Joconde - catalogue - dictionnaires
Joconde
Portail des collections
des musées de France
logo  catalogue - notice complète
  24
Réponse n° 15
Domaine

peinture

Dénomination

tableau

Titre

Nature morte au pichet

Auteur/exécutant

MATISSE Henri

Précision auteur/exécutant

MATISSE : Le Cateau-Cambresis, 1869 ; Nice, 1954

Ecole

France

Période création/exécution

4e quart 19e siècle

Millésime création/exécution

1896 vers

Historique

Révélée tardivement, sa vocation de peintre conduit Matisse à fréquenter dès 1893 l'atelier de Gustave Moreau à l'Ecole des Beaux-arts. Il y est reçu officiellement en mars 1895 ; il a alors vingt six ans. Sur les conseils de son professeur, Matisse passe de longues journées au Louvre à copier les Anciens : " Ne craignez pas de vous appuyer sur les maîtres ! Vous vous y retrouverez toujours. Vous n'avez pas la même âme : il est impossible que vous ne retrouviez pas votre originalité.(1) " De ces longues journées d'études au Louvre entre 1895 et 1900, Matisse réalise une vingtaines de copies de toiles de maîtres. Ses préférences l'amènent à travailler d'après Jean Davidsz de Heem (La desserte, 1893), Raphaël (Portrait de Balthazar Castiglione), Ruisdael (La Tempête), Chardin (La raie), copies exactes des originaux ou librement interprétées. Ses références très nombreuses à Chardin dont il fait cinq copies annonce ce plaisir de l'équilibre de la composition, de l'appréciation des valeurs de tons et de lumière. " Oui je vais souvent au Louvre. C'est l'oeuvre de Chardin que j'y étudie le plus. Je vais au Louvre pour y étudier sa technique.(2) " L'influence de ces copies va être déterminante dans les oeuvres originales de l'artiste. En réalisant La Desserte en 1893 d'après de Heem qui sera à l'origine de La Desserte de 1897 et de celle de 1908, Matisse aborde la nature morte comme une vaste composition baroque issue de la tradition flamande, saturée d'objets imbriqués les uns aux autres. Ici, il en va tout autrement. Dans La Nature morte au pichet de la collection Senn, Matisse se tourne vers l'ouvre de Chardin et une juxtaposition claire et statique des objets. La rigueur du plan rectiligne de la table est contrebalancée par la courbe des objets et l'arrondi des fruits. Bassine d'étain, bouteille en verre noir, pot en argent (chocolatière ou cafetière ?), fruits et couteau sont disposés de manière aérée sur la table. Matisse se plaît à rendre la diversité des matières et leurs qualités respectives. La lumière qui vient de la gauche éclaire fruits et pichets dont les reflets s'accordent et se renvoient dans une harmonie chromatique qui lie les objets entre eux. Le bleu violet de la prune trouve écho sur le col du pichet, le rouge carminé de la pomme s'apprécie sur la base du pot en argent, l'orange s'épanouit sur la bassine d'étain. Le couteau disposé en diagonal prêt à fendre le fruit, l'alternance des zones d'ombre et de lumière, apportent à la composition toute sa profondeur. Les objets choisis sont empruntés directement au répertoire de Chardin. Ce dernier a représenté tout au long de sa carrière la bouteille en verre noire qui au XVIIIème siècle déjà servait au transport du vin et à sa conservation car elle ne laissait pas passer la lumière. Dans notre tableau, la bouteille de forme cylindrique, au goulot trapu s'apparente nettement à la bouteille de Bigarade, gobelet d'argent, pommes d'api, poire et deux bouteilles (Paris, collection privée) de Chardin. La bouteille est un objet souvent représenté chez Matisse. Elle apparaît dans Nature morte au Schiedam (Le Cateau-Cambrésis, musée Matisse, datée de 1896) accompagnée du couteau et d'un pot en argent de forme similaire, ou dans la Nature morte au pichet et au couteau noire (Nice, musée Matisse). Les fruits- pommes, prunes, oranges- seront présents dans de nombreuses toiles de l'artiste. L'orange va occuper une place prépondérante dans son ouvre durant les années 1898- 99 lors du passage de la lumière à la couleur qui s'effectue chez Matisse après son voyage en Corse et à Toulouse. Matisse possédait une collection d'objets très divers chinés sur les marchés et qui l'entouraient en permanence, tels des satellites. Il les disposait selon leur forme et leur couleur. " Je fais des mariages d'objets " dira-t-il à Aragon cinquante ans plus tard. La Nature morte au pichet s'apparente très nettement aux ouvres réalisées en 1896, année du second voyage de Matisse en Bretagne. Il découvre en compagnie d'Emile Wéry la côte bretonne lors de trois séjours entre 1895 et 1897. " Je n'avais que des bistres et des terres sur ma palette, alors que Wéry, lui, avait une palette impressionniste. Comme lui, j'entrepris de travailler sur nature. Et bientôt je fus séduit par l'éclat de la couleur pure. Je revins de mon voyage avec la passion des couleurs de l'arc-en-ciel (3) " Il est à Belle-Ile en 1896 où il rencontre John Russell, un peintre australien qui lui montre des ouvres de Van Gogh et Guillaumin et lui parle de Monet et de Gauguin. Durant les années 1895-1900, Matisse va progressivement se libérer des valeurs tonales pour acquérir une indépendance de la couleur. L'artiste " savant dans l'art des gris " qu'appréciait son ami Evenepoël de l'atelier de Gustave Moreau, va tendre vers des couleurs de plus en plus exacerbées et pures. Le passage à la couleur va se faire de manière progressive. Dans La Nature morte au Schiedam, le fond est encore très sombre et opaque mais Matisse introduit citrons et oranges qui apportent une note colorée. Dans La Nature morte au pichet, avec la vibration de la touche qui active la surface du tableau, et le vert foncé sous-jacent à toute chose, une étape supplémentaire est franchie. La toile, laissée en réserve participe à l'éclaircissement général. L'orangé et le violet, encore discrets annoncent l'explosion colorée des années suivantes. Le passage de la lumière à la couleur se fait en 1898, au retour de Corse. Matisse peint à ce moment là une série de natures mortes aux oranges- l'orange, emblème de l'esthétique du peintre. Aux côtés des pichets et bouteilles, l'agrume s'enflamme de sa toute puissance colorée. " Ainsi le dualisme de Matisse parvient-il à s'exprimer au sein de la nature morte même, grâce à des objets que leur qualités physiques habilitent à fonctionner comme signes de l'Occident des valeurs et de l'Orient des couleurs.(4) " Le conflit entre profondeur (le couteau) et surface (la toile), entre le réalisme de l'objet et la peinture, en germe dans cette ouvre, Matisse arrivera à le résoudre grâce à ce qu'il nomme " l'émotion ". Avec l'avènement de la couleur pure dès 1904, Matisse tend à souligner l'importance de la peinture comme surface- matière. Les effets de brillance et de matité, le modelé, les empâtements, les effets de pierreries disparaissent au bénéfice de la couleur pure. Mais la nature morte que Matisse affectionne à l'orée de sa carrière, et qu'il introduit tout au long de sa vie dans de vaste compositions, sera toujours là pour rappeler " la tridimensionnalité réaliste face à la bidimensionnalité décorative. (5)" (Géraldine Lefebvre) (1) E. Michel, Gustave Moreau et ses élèves. Lettres d'Henri Evenepoël à son père, Paris, Mercure de France, 1923, p.19, cité par Pierre Schneider, 1984, p.57. (2) Matisse à Clara Mc Chesnay, 1913. (3) " Entretien avec Henri Matisse ", L'Art Vivant, n°18, 15 septembre 1925. (4) Pierre Schneider, Matisse, Flammarion, 1984, p.38. (5) Pierre Schneider, Matisse, Flammarion, 1984, p.34.

