|
Les premières réflexions pour lédification dun temple israélite démarrent en 1967 avec une hypothèse rapidement abandonnée de reconversion dun ancien cinéma. Le choix du quartier Sainte-Marguerite correspond à une forte présence dans le secteur de la communauté de religion juive depuis le rapatriement des Français dAlgérie. En 1967 la décision est prise, peu habituelle dans les pratiques de la communauté plus encline à la réutilisation de bâtiments existants, dédifier un édifice relativement modeste sur une parcelle denviron mille mètres carrés. Le programme distingue deux éléments principaux : le lieu de culte proprement dit avec ses annexes permettant les réunions et la célébration de cérémonies, et une école dapprentissage de la langue hébraïque. La construction de lédifice, dépendante des dons de la communauté, seffectuera en deux phases.
Le projet est conduit successivement par lassociation cultuelle israélite de Marseille, et le président du consistoire. Après le décès de ce dernier, durant les travaux, cest Marcel Guenoun, ancien préfet dAlgérie, qui prendra la relève. Les rabbins interviennent peu avant la livraison de lédifice, au moment où larchitecte précise quelques éléments essentiels du mobilier : Teba (tribune des rabbins) et Hijal (pavillon contenant les écritures saintes).
Fernand Boukobza fait ses études à lÉcole Régionale des Beaux-Arts de Marseille en travaillant parallèlement dans les ateliers dAndré Devin et André-Jacques Dunoyer de Segonzac.
Lenseignement de ce dernier et les visites de lUnité dHabitation de Le Corbusier durant le chantier font naître chez lui un goût pour le béton que partagera toute une génération. Sensible à la modernité américaine et aux expérimentations plastiques de Richard Neutra et Marcel Breuer, Fernand Boukobza aura loccasion dexprimer ses talents à Marseille et dans la région grâce essentiellement à la maîtrise douvrage privée : nombreuses villas dont les fameuses maisons jumelles du Parc Talabot (1964), immeuble Le Brasilia, à proximité immédiate de la Cité Radieuse, avec le promoteur-constructeur Georges Laville (1967), ensemble de bureaux pour IBM (1970), etc.
Participent à lopération de la synagogue le bureau détudes techniques Henri Habib et lentreprise générale Mouis.
Souvent installés dans des édifices reconvertis, les temples israélites ne reprennent pas des modèles typologiques élaborés et expérimentés dans une tradition ancestrale. Quelques conventions spatiales existent cependant qui répondent aux règles de la liturgie. Ici, deux volumes forts, parallélépipède et pyramide tronquée distingués par la césure de laxe principal daccès expriment les deux fonctions principales de lédifice, école talmudique et lieu de culte.
Pour ce dernier, le choix dun plan carré de seize mètres de côté, convient au dispositif du culte centré sur lofficiant. Un axe diagonal orienté vers Jérusalem (ici à lest) correspond au positionnement du Hijal. Il est marqué par linclinaison plus accentuée de deux façades dont langle est traité en fente de lumière, et le positionnement de deux sources déclairage zénithal. Une bande de lumière périphérique donne à la toiture, constituée dune résille fortement marquée de poutres en béton, des allures de dais. Cette structure de toiture solidarise les quatre murs inclinés en béton, autoporteurs, et soutient grâce à trois câbles une mezzanine suspendue qui occupe, à mi-hauteur, deux côtés de lespace intérieur. Cest ici que les femmes, à lécart des hommes, assistent à loffice.
La peau extérieure de lédifice est en béton brut de décoffrage, avec un jeu accentué dalternance de bandes en relief et en creux. Les masses sont volontairement simples et archétypales. Le volume réservé à lécole talmudique distingue un rez-de-chaussée largement transparent de létage plus fermé et scandé par des volumes pleins en porte-à-faux. Cette austérité convenable de lextérieur est tempérée à lintérieur par lutilisation de la pierre en placage et du bois.
La pierre souligne lélégance dune structure de poteaux à section en forme de croix. Le bois est réservé au marquage des seuils (entrée principale, accès au lieu de culte
) conçus comme des organes, aux lignes plus arrondies, qui viennent semboîter dans les grands volumes de base ; et aussi en sections généreuses, pour le mobilier, sobre et digne, conçu spécialement pour lédifice.
rédacteur : Jean-Lucien Bonillo, ensa Marseille, 2001
|