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Réponse n° 20
Domaine

peinture

Dénomination

tableau

Titre

Le Haut-de-forme, intérieur ; La Visite (Ancien titre donné en 1965 lors de la rétrospective de Vallotton à Zurich)

Auteur/exécutant

VALLOTTON Félix

Précision auteur/exécutant

VALLOTTON : Lausanne, 1863 ; Paris, 1925

Ecole

France

Période création/exécution

4e quart 19e siècle

Millésime création/exécution

1887

Genèse

objet en rapport

Historique

en rapport avec : Félix Jasinski tenant son chapeau.
En 1887, Félix Vallotton est installé depuis cinq ans à Paris et peint essentiellement des portraits. Il a débuté au Salon des Artistes Français en 1885 avec le Portrait de M. Ursenbach (Zurich, Kunsthaus). En 1887, il présente celui de Félix Jasinski tenant son chapeau (Helsinki, Aténéum, LRZ 43) qui marque chez lui la volonté de se détourner des canons académiques tel qu'il en a reçu l'enseignement à l'Académie Julian. A cette époque, il fréquente régulièrement, Jasinski, aquafortiste d'origine polonaise, dont il réalise un autre portrait dans son atelier de gravure (1887, collection particulière). C'est grâce à lui que Vallotton découvre et pratique la technique de la pointe sèche de 1887 à 1889. Il est difficile de dire si le tableau La Visite rend compte d'une rencontre entre Jasinski et Vallotton. Ce qui est cependant attesté par une inscription sur le châssis de l'ouvre, c'est que cette toile représente l'appartement qu'occupe le graveur polonais en 1887. Ainsi que Rudolf Koella l'a noté (1), ce tableau qui place le spectateur devant une scène difficilement compréhensible dégage une profonde impression de mystère. Ce mystère est d'autant plus épais que les nombreux titres qu'a porté l'ouvre induisent des interprétations fort différentes. Dans le livre de raison, elle est enregistrée sous la côte LRZ 32 (2) comme Nature morte. La succession Vallotton la présente comme Intérieur chez F. Jasinski (3), sous le n° 107. Elle est exposée à Bâle(4) en 1926, sous l'appellation : Le haut de forme, intérieur. Lors de son exposition chez Druet (5) en 1929, la voici devenue, La porte entrouverte, dénomination sous laquelle elle entre dans la collection Senn au mois de mai de la même année mais lorsqu'elle signalée appartenir à Olivier Senn lors d'une nouvelle exposition en 1934(6), elle est redevenue Le Haut-de-forme. En 1955, elle se " réincarne " en Chapeau haut de forme (7) et ce n'est qu'en 1965, lors de la rétrospective zurichoise (8)sur Vallotton, qu'elle est enfin baptisée La Visite, titre sous lequel elle apparaît généralement depuis lors dans les expositions. Ce baptême tardif incite à penser qu'en fait de visite il n'y en aurait jamais eu dans cet intérieur sinon dans l'imagination de quelques exégètes de Félix Vallotton, peut-être un peu trop hâtivement happés par la mystérieuse ambivalence que dégagent les ouvres du peintre suisse. Contemporain du Félix Jasinski tenant son chapeau(9), La Visite le précède dans son exécution si l'on se fie aux côtes portées sur le livre de raison de l'artiste. Le point commun entre ces deux ouvres, le portrait et la description de l'intérieur de Jasinski, réside dans le chapeau haut-de-forme particulièrement mis en valeur tel un attribut entre les mains du graveur et posé sur une chaise dans La Visite. Dans cette peinture d'intérieur, Vallotton reste apparemment fidèle aux ambitions réalistes qui ont jusque là gouverné la construction de ses portraits. Il est vrai cependant que la toile représentant Jasinski tenant son chapeau commence de rompre avec la rigueur des premiers portraits pour entraîner le peintre vers la recherche d'effets plus décoratifs. La Visite, sous des apparences de plate objectivité -cette volonté de tout dire qui hante les débuts de l'artiste- poursuit cette exploration de la construction plastique et inaugure, un peu avant l'heure, l'ironique déformation spatiale que Vallotton exploitera pleinement dans son époque nabie. Certes, l'immédiate référence, en contemplant ce tableau, est hollandaise. De ce XVIIème hollandais que le peintre ne manque de croiser lorsqu'il copie Holbein ou Dürer au Louvre en 1887, et auquel il rendra un plus net hommage dans un tableau proche, La Malade (1892, Suisse, collection particulière), lorsqu'il peint le reflet d'une fenêtre dans un carafon de verre. Dans La Visite, l'utilisation d'un système d'emboîtage et l'échappée lumineuse par la porte ouverte sont autant d'emprunts aux maîtres hollandais. Mais dans ce tableau où rien ne se passe, où rien ne se devine vraiment, Vallotton introduit aussi quelques altérations destinées à modifier la perception de l'espace. Le fait s'avère particulièrement probant dans la partie droite de l'ouvre où, insensiblement, le peintre estompe l'angle du mur qui finit par disparaître derrière le dossier de la chaise. Les véritables lignes directrices de ce côté de la toile sont le chambranle