|
Si les premiers bureaux de poste apparaissent sous lAncien Régime, c'est à partir de 1870 que ladministration postale entreprend de créer un réseau déquipements, véritable maillage du territoire français. En 1939, elle possède 13 000 établissements. La construction dun nouvel hôtel des postes en Avignon est programmée dès 1940. La municipalité cède à cet effet une parcelle située à lintérieur et en bordure des remparts, à proximité de la porte de la République. Un avant-projet dHenri Draperi (1886-1944) reste sans suite à cause de la guerre. En novembre 1944, Eugène Chirié nouvellement désigné au poste darchitecte régional des PTT reprend le projet.
Conscientes que larchitecture symbolise leur image, les PTT créent, en 1901, un cadre darchitectes ayant le monopole des travaux de bâtiment. Certains de ces hommes sont en résidence à Paris, les autres dépendent des chefs-lieux des régions postales. Ils sont chargés de la construction et de lentretien des immeubles de leur région, ladministration se réservant toutefois la faculté de désigner un architecte de Paris pour une opération particulièrement importante en province. Ainsi organisé, le cadre fonctionnera jusquen 1973, date de sa dissolution.
Eugène Chirié forge sa renommée pendant les années 1930, principalement en renouvelant les codes de larchitecture commerciale et du loisir. A la Libération, il prend part à la reconstruction de Marseille (Vieux-Port, Montredon) et commence une carrière officielle, en tant quarchitecte régional des PTT. Il contribue à ce titre à lavènement dune véritable architecture postale. Son agence, que rejoignent bientôt ses fils aînés (Pierre et Jacques), développe également une approche pluridisciplinaire de larchitecture, notamment en matière de logement social (La Maurelette, 1962-1967). Eugène Chirié cesse dexercer en 1979.
Lhôtel des postes dAvignon répond aux besoins dun chef-lieu de département important. Il regroupe en un seul édifice les services postaux, téléphoniques et télégraphiques ainsi que la direction départementale des PTT et trois appartements (receveur, chef du centre téléphonique et directeur départemental). Le terrain imparti à sa construction est long et étroit. Il est bordé par la Chambre de commerce (est), les remparts (sud), la rue Saint-Charles (ouest) et lancien hospice Saint-Louis (nord). Lédifice est implanté le long dune esplanade, en retrait denviron 40 mètres par rapport aux remparts. La façade principale se développe sur plus de 100 mètres, orientation sud qui assure un éclairage optimal à lensemble des locaux. Les ailes en retour sur la rue Saint-Charles et sur la cour de service donnent au bâtiment la forme dun F. Sa hauteur maximale -15 mètres à larase de la toiture- le rend quasiment invisible de lextérieur des remparts. Son corps principal comprend un sous-sol technique (cuvelé pour faire face aux risques dinondation du Rhône), un rez-de-chaussée surélevé (courrier) et deux étages (téléphone interurbain et direction départementale). Laile Saint-Charles est dévolue aux services du téléphone et du télégraphe. Les appartements sont regroupés à lextrémité est de lédifice. Lordonnance classique du bâtiment -portique, colonnes, pilastres, ordre colossal, étages nobles, corniche et attique- tend à exprimer la grandeur du service public. Derrière son enveloppe monumentale, il révèle sa modernité grâce à des espaces intérieurs clairs et fonctionnels. Des panneaux décoratifs, peints par Pierre Ambroggiani en 1961-1962, ornent la salle des guichets. Ils constituent, conformément au vu de larchitecte, des frises figurées ayant trait à lhistoire, aux paysages, aux personnages et aux édifices emblématiques dAvignon et du Comtat venaissin.
Lhôtel des postes na cessé de sadapter aux besoins de son administration. Par deux fois, en 1965-1967 et 1972-1973, Eugène Chirié agrandit le bâtiment. En 1990, suite à la loi Quilès, les locaux sont répartis entre La Poste et France Télécom qui les occupent toujours. La salle des guichets a été rénovée en 2007 : bien que son volume soit proche de linitial, elle ne conserve de son décor originel que le sol en marbre et les peintures dAmbroggiani.
rédacteur : Eléonore Marantz-Jaen, drac paca crmh, 2007
|