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Affaibli par la loi de séparation de léglise et de lÉtat en 1905, le pouvoir religieux doit également affronter après la guerre de 1914 un contexte difficile danticléricalisme et de désaffection populaire. LÉglise engage alors une politique visant à rajeunir son message et à simplanter dans les banlieues ; cette volonté de renouveler lart sacré se traduit par la création dun art religieux de son temps qui associe larchitecture et les arts appliqués tout en recherchant des solutions modernes, économiques et rationnelles.
Marseille néchappe pas aux nouvelles données des grandes villes. Le développement économique lié notamment aux activités portuaires a provoqué depuis le XIXe siècle un fort accroissement de la population. À Saint-Louis, de nombreux immigrés, majoritairement italiens et espagnols, sajoutent à la main doeuvre locale employée aux activités traditionnelles du secteur : abattoirs, sucreries, huileries, savonneries.
Le quartier est proche des ports doù lui parvenaient les matières premières ; situé le long de la route dAix, il bénéficiait aussi, jusquà la création de lautoroute, de sa situation daccès unique à Marseille par le nord.
Pour reconquérir la population des quartiers ouvriers de Marseille, Monseigneur Dubourg réorganise lactivité diocésaine : sous son épiscopat (1928- 1936) sont créées plusieurs paroisses, neuf églises et trois chapelles.
Léglise du quartier Saint-Louis, construite au XVIIe siècle, fut jugée vétuste et exigüe à la fin du XIXe siècle. Un premier projet de reconstruction en 1915 est abandonné pour cause de guerre. En 1933, labbé Pourtal, en charge de cette paroisse de 15 000 habitants, retient léquipe Sourdeau, Brémond et Huot pour édifier une nouvelle église. La paroisse étant pauvre, le financement proviendra essentiellement de souscriptions et de dons du patronat local. Le terrain, situé face au cimetière, est alors enclavé parmi des usines et des entrepôts. La parcelle irrégulière ne permet pas une implantation traditionnelle perpendiculaire à la rue.
La carrière et la production de Jean Sourdeau (1889-1976) sont encore mal connues. Sa nécrologie fournit cependant quelques informations. Originaire du nord de la France, il est diplômé en 1922 de lÉcole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il est dabord architecte en chef du Pas-de-Calais où il édifie léglise de Rocquigny. En 1928, il sinstalle à Marseille. Il construit des écoles, des immeubles, de nombreux logements sociaux, dont le hameau de la Garde à La Ciotat, pour les ouvriers des chantiers navals. Il a été architecte en chef du Ministère de la Reconstruction, président honoraire du Conseil régional de lOrdre des Architectes et en tant quancien déporté, président du Comité départemental de Libération des Bouches-du-Rhône.
Le nom de la paroisse viendrait dune étape quy fit le roi saint Louis revenant de croisade. Ce thème détermine les choix iconographiques, architecturaux et décoratifs. "Léglise affecte dans son ensemble la forme dun navire. Lange à la couronne en est la figure de proue. Le Christ au tabernacle reposera à la poupe de ce véritable vaisseau de pierre..." (J. Sourdeau).
Larchitecte utilise au mieux la parcelle : lentrée, conçue comme un parvis couvert, est située sous la tour-clocher, mais laxe de léglise est oblique par rapport à la rue ; lemploi du béton armé permet de dégager un vaste espace central sans point dappui couvert dune coupole. Le long de la rue, la chapelle de la Vierge pouvait être isolée par des cloisons coulissantes.
La tour dangle sert darticulation aux façades. Leurs surfaces sobres, discrètement teintées, présentent un même rythme tripartite. Réalisés selon une technique originale de sculpture sur béton frais, le grand relief du Christ et la statue longiligne de larchange Gabriel tourné vers la mer en constituent les points forts. Lambiance et la lumière intérieures doivent beaucoup aux vitraux en "béton translucide", constitués de pavés de verre qui rappellent des pierres précieuses et apparentent léglise à une châsse à reliques : le thème de la couronne dépines rapportée par saint Louis est lélément privilégié du décor. Celui-ci comporte des créations remarquables comme le grand lustre en ferronnerie ou la chaire. Au-dessus du chemin de Croix, deux représentations monumentales (1945-50) inspirées dimages pieuses et réalisées par des affichistes de cinéma, rendent hommage aux prêtres-ouvriers dont la paroisse fit très tôt lexpérience.
rédacteur : Sylvie Denante, drac paca crmh, 2000
source : Sophie Audibert, Léglise Saint-Louis à Marseille (et les chantiers de Mgr Dubourg. 1929-1936)., mémoire de maîtrise sous la direction de Claude Massu, Université de Provence Aix-Marseille I, 1994
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