de la porte et la plinthe qui borde le mur. A l'une et à l'autre, Vallotton inflige une telle distorsion que l'angle du mur disparaît au profit du chambranle et de la plinthe qui se rejoignent au coin de la pièce. Mais surtout, en faussant la perspective de la plinthe, le peintre détermine une ligne de fuite qui, prolongée, traverse de part en part le haut-de-forme pour venir s'ancrer en plein centre de la composition, sur le pêne de la porte. Pour renforcer, si besoin était, cet effet attractif du pêne, l'artiste a recours à une deuxième ligne de fuite qui prend naissance à l'intérieur de la baguette supérieure du cadre exagérément penché au dessus de la chaise et aboutit, elle aussi, au même endroit sur la serrure. Quant à la canne négligemment appuyée sur la chaise, elle indique la direction de l'angle du cadre doré. La construction de l'ouvre est ainsi parfaitement maîtrisée, chaque objet occupe une place inamovible et notamment la porte dont l'ouverture ne saurait être ni plus grande ni plus petite, sans mettre en péril tout l'équilibre et toute la logique de la composition Celle-ci enferme chaise, chapeau et canne dans l'exact quart inférieur droit de la toile. L'oeil, une fois attiré sur le point focal de la composition, attrait que facilite encore l'intense luminosité que révèle l'ouverture de la porte, est conduit jusqu'au véritable sujet de l'ouvre : le chapeau haut-de-forme. Le titre donné à ce tableau par Félix Vallotton dans son livre de raison se trouve indubitablement légitimé. Cette ouvre est bien un nature morte, un peu particulière sans doute, car canne et chapeau interviennent rarement dans l'iconographie de ce genre pictural. En revanche de tels objets, icônes de la vie moderne d'alors, sont parfaitement représentatifs des moeurs parisiennes à la fin du dix-neuvième siècle. Qui plus est, le haut-de-forme revêt un intérêt particulier pour Félix Jasinski puisque c'est avec cet objet dans les mains que le portraiture son ami suisse à quelques temps de là. Mettant en scène de tels attributs, Félix Vallotton s'impose comme ce peintre de la vie contemporaine que Baudelaire appelait de ses voeux. Aux impressionnistes qui peignaient les plaisirs nocturnes et les jeux, on reconnut d'abord ce rôle. Vallotton dépasse les loges de Renoir et autres café-concerts à la Degas, en ce sens qu'avant même ses synthétiques bois gravés, il tire déjà le plus grand profit de l'art de la suggestion et de celui de la distanciation. Il procède ici par métonymie. Ce haut-de-forme, abandonné sur une chaise n'est rien d'autre que le portrait métonymique de Félix Jasinski. Mais ces simple objets dépassent aussi leur propriétaire, en désignant les accessoires obligés d'un certain art de vivre. Entre sa faculté à restituer une ambiance intimiste et son efficacité à refléter les moeurs de l'époque, tout cela avec une réelle économie de moyens et déjà cette sécheresse d'expression qui ne quittera guère l'artiste, cette ouvre annonce avec un peu d'avance le meilleur de l'ouvre de Vallotton. Cette façon de recourir aux détails pour dire l'essentiel sera réutilisée trois ans plus tard par un proche de Vallotton, Edouard Vuillard qui, dans son Bois de Boulogne (collection particulière), peint en 1890, utilise la simple silhouette d'un haut-de-forme dans le coin inférieur gauche de son tableau pour suggérer la présence d'un observateur masculin. Le haut-de-forme, ce " ténébreux météore, sombre et surnaturel " selon Stéphane Mallarmé (10), était déjà venu hanter l'art de Degas dans sa gravure portrait de Manet (Manet assis, tourné à droite, 1864-65, collection particulière) ou celui de Matisse dans son Intérieur au chapeau haut-de-forme de 1896 (collection particulière). (Jean-Pierre Mélot).
(1) Rudolf Koella, " Les intérieurs des Nabis : un écrin pour l'homme ", Les Nabis, 1888-1890, Paris 1993, Grand Palais, p. 94-95.
(2) Information fournie par Marina Ducrey, fondation Félix Vallotton, dans le catalogue raisonné à paraître.
(3) Id.
(4) René Auberjonois, Albert Kohler, Alexander Soldenhoff, Félix Vallotton, Bâle, Kunsthalle, 9-30 mai 1926, n° 152 du catalogue.
(5) Vallotton inconnu. oeuvres exécutées par Félix Vallotton entre 1884 et 1909, Paris, Galerie Druet, 22 avril - 3 mai 1929, n° 6 du catalogue
(6) Les étapes de l'art contemporain. II. Gauguin, ses amis, l'Ecole de Pont-Aven et l'Académie Julian. Les expositions de Beaux-Arts et de la Gazette des Beaux-Arts, Paris, Galerie des Beaux-Arts, février - mars 1934, n° 138 du catalogue.
(7) Tableaux de collections parisiennes 1850-1950, Paris, Galerie des Beaux-Arts, 22 avril - 31 mai 1955, n° 127 du catalogue.
(8) Félix Vallotton, Zurich, Kunsthaus, 10 avril - 30 mai 1965, n° 8 du catalogue.
(9) LRZ 32.
(10) En 1897 le poète répond à une enquête du Figaro sur le chapeau haut-de-forme. Il le désigne, à la suite de Baudelaire, comme l'emblème par excellence de la modernité. Cité par Schneider, p. 49