Matériaux/techniques

peinture à l'huile, toile

Dimensions

Hauteur en cm 32.5 ; Largeur en cm 40.6 ; profondeur 2 ; Hauteur avec cadre en cm 41 ; Largeur avec cadre en cm 49 ; Epaisseur avec cadre en cm 6.5

Inscriptions

signature ; inscription

Précision inscriptions

signature, en bas à gauche, Henri Matisse ; étiquette, inscription, au dos, 1 - Etiquette autocollante avec inscription au crayon : 214 2 - Inscription au crayon bleu : 133 3 - Etiquette imprimée: GALERIE DRUET/ 114 Faub. St-Honoré / PARIS / à la plume : 1952 / Henri Matisse / Nature morte 4 - Etiquette imprimée (lacunaire) : GALERIE CHARPENTIER / 76 FAUBOURG SAINT-HONORE /PARIS / inscription au stylo vert : Mar. 6 / inscription à a plume :Mo... E. Senn / 10 Av. d'Iena / MATISSE 5 - Etiquette autocollante avec inscription au stylo bleu : 157 6 - Inscription au crayon noir: 100 7 - Inscriptions au crayon (sur le châssis et le cadre) : 61 8 8 - Inscription au crayon : BKSI ou BK91 9 - Etiquette imprimée : LES ESPOSITIONS DE "BEAUX ARTS / & DE "LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS" EXPOSITION / Matisse (stylo bleu) / Tableaux de collections parisiennes (au stylo bleu) / Nom du prêteur : Mr Senn (stylo bleu) / Titre de I 'oeuvre : Nature morte (au stylo bleu) / n° du catalogue: 70 (au stylo bleu) 10 - sous le bordage d'encadrement (après retrait), inscription au crayon bleu : 1952 11 - idem : C 1942 ?

Sujet représenté

nature morte (entablement, fruit, cafetière, bouteille, pichet, couteau, cuivre, bassine)

Etat de conservation

Bon état

Lieu de conservation

Le Havre ; musée Malraux

Musée de France
au sens de la loi n°2002-5 du 4 janvier 2002

Statut juridique

propriété de la commune ; donation ; Le Havre ; musée Malraux

Date acquisition

2004

Anciennes appartenances

Galerie, DRUET Eugène, 1907, (Acquis chez Druet , le 09 ocotobre 1907, n° 1952, 350 francs) ; Collection privée, SENN Olivier ; Senn-Foulds Hélène ; Collection SENN

Numéro d'inventaire

2004.3.50

Exposition

Les Fleurs et les fruits depuis le romantisme, Paris, galerie Charpentier, décembre 1942 (n°292 (La Table))
1850-1950. Tableaux de collections parisiennes, Paris, galerie Beaux-Arts, 22 avril- 31 mai 1955 (n°70 ( Nature morte))
De Courbet à Matisse. Donation Senn-Foulds, Le Havre, musée Malraux, 13 mars-12 juin 2005

Bibliographie

Blanchard (Michèle), Haudiquet (Annette), Lefebvre (Géraldine), Mélot (Jean-Pierre), De Courbet à Matisse. Donation Senn-Foulds, Paris, Somogy Editions d'Art, 2005.

Copyright notice

© collection SENN, Le Havre, musée Malraux, © Direction des musées de France, 2005

 

Renseignements sur le musée

 

Contact musée

 

Cet artiste aux Archives Nationales (base Arcade)

Site associé

Musées en Haute-Normandie

 

07200002032

1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16   17   18   19   20   21   22   23   24  
Requête :   ((Druet Eugène) :APTN )
Relations :   Synonymes=1, Spécifiques=5, Génériques=0