].
    . Pour un panorama des différentes minorités dans l'espace grec, voir : [Clogg, 2002 ; Drettas, 2003].
    . Le phénomène migratoire en Grèce est décrit comme « statistiquement invisible ». L'évaluation quantitative n'est pas aisée en raison surtout du nombre élevé d'immigrés qui ne sont pas en règle. À la fin des années quatre-vingt-dix, les immigrés constituaient 9 à 12 % de la main d'oeuvre [Kontis, 2001 : 181 ; Amitsis et Lazaridis, 2001 : 30-31].
    . Le phénomène concerne, bien entendu, plus globalement le Sud européen. Voir : [King, Lazaridis et Tsardanidis, 2000], mais pour des raisons d'ordre démographique et politico-économique, ses retombées ont été particulièrement manifestes dans une société grecque jusqu'alors uniculturelle. Sur le modèle sud-européen de migration «kaléidoscopique», voir : [King, 2000 : 12-14]. Voir aussi : [Marvakis, Parsanoglou et Pavlou, 2001].
    . Actuellement, l'anthropologie sociale est enseignée dans un certain nombre d'universités, mais représente l'orientation scientifique principale de trois départements seulement, aux universités de la mer Égée et de Thessalie et à l'université Panteion.
    . Sur le discours dominant concernant l'identité à petite échelle de l'espace domestique, voir : [Loizos et Papataxiarchis, 1991].
    . Voir : [Herzfeld ,1982 ; Couroucli, 2002].
    . Pour un exemple historique caractéristique, voir : [Karakasidou, 1997].
    . Les données comparatives du récent European Social Survey [2004] sont caractéristiques : la Grèce se singularise par des indices élevés sur la question de l'attitude face à l'homogénéité culturelle. Par exemple, 82,2 % des Grecs pensent que « c'est mieux pour un pays si presque tous partagent les mêmes coutumes et les mêmes traditions », contre 56,4 % des Espagnols et 43,2 % des Néerlandais. Sur les pratiques qui produisent la similitude sur le plan des relations sociales, voir : [Papataxiarchis, 1999].
    . Voir : [Blinkhorn et Veremis, 1990].
    . Comme le soutient M. Herzfeld [2003 : 285], la coexistence du localisme et du nationalisme en Grèce est due à « la logique sociale fortement segmentarisée » de ce dernier, au fait que tous deux agissent avec « le même ensemble, unificateur, de règles ».
    . Voir : [Kasimis et Louloudis, 1999].
    . Sur l'impact de la crise balkanique en Grèce, voir : [Featherstone et Ifantis, 1996].
    . J. K. Cowan [2001 : 156] donne de la « minoritization » la définition suivante : processus « by which the identities of a diverse population and the meanings of its cultural practices are reformulated to fit within the framework of the moral, conceptual and legal category of minority ».
    . Voir : [Karakasidou, 1993].
    . Voir : [Danforth, 1995]. Cette « guerre », qui coïncida avec les processus de la dite « mondialisation », impliqua aussi, jusqu'à un certain point, les États intéressés. Plus précisément, elle fut un terrain d'application de la politique grecque en matière d'« homogénie ».
    . Voir à ce sujet : [Cuisenier, 1995].
    . Voir : [Gefou-Madianou, 1999].
    . La reconnaissance institutionnelle de la « minorité musulmane » a eu lieu en 1923 par le traité de Lausanne, qui exceptait les « musulmans » de Thrace occidentale de l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie. Voir : [Meinardus, 2002]. Sur les « utilisations » de la minorité dans le cadre des relations gréco-turques, voir : [Divani 1999 : 167-217].
    . Sur les répercussions de la libéralisation en Thrace occidentale, voir : [Dragonas, 2004].
    . Sur les stratégies des élites locales face aux Pomaks et aux Roms, voir : [Troubeta, 2001 ; Tsibiridou 2004].
    . Sur les lacunes de la politique étatique en matière d'immigration, voir : [Lazaridis, 1996 ; Baldwin-Edwards et Fakiolas, 2000].
    . Sur la révision de la politique concernant les « Grecs d'origine rapatriés » sur la base d'une position moins paternaliste de l'État grec face à « l'hellénisme de la diaspora » dans les années quatre-vingt, voir : [Mousourou, 1991 : 181-200].
    . Voir : [Pavlou, 2003 : 274-277].
    . Cette thématique a imposé l'alignement des ethnographes grecs par le tournant réflexif qui s'accomplit dans l'anthropologie anglo-saxonne, reproduisant la connexion historique de l'anthropologie grecque avec les écoles anthropologiques correspondantes.

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    Evthymios Papataxiarchis
    Département d'Anthropologie Sociale et Histoire
    Université de la Mer Égée
    Karantoni 14
    Mytilène 81100, Lesvos
    Grèce
    epapat@aegean.gr

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