Matériaux/techniques

peinture à l'huile, toile

Dimensions

Hauteur avec cadre en cm 45 ; Largeur avec cadre en cm 36 ; Epaisseur avec cadre en cm 5.5 ; Hauteur en cm 32.7 ; Largeur en cm 24.8

Inscriptions

signé ; daté ; inscription, cachet, tampon

Précision inscriptions

signé et daté, en bas à droite, F. Vallotton 87 ; étiquette, inscription, cachet, tampon :
1 - Etiquette imprimée, très lacunaire, TRANSPORT et au crayon Druet (?) ;
2 - Etiquette imprimée, lacunaire, LES EXPOSITIONS DE " BEAUX ARTS / & DE " LA GAZETTE DES BEA UX-ARTS "/ EXPO...
3 - Etiquette autocollante, dactylographiée KUEHNE & NA GEL /Leihgeber : Edouard Senn, Paris / Titel La visite /Masse: 33,5 X 24,5 ;
4 - Etiquette imprimée, lacunaire : LES EXPOSITIONS DE " BEAUX ARTS / & DE " LA GAZETTE DES BEA UX-ARTS " EXPOSITION / Vallotton / .x de collections parisiennes (au stylo bleu) I Nom du prêteur : Mr Senn (au stylo bleu raturé) / Titre de l'oeuvre: le chapeau haut-de-forme (au stylo bleu) / N° du catalogue: 127 (au stylo bleu) Va 3 (au stylo vert) 5 - Etiquette autocollante imprimée : PRO HELVETIA /Kunstler : FELIX VALLOTTON / Titel : DER BESUCH 1887 (au feutre noir)! Besitzer : PRIVA TBESITZ (au feutre noir) / Adresse : PARIS (au feutre noir)! Kat. -Nr.: 7 (au feutre noir) 6 - Inscription à l'encre noire " VALLOTTON" ;
7- Cartel laiton: Eigentum der / Transmarinus Investment and / Holding Company Ltd / Vaduz ;
8 - Inscription au crayon: Intérieur chez F... (illisible) / fVallotton ;
9 - Etiquette imprimée lacunaire: .ABLEAUX MODERNES / Paul VALLOTTON/ ue Grand-Chêne et inscription à l'encre noire : N° 728/F Vaiotton / Le haut de forme ;
10 - Etiquette autocollante: 167 (au crayon) ;
11 - Graffitti au crayon ;
12 - Inscription au crayon rouge : EV 1017 ;
13 - Inscription au crayon bleu : 77
14 - bande en relief: LA VISITE ;
15 - Inscription au crayon bleu raturée : M Senn ;
16 - Inscription au crayon bleu : Photos P. V ;
17 - Cachet de marchand de couleurs : M GALTEAUX-BARGUES / de RIVIERESucr / COULEURS EXTRA FINES / PARIS / 4, R. des Beaux Arts, 4 ;
18 - Tampon des douanes françaises, Paris Bercy

