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Les frontières et les côtes de la France ont été fortifiées par touches successives, au gré des menaces, réelles ou supposées, des alliances ou des annexions territoriales. Sur la frontière avec lItalie, à 2540 m daltitude, la crête de Château Jouan cache le second plus haut ouvrage Maginot des Alpes, après lensemble du Col de Restefond.
Très tôt, limportance stratégique de la position avait été comprise, et une tour de guet édifiée là dès la fin du 18ème.
Mais cest un siècle plus tard, en 1883, que, les performances de lartillerie ayant largement progressé, on y installe une batterie Séré de Rivière à ciel ouvert, après construction dune route à canons depuis la crête du Gondran.
Entre 1886 et 1889, on construit sur la crête un blockhaus de plan carré avec deux bastionnets et dès 1889, on commence le creusement dune batterie sous roc face à la frontière, avec 4 pièces de côte de 95 m/m.
En 1891-1892, on rehausse le blockhaus de deux niveaux habitables, créant ainsi une caserne de paix sur trois niveaux, avec citerne en sous-sol, pour 120 hommes.
De 1898 à 1906, la caserne de guerre souterraine est réalisée, avec accès direct par une porte basse au sud, et par un escalier depuis le dessus. Lensemble des superstructures est ceinturé par une grille dinfanterie continue, avec portail faisant office dentrée principale.
Un avant-projet est établi dès 1926 pour la construction sur cette crête dun ouvrage Maginot à forte puissance de feu.
Les premiers travaux de la CORF (Commission dorganisation des régions fortifiées) pour la réalisation de louvrage commencent en 1931. En 1934, on remblaie les galeries de la caserne de guerre inutilisées, ou trop proches du casernement Maginot. Les entrées sont condamnées, de même que les espaces de vie. Seule est conservée la batterie sous casemate de 4 pièces surannées de 95 m/m, qui est remaniée et renforcée, et les soutes à munitions. Une galerie est creusée pour relier louvrage Maginot à la partie Séré de Rivière, dualité qui fait la grande originalité du Janus.
Les travaux sont arrêtés en juillet 1935, en raison dun rapprochement sans lendemain entre la France et lItalie (accords de Stresa), pour reprendre précipitamment en 1938-1939, car lItalie se tourne décidément vers lAllemagne.
Tel quil est à la déclaration de guerre, louvrage du Janus est bien loin de lavant-projet dorigine qui prévoyait un armement impressionnant.
Des restrictions de crédits ont fait que louvrage ne dispose plus que de 2 mortiers de 81 m/m et 2 pièces 75 m/m pour son artillerie principale, tirant parallèlement à la frontière ou en territoire ami, plus 4 jumelages de mitrailleuses Reibel et quelques fusils-mitrailleurs. Louvrage est cependant équipé du système de surpression et de ventilation spécifique des ouvrages Maginot, dun grand confort pour les hommes vivant à lintérieur.
En pleine bataille, en juin 1940, lofficier commandant louvrage devra faire rogner la partie droite des visières dembrasure pour pouvoir élargir le tir vers la droite et soutenir la défense, au nord du Col de Montgenèvre.
Le Janus est un des rares ouvrages du secteur à connaître lépreuve du feu en juin 1940. Il est pris pour cible par les 149 m/m du fort italien du Chaberton tout proche, qui le domine de près de 600 m. Une cloche GFM porte encore la marque du ricochet dun obus italien. Cest dailleurs à ces cloches dobservation quil doit son plus grand titre de gloire : lune delles abritait un officier qui participa aux observations dartillerie et au réglage du tir des 280 de la 6ème Batterie du 154e RAP qui, sous le commandement du Lieutenant Miguet, réduisirent le Chaberton au silence.
Le Janus est aujourdhui propriété de la commune de Montgenèvre qui la acquis récemment. Une étude est en cours pour sécuriser louvrage afin de louvrir prochainement à la visite.
Protégé du pillage et du vandalisme par la présence proche du poste militaire des Gondrans, toujours en activité, louvrage du Janus, encore équipé de son extraordinaire pont-levis, énorme, et pourtant manuvré par un seul homme, de sa galerie centrale longue de 345 m, de son artillerie principale, de son "usine" de production délectricité complète, et dune partie importante de ses équipements de vie, est en bon état et sa visite sera dun grand intérêt pour comprendre ce quétait la vie de léquipage dun fort daltitude il y a plus de 60 ans.
rédacteur : Jean-Pierre Garnier, Association pour le patrimoine fortifié du Briançonnais, 2005
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