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La résidence San Miguel, réalisation emblématique de Max
Bourgoin, est un ensemble de bureaux et de logements haut
de gamme implanté sur un terrain de 4 000 m2, situé immédiatement
derrière les remparts du XIVe siècle. Ces immeubles
tirent une large part de leur notoriété et de leur exemplarité du
dialogue que larchitecte a su établir avec la muraille médiévale.
Formidable démonstration dintégration au site !
Situation assez exceptionnelle, il se trouve que larchitecte a été
son propre commanditaire : il avait en effet acquis le terrain
avec sa femme au début des années 60 avec lidée dy réaliser
une opération exemplaire, libérée des impératifs de rationalité,
et dégagée dans une certaine mesure des contraintes de
rentabilité.
Max Bourgoin est un architecte totalement atypique, dont
loeuvre se situe en marge de toute mode ou courant. Après
une formation initiale aux Arts et Métiers avant-guerre, puis à
latelier Expert aux Beaux-Arts à Paris, il a commencé sa carrière
professionnelle au lendemain de la Libération et a été pendant
près de 30 ans un acteur important de la Reconstruction
dans le Vaucluse où il construisit des milliers de logements
et des dizaines déquipements, principalement scolaires,
en grande partie basés sur des procédés dindustrialisation
lourde. Cest au début des années 60, après sêtre séparé de
son associé Albert Conil, quil démarre une seconde carrière
où il sémancipe de son rationalisme initial et approfondit son
travail sur la peau du bâtiment, développant une approche plus
intégrée à lenvironnement.
Lensemble est réalisé de 1968 à 1978. Les bâtiments
sorganisent autour dune vaste cour intérieure en se
conformant aux alignements urbains. Un bâtiment bas,
abritant une galerie et des bureaux, sinterpose entre la rue et la
cour, tout en assurant la continuité du bâti. Il laisse apparaître
laile arrière et permet léclairage et lensoleillement du coeur
de lîlot. De la morphologie de cet ensemble bâti imposant
se dégage une impression déquilibre. Sur un schéma de
composition classique, à la trame et aux percements réguliers,
Max Bourgoin superpose un jeu de décrochements et rompt
avec la linéarité. Les formes se libèrent du carcan de la trame
imposée et se répondent en un dialogue constant. La façade sur
rue, de 85 m de long, se lit telle une partition orchestrale.
La construction en retrait de la rue a permis de ménager un
dispositif daccès élaboré : des places de stationnement et une
rangée darbres isolent de la voie, de petits emmarchements
conduisent à une promenade dallée longeant une galerie
couverte desservant les commerces et les entrées.
A limage de cette séquence daccès, les espaces de transition
sont soignés. Porche, passage, patio encouragent la
déambulation à travers des jeux dombre et de lumière comme
seule larchitecture du Sud peut en produire. Aucun point de
vue nest privilégié ou imposé, les parcours sont libres, riches
de découvertes plastiques ou ornementales. Abandonnant toute sobriété, larchitecte se laisse aller à la création despaces fluides, colorés et chaleureux. Là encore, il travaille la surface, la peau du bâtiment, la pierre et lenduit. A travers une profusion de détails, lornementation fait corps avec le bâti. Aucune surface nest négligée. Max Bourgoin cherche et crée de la matière jusque dans les enduits griffés, renflés, enchâssés de cabochons de céramique. Les légendes des documents techniques illustrant les façades parlent delles mêmes : pierre sciée, pierre éclatée, croûte de pierre, pierre massive brute, empreintes, briques etc.
Il montre une jubilation à travailler le fer, le bois ou la
céramique. Cest un hommage au savoir-faire des artisans
qui ont oeuvré dans les marges étroites quil leur concédait.
Telle une sculpture, larchitecture garde la trace de la main
de lhomme : empreintes de truelles, de doigts. Max Bourgoin
nhésitait pas à prendre loutil sur le chantier : larbre dessiné
dans un renflement de lenduit constitue sans doute sa
dédicace.
Les appartements sont spacieux. Ils peuvent, à la demande des futurs propriétaires, être équipés dune cheminée ou de pièces de mobilier dessinées par larchitecte. Ils bénéficient, pour la plupart, de deux orientations au moins et dun balcon ou dune loggia. Aux derniers niveaux se dissimulent souvent de vastes terrasses maintenant trahies par leur végétation luxuriante.
rédacteur : Frédéric Nicolas, architecte, 2004
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