Sujet représenté

nature morte, vue d'intérieur (chaise, chapeau, canne, tableau, porte, table, vase, bouquet, fleur, médaillon orn, effet de lumière)

Précision sujet représenté

appartement de Félix Jasinski

Etat de conservation

Bon état

Lieu de conservation

Le Havre ; musée Malraux

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; donation ; Le Havre ; musée Malraux

Date acquisition

2004

Anciennes appartenances

Galerie, DRUET Eugène, 1929/05/03, Paris, (Lot n° 12502 La Porte entrouverte) ; Collection privée, SENN Olivier, 1929/05/15 ; Senn-Foulds Hélène ; Collection SENN

Numéro d'inventaire

2004.3.67

Exposition

René Auberjonois, Albert Kohler, Alexander Soldenhoff, Félix Vallotton, Bâle, Kunsthalle, 9-30 mai 1926 (n°156 (Le Haut-de-forme, intérieur))
Vallotton inconnu. Oeuvres éxécutées par Félix Vallotton entre 1884 et 1909, Paris, galerie Eugène-Druet, 22 avril-3 mai 1929 (n°6 (La Porte entrouverte))
Les Etapes de l'art contemporain II: Gauguin, ses amis, l'école de Pont-Aven et l'académie Julian, Paris, galerie Beaux-Arts, février-mars 1934 (n°138 (Le Haut-de-forme))
1850-1950. Tableaux de collections parisiennes, Paris, galerie Beaux-Arts, 22 avril- 31 mai 1955 (n°127 (Le Chapeau haut de forme))
Félix Vallotton, Zurich, Kunsthaus, 10 avril-30 mai 1965 (n°8 (La Visite))
Vallotton, Paris, musée national d'Art moderne, 15 octobre-20 novembre 1966; Charleroi, palais des Beaux-Arts, 17 décembre 1966-15 janvier 1967 (n°4)
Ausstellung Félix Vallotton: Bilder Zeichnungen Graphic, Winterthur, Kunstmuseum, 1er octobre-12 novembre 1978; Brême, Kunsthalle Bremen, 3 décembre 1978-28 janvier 1979; Düsseldorf, Kunsthalle, 15 février-25 mars 1979; Paris, musée du Petit Palais, avril-juin 1979; Genève, musée Rath, juillet-septembre 1979
Félix Vallotton, Munich, Kunsthalle, 25 août-5 novembre 1995; Essen, Folkwang Museum, 26 novembre 1995-18 février 1996 (n°6)
De Courbet à Matisse. Donation Senn-Foulds, Le Havre, musée Malraux, 13 mars-12 juin 2005

Bibliographie

Hahnloser-Bühler (Hedy), Félix Vallotton et ses amis, Paris, A. Sedrowski, 1936 (p.34, repr.)
Busch (Günter), Vallotton, textes de Günter Busch, Bernard Dorival, Patrick Grainville, Doris Jakubec, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1985 (pl.8, pp.22, 60)
Koella (Rudolf), "Les intérieurs des Nabis: un écrin pour l'homme", cat. exp. Nabis 1888-1900. Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Vallotton..., Paris, Grand Palais; Munich, Kunsthaus, 1993-1994, pp. 91-102 (fig. 5, pp.94 sq., 98)
Le Très Singulier Vallotton, lyon, musée des Beaux-Arts, 21 février-20 mai 2001; Marseille, musée Cantini, 22 juin-10 septembre 2001 (fig. 2a p.80)
Blanchard (Michèle), Haudiquet (Annette), Lefebvre (Géraldine), Mélot (Jean-Pierre), De Courbet à Matisse. Donation Senn-Foulds, Paris, Somogy Editions d'Art, 2005.

Copyright notice

© collection SENN, Le Havre, musée Malraux, © Direction des musées de France, 2005

Crédits photographiques

© KLEINEFENN

 

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